Imprimer
Catégorie : Opéras

Drama per musica en trois actes (1727) d’Antonio Vivaldi (1678-1741) sur un livret de Grazio Braccioli, d’après L’Arioste.  Ensemble Matheus, dir. Jean-Christophe Spinosi.  Mise en scène : Pierre Audi.  Marie-Nicole Lemieux (Orlando), Jennifer Larmore (Alcina), Véronica Cangemi (Angelica), Philippe Jaroussky (Ruggiero), Christian Senn (Astolfo), Kristina Hammarström (Bradamante), Romina Basso (Medoro).

Événement important de la saison lyrique que cette coproduction du TCE de l’Orlando furioso de Vivaldi, dans une représentation scénique absente depuis de nombreuses années des scènes parisiennes, la dernière remontant à une trentaine d’années, au Châtelet, avec Marylin Horne, dans le rôle éponyme.  La faiblesse du livret, la dramaturgie éculée et la difficulté de mettre en scène une telle œuvre expliquent sans doute cette longue absence.  Force est donc de reconnaître le courage d’une telle entreprise.  Michel Franck, en faisant appel au metteur en scène Pierre Audi, et en renouvelant sa confiance à Jean-Christophe Spinosi, ainsi qu’aux chanteurs qui avaient fait le succès de la version de concert de 2003 et de l’enregistrement qui suivit (Naive, 30393), minimisait toutefois les risques. 

Orlando furioso est sans doute l’opéra le plus célèbre du prêtre roux, créé au Teatro Sant’Angelo de Venise en 1727, remanié après l’échec de l’Orlando finto pazzo de 1714.  Il connut un triomphe lors de sa création, probablement par son originalité, ses scènes héroïco-fantastiques et comiques, la virtuosité du chant et la psychologie très marquée des personnages.  Pierre Audi a choisi un palais vénitien de l’époque de Vivaldi pour ce chassé-croisé amoureux où s’expriment, dans un contexte de magie noire et de sortilèges, avec violence, tout le désir, la passion, la souffrance, la jalousie, la folie.  La scène encombrée d’un fatras de chaises retournées, au premier acte, traduisant probablement ainsi la complexité des sentiments des différents personnages, va progressivement s’éclaircir, pour faire place à un décor extrêmement dénudé, sorte de cour d’hôpital psychiatrique où évolueront les acteurs grimés, lors du dernier acte.  Tout cela est bien pensé mais ne suffira pas à nous sauver de l’ennui qui gagne, d’autant que la scénographie noire, les décors peints d’une redoutable laideur et les éclairages souvent douteux ne contribuent pas à maintenir l’intérêt du spectateur…  Mais heureusement, il y avait la musique…  Somptueuse de bout en bout.  Dès les premières mesures, on fut frappé par le parfait équilibre entre l’orchestre et les voix.  Jean-Christophe Spinosi sut, par sa direction complice, se mettre au service des chanteurs, faisant preuve d’une grande empathie pour les personnages.  La distribution vocale fut également sans faille, qu’il s’agisse de Marie-Nicole Lemieux, totalement convaincante vocalement et scéniquement dans le rôle-titre, de l’élégante et distante Angelica de Veronica Cangemi, de l’inquiétante et émouvante Alcina de Jennifer Larmore qui campe, à n’en pas douter, le personnage le plus intéressant de cet opéra, du tendre et effacé Ruggiero de Philippe Jaroussky.  Quatuor vocal rodé à cette partition auquel venaient s’adjoindre Christian Senn, Kristina Hammarström et Romina Basso, tous remarquables.  Une coproduction qu’il sera possible de revoir prochainement à Nice et Nancy.

 

©Alvaro Yanès