Johann Christian BACH : Zanaïda. Opéra en trois actes. Livret de Giovan Gualberto Bottarelli. Sara Hershkowitz, Vivica Genaux, Sharon Rostorf-Zamir, Pierrick Boisseau, Vannina Santoni, Daphné Touchais, Julie Fioretti, Alice Gregorio, Jeffrey Thomson.  Opera Fuoco, dir. David Stern.Dans le cadre du cycle « Passion - Le désordre amoureux », la Cité de la musique a  présenté en version de concert Zanaïda de Jean-Chrétien Bach (1735-1782). Composé en 1763, il s'agit du cinquième des douze ouvrages lyriques du plus jeune des fils du Cantor. La réputation du musicien, qui vivait alors en Italie, était telle qu'elle suscita l'intérêt d'un théâtre londonien, le King's. Sa directrice, la cantatrice romaine Colomba Mattei, lui passa commande de deux opéras dont ce dernier.

L'énorme succès rencontré eu pour conséquence de faire nommer l'année suivante Jean-Chrétien - désormais appelé « Mr. John Bach » - maître de musique de la reine d'Angleterre. À ce titre il introduira à la cour de Londres un jeune enfant prodige de 8 ans, Wolfgang Amadée Mozart ! Hélas l'opéra Zanaïda devait vite sombrer dans l'oubli jusqu'à ce que le manuscrit, qu'on croyait perdu, soit retrouvé chez un collectionneur en 2010. Identifié et publié, sa première audition moderne eut lieu en juin dernier au festival Bach de Leipzig par David Stern. La trame dramatique s'inspire de Métastase et de son Siface, tant mis en musique à l'époque. Le librettiste de J.-Chr. Bach en fait une adaptation libre accentuant le nombre des personnages et apportant plus de vivacité dans le déroulement d'une intrigue bien conventionnelle de passion amoureuse à la cour de Perse : une princesse turque, fille de Soliman doit être unie au Sophi Tamasse, qui lui préfère une autre belle. Retenue prisonnière par celui-ci,  Zanaïda déjouera le mensonge d'un amour illicite. Le lieto fine la réunira à celui qui lui était promis tandis qu'elle accorde son pardon aux conspirateurs zélés. La musique est conçue de manière fort vivante et variée, renonçant au carcan de l'aria da capo pour privilégier des formes plus concises et expressives. De même les récitatifs sont plus vifs, au point qu'on en soulignera à l'époque la modernité de l'écriture. Celle-ci transparaît aussi dans les ensembles tels le quatuor qui clôt le Ier acte ou le finale concertant réunissant toute la troupe dans un bel élan de bonheur partagé (il sera bissé lors du concert). L'interprétation vocale est sans faiblesse. Trois voix la dominent : Vivica Genaux qui, de son timbre sombre de mezzo contralto, prête au rôle travesti de Tamasse le prestige d'un style généreux, Sara Hershkowitz, Zanaïda, à l'aise dans une partie très ornée de vocalises dont les coloratures ne sont pas loin de préfigurer celles de la Constance de L'Enlèvement au Sérail. Le personnage connaît une intéressante évolution depuis son touchant air d'entrée, aux deux déplorations du IIe acte dont l'une accompagnée d'un solo de hautbois, et à l'air ultime d'affirmation de sa magnanimité. Pierrick Boisseau enfin, baryton solide en Mustafa vengeur. Les forces d’Opera Fuoco sont galvanisées par leur chef David Stern : continuo éloquent et accompagnement des airs et ensembles d'une belle alacrité.