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Catégorie : Opéras

Vincenzo BELLINI : Norma. Opéra en deux actes. Livret de Felice Romani, d'après Norma ou l'infanticide d'Alexandre Soumet. Maria Agresta, Sonia Ganassi, Marco Berti, Riccardo Zanellato, Sophie Van de Woestyne, Marc Larcher. Chœur de Radio France. Orchestre de chambre de Paris, dir. Riccardo Frizza. Mise en scène : Stéphane Braunschweig. Théâtre des Champs-Elysées.

 

 

1831 : création de la Norma de Bellini à la Scala de Milan avec un succès mitigé…

Et pourtant Norma restera pour les années à venir et jusqu'à nos jours, le chef d'œuvre absolu, emblématique du bel canto, un des sommets de l'œuvre bellinienne, d'une troublante modernité par le développement d'une mélodie infinie, entre airs et récitatifs, dont Wagner saura s'inspirer, mais également par son contenu dramatique vibrant, enfin par ses difficultés vocales qui n'autoriseront ce rôle titre qu'aux plus grandes sopranos dont, aujourd'hui assurément, Maria Agresta fait partie. Car Norma c'est incontestablement le triomphe de la musique marquant le lien entre le chant rossinien finissant  et l'aube du chant romantique. Une partition d'une extrême difficulté vocale, sur laquelle plane encore le souvenir de Maria Callas, à la réputation meurtrière pour les voix, la grande Lili Lehmann affirmant qu'il lui était moins difficile de chanter trois Brünnhilde qu'une seule Norma… Stéphane Braunschweig a délibérément, pour cette nouvelle production, choisi le parti de la simplicité et du dépouillement concentrant son action autour de la figure de Norma, personnage ambivalent, à la fois tragique et romantique, menant une double vie, publique et privée, grande prêtresse druidique mais également, femme jalouse, amoureuse, et mère cachée, un moment tentée par l'infanticide vengeur. Les références à cette double vie se faisant sur scène, d'une part, par la présence de l'arbre druidique et, d'autre part, par le grand lit surmonté d'un dais rouge, comme la passion, dans une scénographie somme toute assez dépouillée, avec de beaux effets de lumière. L'aboutissement obligé de cette antinomie étant évidemment la mort rédemptrice, seul remède à la trahison et à l'amour bafoué. Une mise en scène, finalement, assez pertinente servant de façon fidèle la dramaturgie.

 

 

 


© Vincent Pontet

 

 

Musicalement la direction de Riccardo Frizza porta l'Orchestre de chambre de Paris sur des sommets, par la clarté de la narration et le soin apporté au service des chanteurs. Au plan vocal, Maria Agresta confirma son statut de diva, car ici rien ne manqua à son exceptionnelle prestation, endurance, tessiture étendue depuis des graves soutenus jusqu'à des aigus stratosphériques, un legato sublime jamais mis en défaut, un souffle à toute épreuve, une virtuosité et une précision des vocalises hors du commun. Le tempo assez lent du célèbre air « Casta Diva », tant attendu avec ses trois contre ut, en aurait probablement conduit plus d'une au bord de l'étouffement ! Sonia Ganassi dans le rôle d'Adalgise, également facile vocalement, offrit par la complémentarité des timbres, une réelle présence aux ensembles avec notamment un superbe duo du premier acte « Sola, furtiva, al tempio – Ah ! Si, fa core » ainsi qu'un pathétique et tendu « Mira, o Norma » à l'acte II. La haute stature et la voix puissante de Riccardo Zanellato donnèrent à Orovèse toute la crédibilité et le charisme nécessaires à un chef de guerre. Pourtant, dans cette production au demeurant fort réussie, force est d'avouer que Marco Berti dénote dans le rôle de Pollion, en constituant, indiscutablement, le maillon faible, non pas tant  par la qualité intrinsèque de la voix qui parait à l'évidence trop lourde, un peu barytonnante, que par la rigidité et le manque de continuité de la ligne, souvent hachée. Dommage que cette seule erreur de casting ait entraîné des huées, bien abusives, du public (cela devient une mode lors de toute première, ici ou là…). Un beau moment d'opéra pourtant à goûter avec délectation, Norma se faisant si rare sur nos scènes actuelles.