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Catégorie : Opéras

Une Fille du régiment d'anthologie à l'Opéra Bastille

 

Gaetano DONIZETTI : La Fille du régiment. Opéra-comique en deux actes. Livret de Jules Henri Vernoy de Saint-Georges et Jean-François Alfred Bayard. Natalie Dessay, Juan Diego Florez, Alessandro Corbelli, Doris Lamprecht, Dame Felicity Lott, Francis Dudziak, Robert Catania, Daejin Bang, Olivier Girard. Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Marco Armiliato. Mise en scène : Laurent Pelly.

L'opéra-comique de Donizetti, créé en 1840, à l'Opéra Comique, s'en revient dans la capitale, à l'Opéra Bastille, dans la mise en scène fameuse de Laurent Pelly.

L'histoire, plutôt cocardière, écrite en français, voit une jeune fille, naguère recueillie sur un champ de bataille, par le 21 ème régiment, qui en fait son rejeton et sa vivandière, contrainte d'apprendre les bonnes manières afin d'épouser un duc, dont elle ne veut pas, car son cœur bat pour un beau tyrolien. Sur une musique légère et bien tournée, Donizzeti apportait au bel canto un de ses chefs d'œuvre. Car s'il s'est appliqué à épouser le style gallique, assimilant l'héritage d'un Grétry, le fécond maestro ne cherche pas à dissimuler ce qu'il doit à la veine italienne. La partition, contrairement à l'opinion expéditive de Berlioz, pour qui « l'orchestre se consume en bruits inutiles », regorge de pages réellement inspirées, passée une ouverture un peu paresseuse, et mis à part quelques tunnels en cours de route. Quoique l'accent martial soit de rigueur, la romance est reine. Dans une myriade d'arias, bâties sur le schéma de la cabalette et autre cavatine, dont le célèbre « Salut à la France », immortalisé par Lily Pons, ou l'air « Pour mon âme », sur un rythme de valse, où le ténor enchaîne une impressionnante série de neuf contre-uts. Mais aussi au fil d'ensembles inédits, tel le finale du 1er acte, où Donizetti, rompant avec le grand Largo concertato italien, insère, de manière audacieuse, une aria de l'héroïne, « Il faut partir », qu'il accompagne d'un solo de cor anglais. On l'a compris, La Fille du régiment prodigue une inspiration mélodique généreuse à des gosiers agiles. Avec la paire Natalie Dessay-Juan Diego Florez, on est à la fête. Lorsqu'ils se sont produits, pour la première fois, en 2007, sur la scène du Royal Opera de Londres, ils furent accueillis par le délire d'un flegmatique public britannique. Depuis lors, ils ont promené ce duo de Vienne à New York. A Bastille, enfin, la complicité est toujours aussi nette, évidente. Elle, très en forme, nantie d'une énergie débordante, quasi ludion, distillant les arias avec une gourmande faconde. Lui, parangon du legato, maître d'une ligne de chant incomparable, et de vocalises si aisées que le texte en paraît simple. Ils sont remarquablement entourés par Alessandro Corbelli, dont le superbe français accompagne un habile bagout, chez Sulpice, le soldat au grand cœur, Doris Lamprecht, la marquise de Berkenfield, qui s'est mise en tête de récupérer l'éducation de celle qui se trouve être sa fille, fruit d'une erreur de jeunesse, et Felicity Lott, duchesse, non pas de Gérolstein, mais de Crakentorp, la mère d'un prétendant invisible, et qui brûle les planches par son humour britannique et un maintien princier. Le Chœur de l'Opéra s'amuse fort, comme l'Orchestre joue alerte, sous le houlette attentive de Marco Armiliato, qui sait faire jaillir l'immanquable ton italien de cette bluette « franchouillarde ».