Quand Marc Minkowski retrouve la musique de ses origines
 

Dans le cadre de la série de concerts de son « Domaine privé », à la Cité de la musique, Marc Minkowski consacrait une soirée à la musique polonaise, avec cette fois l'orchestre Sinfonia Varsovia, dont il est directeur musical. Satisfaisant en cela à la mémoire de ses origines. L'éclectisme du chef devient chaque jour plus évident. Au programme, Moniuszko, Szymanowki et Górecki. De Stanislaw Moniuszko (1819-1872), une sélection de pages symphoniques, tirées de l'opéra Halka, ouvrait le ban.

Celle qui passe pour l'œuvre lyrique emblématique de la patrie de Chopin, est aussi la composition phare d'un musicien considéré comme le fondateur de l'école nationale polonaise. Elle évoque un lyrisme échevelé, à travers son Ouverture bigarrée, le Prélude de l'acte III, sa brillante Mazurka ou sa Danse montagnarde, l'une et l'autre fort animées, que les musiciens du Sinfonia Vasrsovia possèdent assurément dans leurs veines. Le grand lyrisme, on le trouve aussi chez Szymanowski et son 2 ème concerto pour violon, op. 61 (1933), contemporain de la 4 ème symphonie, avec laquelle il forme une sorte de paire, tout comme le 1er concerto avec la 3è me symphonie. Il se joue d'un seul tenant, tel un grand poème, composé de deux parties, séparées par un cadence, écrite pour et à la demande de l'ami Pawel Kochański, son créateur. Bien différent de la forme concertante traditionnelle et virtuose de cette période, il est envoûtant. Par le climat qu'il instaure dès les premières pages, aux sources d'un romantisme épuré. Des rythmes de marche vont surgir au milieu d'un discours intensément lyrique, réminiscence d'un folklore que Szymanowski veut styliser, dépouillé. La volonté de stylisation marque encore l'instrumentation, qui se veut allégée. L'envoûtement vient tout autant de l'écriture pour le soliste, fort complexe, quoique non dans le sens démonstratif, et d'une extrême clarté. Celui-ci se voit gratifié d'amples mélodies, inspirées par l'art souverain de Kochański, où l'effusion est mesurée, mais aussi de traits enfiévrés. Jakub Jakowicz l'interprète avec une ardeur qu'on sent contrôlée, et une sensibilité à fleur de peau. Et Minkowski démontre qu'il sait prendre à bras le corps des harmonies et rythmes bien éloignés à priori de ses territoires habituels. L'exécution de leème symphonie de Górecki va le montrer encore. Cette pièce, créée en 1977, au Festival de musique contemporaine de Royan, est devenue célèbre par la magie du bouche à oreille, et la passion que bien des amateurs se sont découverte pour des sonorités profondes et réfléchies. Sans doute, pour conjurer les affres d'une société matérialiste et bruyante. N'en va-t-il pas de même de la vogue du chant grégorien ! Elle ne manque pas d'attrait, ne serait-ce que dans ses longues pages dévolues aux cordes, déployées à l'infini, jusqu'à l'immobilisme. Il était audacieux pour le musicien, et ses détracteurs ne se sont pas faits faute de le souligner, de bâtir toute une symphonie de plus de 50 minutes, sur trois mouvements lents. Trois lamentations, qui laissent à la voix de soprano une part essentielle. Reste que l'absence de contrastes peut confiner à quelque lassitude. En tout cas, l'interprétation de Minkowski et de ses forces polonaises est plastiquement impeccable, jamais à court d'intensité, et les interventions de la soprano Marita Søberg, d'une grande force de persuasion.