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Catégorie : Opéras

Jean-Baptiste LULLY : Cadmus et Hermione.  Tragédie en musique, en un prologue & cinq actes.  Livret de Philippe Quinault, d'après Les Métamorphoses d'Ovide.  André Morsch, Claire Lefilliâtre, Arnaud Marzorati, Jean-François Lombard, Isabelle Druet, Arnaud Richard.  Danseurs, Chœur et orchestre du Poème Harmonique, dir. Vincent Dumestre.  Mise en scène : Benjamin Lazar.La reprise de Cadmus et Hermione confirme l'excellence du spectacle original et fastueux présenté il y a deux saisons à l'Opéra Comique, cadre sans doute idéal pour une telle œuvre.  Sur un sujet de Quinault, tiré des Métamorphoses d'Ovide - les amours mouvementés du vaillant Cadmus et de la fidèle Hermione soumis au bon vouloir des dieux -, Lully invente le genre de la tragédie en musique, ouvrant la voie à un nombre impressionnant de chefs-d'œuvre.  La pièce se veut démonstrative dans ses aspects visuels et dramatiques.  La musique qui les fédère mêle récitatifs, airs

& chœurs empruntant à la belle déclamation française et divertissements dansés.  Situations tragiques aussi bien que comiques émaillent l'intrigue, le pathétique des sentiments des grands côtoyant l'acidité des chamailleries des confidents.  Sans oublier, au prologue, l'hommage obligé rendu à la grandeur du souverain régnant.  La tragédie en musique réclame une richesse certaine de moyens.  Elle la possède dans la vision qu'en donne la mise en scène de Benjamin Lazar, qui après un Bourgeois gentilhomme d'anthologie, renouvelait la réussite de la reconstitution historique : un grand spectacle baroque paré d'une décoration léchée adroitement figurative avec effets de symétrie parfaite, machinerie livrant apparitions du dessus (le dieu Mars empourpré sur son char, l'Amour vêtu d'or virevoltant dans les airs) ou du dessous (un monstre de pacotille, terrifiant néanmoins, méchant dragon crachant ses humeurs).  Mais aussi enluminé de costumes fastueux, aux étoffes bariolées de fort bon goût, tout en camaïeux, et d'imposants couvre-chefs emplumés, que l'éclairage à la seule bougie, autre trait marquant, pare d'une vraie poésie.  Loin de la manière naturaliste, la déclamation chantée privilégie une expression recherchée, comme un décalque du langage parlé.  La gestuelle emphatique cultivant une expression très étudiée des mains au soutien de l'expression des visages, et la noblesse des attitudes ou au contraire les amusantes parodies composent des tableaux dont la naïveté apparente ne cache pas la magnificence.

 

 

 

 

©Elisabeth Varecchio

 

 

 

Vincent Dumestre imprime à l'ensemble une indéniable authenticité : grandeur des passages majestueux qui n'ont rien de corseté, finesse du dosage instrumental, saveur délicate des mouvements lents, bondissement des traits enlevés hors de toute rigidité.  La générosité sonore, magnifiée par l'acoustique très présente du théâtre, n'a d'égale que la vivacité qui caractérise tant l'accompagnement vocal que les intermèdes purement instrumentaux, et confère à ces chants mêlés de danses une plasticité sonore persuasive.  Passée la surprise d'une déclamation du texte en vieux français, l'exécution vocale est irréprochable.  Le valeureux Cadmus, qui doit subir épreuve sur épreuve, comme plus tard le Tamino de Mozart, trouve en André Morsch une belle pointure et Claire Lefilliâtre, Hermione, lui rend la pareille en sûreté de style.  Arnaud Marzorati, Arbas, allie faconde vocale et cocasserie de la mimique.  Au-delà d'eux, il faut saluer un vrai esprit de troupe, dans ses composantes dansée, chorale ou instrumentale.  À noter que ce merveilleux spectacle a été gravé en DVD (Alpha).