Opéra en trois actes de Camille Saint-Saëns sur un livret de Ferdinand Lemaire.  Version de concert.  Orchestre national & Chœur du Capitole de Toulouse, dir. Tugan Sokhiev.  Ben Heppner (Samson), Elena Bocharova (Dalila), Tomas Tomasson (Le Grand Prêtre), Nicolas Testé (Abimelech), Gudjon Oskarsson (Le vieil Hébreu).

 

Seul opéra, dans la copieuse production lyrique de Camille Saint-Saëns (1835-1921), reconnu par la postérité, Samson et Dalila fut créé en 1877, à Weimar.  Entre opéra et oratorio, inspiré d’un thème biblique, tiré du Livre des Juges (chapitre XVI), il s’agit d’une partition complexe où peuvent se lire différentes influences musicales, françaises (Berlioz, Gounod, Bizet), allemandes (Wagner), tout autant que la sensualité mélodique italienne ou la tradition baroque de Bach ou Haendel, le génie de Samson et Dalila et de Saint-Saëns étant, précisément, de réaliser, avec le plus grand bonheur, la synthèse de ces éléments disparates.

  Œuvre particulièrement exigeante musicalement et vocalement, Tugan Sokhiev, par sa direction attentive, intelligente et son sens du phrasé, sut en donner une splendide vision parfaitement adaptée à la dramaturgie (et à la faiblesse des chanteurs !), sachant mettre en avant la très belle sonorité de son orchestre, toute la richesse des timbres, des couleurs orientalisantes, la beauté des chœurs (qui occupent, ici, une place primordiale) et la ciselure de l’orchestration.

 

 

 

 

Ben Heppner ©Marty Umans

 

 

 

Il n’en fut pas de même de la distribution vocale, homogène dans sa médiocrité.  Ben Heppner (Samson), très limité vocalement, ne pouvait assumer les nombreuses difficultés de la partition, Elena Bocharova (Dalila), remplaçant au pied levé Olga Borodina, n’avait pas, à l’évidence, un ramage en rapport avec son plumage étincelant, bien incapable, par sa technique restreinte, de faire preuve de la souplesse vocale nécessaire à son rôle, Tomas Tomasson (Le Grand Prêtre) manquait singulièrement de charisme, Gudjon Oskarsson (Le vieil Hébreu) était à la limite de la justesse et Nicolas Testé constamment décalé ! Ajoutons à cela la diction incompréhensible de la plupart des chanteurs et une mise en espace totalement absente…

 

 

 

 

©Patrice Nin

 

 

 

Enfin, il nous restait la musique, étincelante de bout en bout, que le public sut apprécier à sa juste valeur, par de nombreux rappels adressés à l’orchestre, au chœur et à leur chef qui semblent décidés à poursuivre leur collaboration pour les années à venir - ce dont on ne peut que se réjouir.

 

 

 

Tugan Sokhiev ©Denis Rouvre/Naïve