Bedřich SMETANA : La Fiancée vendue.  Opéra comique en trois actes.  Livret de Karel Sabina.  Inva Mula, Piotr Beczala, Jean-Philippe Lafont, Andreas Conrad, Oleg Bryjak, Isabelle Vernet, Michael Druett, Marie-Thérèse Keller, Heinz Zednik.  Orchestre & Chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Constantin Trinks.  Mise en scène : Gilbert Deflo.Considéré comme le père de l'école nationale tchèque, Smetana a réveillé par la musique, si ancrée dans le cœur de ses compatriotes, la conscience populaire de son pays, s'inscrivant dans le mouvement d'émancipation vis-à-vis du voisin allemand.  Son deuxième opéra, La Fiancée vendue, créé en 1866, est une comédie de genre tirée d'un fait divers pittoresque : une jeune fille éprise d'un garçon pauvre se verra unie à lui malgré une machination ourdie par un

marieur visant à lui faire épouser un grand mais riche benêt.  Y sont croqués quelques personnages attachants sur fond d'imagerie paysanne : outre le marieur, deux familles de statut social opposé, et des villageois crédules.  Comme dans toute comédie, la farce peut soudain basculer dans le dramatique, à l'aune des sentiments amers de la petite Mařenka qui ose se rebeller contre ce qu'on tente de lui imposer.  Elle est surtout transfigurée par le charme d'une musique riche de tonalités slaves colorées, mobile dans ses rythmes, mêlant l'entrain irrésistible des danses, polka furiant et autre sauteuse, et une veine authentiquement populaire dans le traitement des chœurs.  La production signée Gilbert Deflo en 2008, décrypte un attrayant mélange d'humour et de tendresse, quoique elle ait quelque peu perdu de son mordant.  Si les intermèdes chorégraphiques, de facture athlétique, singeant quelques entrechats convenus, gardent leur fraîcheur naïve, et les ensembles une réelle vivacité, les scènes plus intimistes qui font dialoguer le facétieux marieur avec des clients crédules ou plus rusés que lui, paraissent moins percutantes.  Reste le plaisir que procure la présentation, un ravissement pour l'œil, volontairement stylisée à la Folon où dominent les tons francs, oranges et jaunes, et que métamorphosent des éclairages étudiés.  L'atmosphère de fête éclate d'emblée, préfigurant la parade de cirque au dernier acte.  Le plateau vocal de cette reprise est inégal : Piotr Beczala, Jeník, offre un timbre de ténor brillant et une prestation agréablement décontractée.  Celle de Inva Mula, Mařenka, l'est moins, mais la voix épouse sans difficulté le lyrisme slave.  Andreas Conrad prête au timide Vašek une amusante gaucherie.  Mais Jean-Philippe Lafont ne tire pas toutes les ficelles du rôle de l'entremetteur Keçal, à vrai dire délicat à crédibiliser.  Sans doute gêné par l'idiome tchèque, le chant souffre de manque de projection, et la faconde est minimale.  La direction musicale du jeune Constantin Trinks, qui n'évite pas de fréquents décalages avec les chanteurs, navigue entre deux excès, la fougue brouillonne (Ouverture boulée) et le ralentissement excessif qui ôte à la musique cette fluidité qui anticipe le langage coulant caractérisant les poèmes de Ma Patrie.

 

©Christian Leiber/OnP