Henri CHRISTINÉ : Phi Phi.  Opérette en trois actes.  Livret d’Albert Willemetz et Fabien Sollar.  Version pour 5 solistes, un chœur de 9 femmes et 10 musiciens.  Orchestration de Thibault Perrine.  Gilles Bugeaud, Emmanuelle Goizé, Christophe Grapperon, Olivier Hernandez, Lara Neumann, Antoine Sastre.  Compagnie Les Brigands, dir. Christophe Grapperon.  Mise en scène : Johanny Bert.Grand et durable succès des Années folles, Phi Phi – alias Phidias, célèbre sculpteur de l'antiquité - renaît à l'Athénée, sous une forme peut-être proche de sa facture originale.  L'opérette créée en 1918, le lendemain de la signature de l'Armistice, au Théâtre des Bouffes-Parisiens, fut en effet écrite pour être jouée dans un minuscule théâtre, l'Abri, qui tenait plus de la cave que du théâtre de prestige.  L'auteur du texte, Albert Willemetz, plume brillante, librettiste en vogue et parolier de nombreuses chansons célèbres - dont la fameuse « Félicie aussi », commise pour Fernandel - recherchait un musicien apte à mettre en musique la satire mythologique des démêlés amoureux du grand sculpteur, de la belle Aspasie et de l'éphèbe Ardimédon.  Il le trouvera en la personne d’Henri Christiné qui, aux côtés de Maurice Yvain, allait dominer la scène légère des années d'après-guerre.

  La pièce, qui tient de la pochade sans prétention, est bâtie sur un mélange savoureux de vraie/fausse antiquité grecque, d'animation dansée mélangeant valses musettes et morceaux à la mode, fox-trot et autres one-steps, tout juste venus d'Angleterre et d'Amérique, et surtout de ce ton proche du vaudeville boulevardier avec son lot de bons mots, calembours et quiproquos hilarants.  Le livret en est fort bien troussé, d'allusions grivoises en traits d'une ironie féroce sous des dehors anodins, d'airs typés facilement mémorisables en petits ensembles débridés.  La musique est brillante et aisée, plus : entraînante !

 

Mme Phidias ©Yves Petit

 

La production de la Compagnie Les Brigands est joyeuse.  Elle fusionne les ingrédients stylistiques : le chef est aussi chanteur, le chœur, dit « des modèles », pratique la danse et se fait manipulateur de marionnettes.  Elle fourmille de trouvailles amusantes et offre une succession de tableaux attrayants, tel un crêpage de chignon entre rivales... sur un ring de boxe, ou encore quelque démonstration réglée façon revue de music-hall.  L'idée de dédoubler les personnages en marionnettes faites de morceaux qui se désarticulent à satiété est originale, même si, dans la première partie au moins, elle peine à s'imposer.  Les chanteurs-acteurs, disposés de chaque côté de la scène comme dans certains théâtres de marionnettes traditionnels, communiquent leur voix à ces figures morcelées, auxquelles ils peuvent à l'occasion se mêler.  La troupe se démène copieusement, notamment les choristes-danseuses.  Les solistes vocaux défendent avec brio les chansons à couplets et autres refrains scandés, agréablement soutenus qu'ils sont par une poignée d'instrumentistes, ce qui ajoute à la sveltesse du propos.  L'ensemble pétille de joie communicative et le rythme est justement endiablé.