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Catégorie : Opéras

L'opérette à l'anglaise à son meilleur : The Mikado

Arthur Sullivan & WS. Gilbert: The Mikado or The town of Titipu. « Original Japanese opera in two acts ». Richard Angas, Robert Murray, Richard Stuart, Donald Maxwell, Mary Bevan, David Stout, Yvonne Howard, Rachael Lloyd, Fiona Canfield, David Newmann. Orchestra and Chorus of the English National Opera, dir. David Parry. Mise en scène : Jonathan Miller, reprise par Elaine Tyler-Hall. Arthur Sullivan (1842-1900) est-il le Offenbach anglais ? Sans doute, à en juger par sa conséquente production, pas moins de treize opérettes, écrites avec son librettiste attitré, Gilbert.

Une des plus fructueuses collaborations qu'a connue l'Angleterre musicale. Le duo n'a pas son pareil pour trousser une satire de la société victorienne, comme l'auteur de La Belle Hélène s'y employa, quelques 25 ans plus tôt, de celle du Second Empire. Le Mikado ou La ville de Titipu est leur titre emblématique, créé en 1885, au Savoy Theater de Londres, où il tiendra l'affiche des années durant. Depuis lors, le succès ne se dément pas. Les pièces de Sullivan ne cherchent qu'à divertir, et leur auteur professe ce principe simple, mais de bon sens : « ma musique devrait parler au cœur, et non à la tête ». Elle déploie un lyrisme agréable, des rythmes aisés, et professe même, soudain, une tournure baroquisante, ultime clin d'œil au glorieux passé musical britannique. L'histoire est celle d'un monarque imaginaire d'une période révolue, qui se réjouit des exécutions qu'on inflige au bon peuple, organisées par un Lord High Executioner plus bonace que terrible. On a pu en comparer la veine satirique à celle d'un Swift dans Les voyages de Gulliver. Il y a, bien sûr, beaucoup de « jokes », savamment distillées ici par une régie qui sait tenir en éveil, et des interprètes connaissant leur affaire. La production de Jonathan Miller, créée en 1986, a tant contribué à pérenniser le succès, qu'il est impossible de la déloger, puisqu'aussi bien, on ne change pas une équipe qui gagne ! Le coup de génie est d'avoir transposé cette amusante japonaiserie dans un hôtel de bord de mer des années 30. Résolument british. Jonathan Miller n'en était d'ailleurs pas à son coup d'essai. On se souvient, sur cette même scène, d'un Rigoletto d'anthologie, situé dans les bas fonds de l'East side new yorkais. Cette énième reprise assure, et haut la main. Mené à un rythme trépidant, le show se vit dans le meilleur goût de la revue londonienne, avec juste ce qu'il faut d'exagération pour tirer le rire. Les portraits sont savoureux : le Lord Executioner en question, appelé Ko-ko, dont le titulaire, Richard Stuart, est animé d'une faconde grandiose, un Mikado, sous les traits d'une énorme marionnette, finalement plus enclin au pardon qu'à ses sanguinaires lubies, un couple d'amoureux, beaux à ravir, pas trop importunés dans leurs projets par ce qui se trame alentour. Sans compter sur quelques  caricatures maniant l'absurde en maître, pour pimenter la sauce. Et moult numéros d'acteurs dévastateurs : Donald Maxwell, obséquieux Pooh-Bach, ou autre « Lord High Everything Else », et Yvonne Howard, Katisha, la femme virago. Tout jubile d'un mouvement entraînant, dans le climat resplendissant d'un décor clair, un brin déglingué, enrichi du blanc et noir de costumes somptueux qui, au final, misent sur le tout immaculé.