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Catégorie : Opéras

Schumann, le symphoniste et la confirmation d'un talent de chef

Non, Robert Schumann n'est pas le piètre orchestrateur qu'on s'est longtemps plu à décrier. Il use seulement de l'orchestre d'une manière originale, différente de ses contemporains.

Ainsi de la Quatrième symphonie, en réalité la deuxième composée, qui avec ses quatre parties enchaînées, ressemble à un vaste poème symphonique, doté d'une idée fixe, l'anagramme musical du mot CLARA, du nom de son épouse. La pièce portait d'ailleurs, à sa création, en 1841, à Leipzig, le sous-titre de poème symphonique. Elle sera remaniée dix ans plus tard. Le jeune canadien Yannick Nézet-Séguin, déjà bien implanté dans la carrière, l'aborde avec fougue, voire une impétuosité risque-tout, eu égard à l'acoustique ingrate de la salle de la Cité de la musique. Ainsi précipite-t-il le tempo de l'allegro initial, certes marqué animé, mais qui semble s'emballer par endroits, et n'évite pas quelque dureté. La nostalgique Romance est prise aussi dans un tempo assez vif. Paradoxalement, le scherzo paraît n'être pas assez articulé, même si l'impression s'estompe assez vite. La délicate transition, en décélération, entre ce mouvement et le finale, est ménagée avec doigté. Ce dernier, bien qu'encore affecté par la même tendance à bouler le rythme, est bien proportionné, et justement festif. En tout cas, on apprécie la clarté des plans, grâce à une formation pas trop nombreuse, et une configuration intéressante, qui dispose une ligne médiane des cordes graves entre les vents et les violons, eux-même divisés. Ce que le Chamber Orchestra of Europe ne laisse pas de magnifier en de séduisantes sonorités. Il en va de même dans la Symphonie N° 1, « Le printemps ». La manière du chef s'y avère plus assagie ; presque une forme de paradoxe, lorsqu'on sait que cette œuvre est celle d'un musicien jeune marié, plein d'élan, cherchant à s'imprégner des richesses de l'orchestre fameux du Gewandhaus de Leipzig. Yannick Nézet-Séguin paraît mieux en phase avec le classicisme d'une pièce qui se signale aussi par son économie thématique. La battue se fait plus mesurée, et la tension moins tranchée. Le larghetto, par exemple, dégage une ferveur non exempte  d'arrière-plan fantastique. Le scherzo, qu'interrompent deux trios, sera rythmé, sans brusquerie. Bien sûr, le finale, impétueux dans son introduction, et énergique dans son développement, s'achèvera en fiers accents conquérants. Du précieux travail d'orchestre, qui n'hésite pas à solliciter les cuivres, superbement mordorés de l'ECO, et creuse un sillon loin de laisser indifférent. Entre ces deux sommets symphoniques, le Concerto pour violoncelle op. 129 fait figure de grande pause lyrique. Plus intimiste que brillant, le cantabile y domine, d'un instrument choisi pour son expressivité quasi vocale. S'ordonnant en trois sections enchaînées, son caractère narratif en explore magistralement les ressources. Gautier Capuçon l'aborde avec une passion toute intériorisée, et la chaude sonorité de son archet s'unit à un orchestre expressif, en particulier dans la section lente centrale, où le soliste est soutenu par le contrechant des cellistes du rang, un trait singulier qui fait penser à la cantilène d'un lied.