John BLOW : Venus and Adonis. Musique pour le divertissement du roi, en trois actes et un prologue. Livret de Anne Kingsmill Finch. Précédé de Begin the Song, ode à Sainte Cécile. Céline Scheen, Marc Mauillon, Romain Delalande. La Maîtrise de Caen. Les Musiciens du Paradis, dir. Bertrand Cuiller. Mise en scène : Louise Moati.Issu du genre du masque, Venus et Adonis fait figure de premier opéra anglais. John Blow (1649-1708) reprend la grande tradition musicale d'un Locke, et sera l'ami et même le maître de Purcell. Composé pour le roi Charles II, ce « divertissement », fut créé à Londres,

à la cour, en 1683. Quoique dans le droit fil de l'école élisabéthaine, sa modernité frappe d'emblée. Il emprunte ainsi à la manière française, dans son ouverture, et développe une harmonie originale, entremêlant plusieurs lignes musicales qui chacune garde sa propre vie, à la manière de Tallis et de Byrd. La trame est concise, offrant une mini tragédie, assortie d'un doux parfum érotique, et d'une fine dose de cynisme. Le spectacle de l'Opéra Comique, co produit avec le Théâtre de Caen, fait précéder l'opéra d'un sonnet de Shakespeare, et surtout, de l'Ode à Sainte Cécile de Blow, Begin the Song, hommage à la musique, propice à introduire l'opéra. Reste que le climat dans lequel nous plonge le metteur en scène, Louise Moati, est d'emblée résolument triste, fond de scène barré de noir, costumes du même ton, éclairages à la bougie, donc blafards. Après un intermède dansé, sans musique, l'opéra débute dans ce même environnement, et affiche, avant l'heure, ce qui apparaît telle « a ceremony of mourning ». Dès les prémisses, pourtant insouciants, de la pièce, perce une pesante mélancolie, celle qui conclura la scène finale de déploration de Vénus sur le corps de son beau chasseur, blessé à mort par le sanglier. Un mouvement volontairement lent, voire très lent, assortit la progression de la trame. Une page comme la courte scène de séduction de Cupidon, qui pourtant engage ses semblables à s'affranchir de toute réserve, et fustige celui « qui méprise la grande école de l'Amour », paraît étrangement sans ressort. L'interprète, le jeune sopraniste Romain Delalande, ajoute à ce sentiment, par un chant peu assuré. Certes, Blow a conçu ce que Louise Moati définit comme « un conte cruel, une vanité qui inscrit dans l'espace du mythe l'éphémère des plaisirs et de la vie ». Mais la mélancolie qui berce ces pages et sous tend une action somme toute entendue, a-t-elle besoin d'être soulignée au point de faire perdre à cette dernière toute spontanéité ? Les deux personnages éponymes distinguent l'interprétation vocale, faisant leur la simplicité de la narration, inhérente au masque-opéra, où même la lascivité des amants demeure suggérée : lui, Marc Mauillon, d'une justesse d'accent et de ton remarquable, elle, Céline Scheen, intense tragédienne. La contribution chorale de la Maîtrise de Caen est valeureuse, dont se détachent quelques belles individualités. La direction de Bertrand Cuiller est, elle aussi, d'une sûre délicatesse d'accents. Là où Blow requiert de la finesse pour révéler une orchestration originale, au contrepoint très élaboré, audacieuse dans les sonorités, notamment au chapitre des vents, des flûtes à bec tout particulièrement, et d'un continuo éloquent. Son magnifique orchestre des Musiciens du Paradis diffuse des couleurs solaires qui font quelque peu défaut sur scène.