Les Berliner en terres baroques

 
 

Pour un de leurs concerts d'abonnement, les Philharmoniques berlinois accueillaient, cette fois dans le grande salle de la Philharmonie, le chef Andrea Marcon, spécialiste, entre autres, de Vivaldi. L'occasion de s'aventurer en des terres peu fréquentes pour eux.

Divisée en deux parties, la soirée proposait d'abord plusieurs pièces instrumentales du Prete rosso. Marcon fait le choix d'en donner de peu connues, puisées dans la vaste production des « concerti con molti istromenti », manière de mettre en valeur les qualités des premiers pupitres de l'orchestre. Ainsi le concerto grosso, RV 562a, pour violon solo, deux hautbois, deux cors, timbales, cordes et basse continue, offre-t-il une brillante introduction en fanfare, un second mouvement, marqué « grave », en forme de largo hypnotique, et une belle cadence du violon solo dans l'allegro final. Le jeu du Konzertmeister Andreas Buschatz est immaculé, même si l'accompagnement de Marcon paraît un peu lymphatique. Le concerto RV 576, « per Sua Altezza Reale di Sassonia », pour violon solo, hautbois solo, deux flûtes  traversières, basson, cordes et basse continue, fait partie de l'ensemble des concertos écrits pour l'orchestre de Dresde, et constitue un hommage au Roi Frédéric Auguste II. Il emprunte sa virtuosité violonistique au célèbre vénitien Johann Pisandel. Ses deux mouvements extrêmes seront très enlevés par Andrea Marcon qui choisit, ici comme ailleurs, de ne jouer ni carré ni heurté, comme bien de ses confrères, au risque de paraître un brin terne. Le hautbois de Albrecht Mayer partage la vedette avec le violon. Il revient à Emmanuel Pahud de mener au triomphe le concerto RV 439, dit « La Notte », un des plus célèbres morceaux vivaldiens : son alternance lent-vif, au fil de ses six parties, est un constant ravissement pour l'oreille, relevé par la sonorité éthérée de la flûte traversière, ou « flûte douce ». Celle de Pahud embellit le texte à chaque phrase, en particulier au second largo, sous-titré « Il sonno » (le songe). Cette première partie se clôt sur le concerto RV 569, pour violon solo, deux hautbois, deux cors, basson, violoncelle, cordes et basse continue, tiré aussi du répertoire de Dresde : une combinaison aussi originale que séduisante, surtout sous les doigts de tels solistes. Changement d'atmosphère avec le Gloria, RV 589, une des grandes partitions sacrées de Vivaldi. Écrite pour les demoiselles de l'Ospedale della Pietá, entre 1713 et 1715, elle comprend douze parties contrastées. Elle s'orne de deux solistes, soprano et mezzo-soprano. Qui dit Venise, dit aussi théâtre, et donc opéra. La partition de Vivaldi n'échappe pas à cette proximité, dans l'instrumentation, trompettes et hautbois voisinent avec les cordes, comme pour ce qui est de la distribution des numéros, chœurs, duos, arias solos, enfin dans le climat qui y règne : mouvements joyeux, au début notamment, car y domine l'allégresse de l'hymne au créateur, puis section pathétique lors du solo de l'alto au « Domine Deus Agnus Dei », sur le contrepoint du chœur, voire, peu avant, la quasi sensualité de la section, en forme de sicilienne, du « Domine Deus Rex Coelestis ». On est là dans le baroque triomphant, ce que la double fugue finale achèvera de souligner. Vivaldi ne s'y montre pas parcimonieux. L'interprétation de Andrea Marcon est inspirée, sans excès là encore, profondément pensée. Le RIAS Kammerchor apporte une sûre pureté vocale aux diverses interventions chorales, tout comme les deux solistes, Lisa Larsson et Marina Prudenskaja. Quant à l'orchestre, dans une formation restreinte, il est suprêmement raffiné et sonne comme si Vivaldi était son ordinaire. De nouveau, ses solistes, Albrecht Mayer en particulier, brillent magnifiquement.