Une Médée bien décevante au TCE.

 

 

 

Marc-Antoine CHARPENTIER : Médée. Tragédie lyrique en cinq actes et un prologue (1693). Livret de Thomas Corneille. Michèle Losier, Anders Dahlin, Sophie Karthäuser, Stéphane Degout, Laurent Naouri, Aurélia Legay, Elodie Kimmel, Benoit Arnould, Katherine Watson. Chœur & Concert d’Astrée, dir. Emmanuelle Haïm. Mise en scène : Pierre Audi.

La trilogie de Médée constitue, à n’en pas douter, l’élément phare de la saison lyrique au Théâtre des Champs-Elysées, pour l'année 2013, célébrant le centenaire de la salle de l’avenue Montaigne.Projet intéressant que la mise en miroir de trois visions différentes du mythe, à travers les œuvres lyriques de trois compositeurs, Marc-Antoine Charpentier (1693), Pascal Dusapin (1992) et Luigi Cherubini (1797).

Le premier opus était confié, en la circonstance, au metteur en scène Pierre Audi et au plasticien allemand Jonathan Meese pour la scénographie : funeste erreur et terribles regrets ! La direction musicale incombait à Emmanuelle Haïm dirigeant son orchestre baroque, Le Concert d’Astrée. Au programme, donc, la Médée de Marc-Antoine Charpentier, probablement un des sommets de la tragédie lyrique française, où l’intensité musicale teintée d’influences italiennes, la complexité psychologique de l’héroïne et la qualité du texte de Thomas Corneille, le frère cadet de Pierre, se rejoignent pour une œuvre unique. Cette Médée fait suite à celles d’Euripide et de Sénèque, mais Thomas Corneille va la caractériser un peu autrement. En effet, si les crimes de la magicienne sont identiques, Corneille va chercher à mettre en avant leur justification, et par là même, développer un peu de compassion pour cette femme hautaine, amoureuse passionnée, qui semble la seule à posséder quelque noblesse parmi tous les personnages veules qui l’entourent. Cette empathie pour Médée va de pair avec l’affection manifeste qui se dégage devant le couple des amoureux fautifs Jason et Créuse. Magie, enchantement, amour, drame politique, trahison, égoïsme, vengeance, infanticide … Autant de facettes animant ce drame épique particulièrement riche, autant de pistes pour un metteur en scène curieux ! Mais de ligne directrice, de vision cohérente, il n’y en eut point ! Une mise en scène réduite à des mouvements et des reptations d’acteurs, d'hideuses chorégraphies, un décor coloré et criard, des costumes ringards… telle est la vision contemporaine et archaïque de la Médée de Pierre Audi et Jonathan Meese ! Retenons plutôt les points positifs : la musique, superbe, assez bien interprétée par le Concert d’Astrée, malgré l’absence de direction d’Emmanuelle Haïm, tout le mérite en revenant à l’excellence de la basse continue et  à Héloïse Gaillard au hautbois et à la flûte. Quant aux chanteurs, on ne pourra que regretter la médiocre prestation vocale de Michèle Losier dans le rôle-titre, du fait d’un vibrato important et d’une mauvaise diction, en reconnaissant,  toutefois, une belle présence scénique. En revanche le Jason d’Anders Dahlin et la Créuse de Sophie Karthaüser furent tout à fait convaincants, vocalement et scéniquement, donnant à leurs duos multiples un charme et une fraicheur, parmi les meilleurs moments de cette morne soirée. Le reste de la distribution vocale fut à l’image de cette production sans éclat : Laurent Naouri, un brin ridicule, Stéphane Degout, un tantinet vulgaire, avec une mention favorable pour la très belle voix de Katherine Watson dans le rôle du noir fantôme. Une production qu’on oubliera vite, pour attendre avec impatience - le pire n’arrive pas toujours ! - le deuxième opus, celui de la Medea de Pascal Dusapin associé à Sasha Waltz.

 

 

 

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© Ruth Walz

 

 

 

 

 

La noire Médée de Dusapin / Waltz au Théâtre des Champs-Elysées.