Die Zauberflöte de Wolfgang Amadeus Mozart. Singspiel en deux actes (1791) sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Siobhan Stagg, Jodie Devos, Julian Prégardien, Sophie Junker, Emilie Renard, Eva ZaÏcik, Klemens Sander, Camille Poul, Dashon Burton, Mark Omvlee, Christian Immler, Rafael Galaz, Yu Chen. Les Talens lyriques & Choeur de l’Opéra de Dijon, dir. Christophe Rousset. Version de concert.

Julian Prégardien © DR. Toute droite arrivée de l’Opéra de Dijon, dépouillée de la mise en scène de David Lescot, cette Flûte enchantée valait surtout par la grande qualité de sa distribution vocale faisant appel à de jeunes et talentueux chanteurs. On ne reviendra pas sur l’inspiration maçonnique bien connue de ce Singspiel s’inscrivant dans un triptyque où Mozart livre en quelque sorte son testament philosophique comptabilisant les devoirs envers soi (La Clémence de Titus) les devoirs envers l’humanité (La Flûte enchantée) et enfin les devoirs envers Dieu (Requiem). Point de commentaires superflus également concernant les Talens lyriques et la direction de Christophe Rousset. Pas de surprise dans cet effectif orchestral jouant sur instruments anciens, la sonorité est claire et la direction dynamique.

Nicolaï RIMSKI-KORSAKOV : La Fille de neige ou Snégourotchka Opéra (Conte de printemps) en un prologue et quatre actes. Livret du compositeur d'après Alexandre Ostrovski. Aida Garifullina, Yuriy Mynenko, Martina Serafin, Elena Manistina, Maxim Paster, Thomas Johannes Mayer, Vladimir Ognovenko, Vasily Efimov, Carole Wilson, Vasily Gorshkov, Franz Hawlata, Olga Oussova, Julien Joguet, Vincent Morell, Pierpaolo Polloni. Maîtrise des Hauts-de-Seine. Choeur d'enfants de l'Opéra national de Paris. Orchestre et Choeurs de l'Opéra national de Paris, dir. Mikhail Tatarnikov. Mise en scène et décors : Dmitri Tcherniakov. Opéra Bastille.

© Elisa Haberer / OnP Le troisième opéra de Nicolaï Rimski-Korsakov, La Fille de neige (1882), que présente l'Opéra Bastille, trouve son origine dans la pièce éponyme du poète russe Alexandre Ostrovski (1823-1886). Créée en 1873, avec au demeurant une musique de scène de Tchaikovski, ce « conte de printemps » séduisit le musicien qui comprit le parti qu'il pouvait tirer d'un texte à la rencontre de l'imaginaire féérique, des traditions folkloriques et de la mythologie russe. En effet, les rites agraires printaniers sont ancrés dans la littérature populaire slave. Ne donneront-ils pas plus tard naissance au ballet Le Sacre du printemps de Stravinsky. De même le culte du soleil qui réchauffe la nature nourricière. Tout un univers panthéiste donc. Issue de la Fée printemps et du Bonhomme hiver, Snégourotchka souhaite connaitre le monde des humains et posséder le don d'aimer. Si sa mère prône la liberté de la femme, tout en assurant son soutien en cas de besoin, le

Alban BERG : Wozzeck. Opéra en trois actes sur un livret du compositeur d'après le drame de George Büchner Woyzeck. Johannes Martin Kränzle, Stefan Margita, Nicky Spence, Stephan Rügamer, Kurt Rydl, Mikhail Timoshenko, Tomasz Kumiega, Rodolphe Briand, Gun-Brit Barkmin, Eve-Maud Hubeaux, Fernando Velasquez. Maîtrise des Hauts-de-Seine, Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris. Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris, dir. Michael Schønwandt. Mise en scène : Christoph Marthaler. Opéra Bastille.

© Émilie Brouchon / OnP « Il n'est peut-être plus indispensable, après Berg, de composer des opéras ». Cette sentence du musicologue Dominique Jameux (Berg, coll. Solfèges) éminent défenseur de la « seconde école de Vienne » donne à réfléchir. Sans doute, avec Wozzeck (1925) et après Wagner, Alban Berg réalise -t-il cette œuvre d'art totale où converge en une synthèse magistrale tout ce que la voix et l'orchestre portés jusqu'à l'excès peuvent communiquer en matière d'intensité dramaturgique et d'efficacité scénique. Assister à cette œuvre monde (et monstre) est toujours une expérience à vivre dont la force submerge. Elle revient à l'Opéra Bastille dans la saisissante production de Christoph Marthaler que l'on avait beaucoup appréciée lors de sa création sur cette même scène en 2008.

Le maître Schoenberg s'était étonné que le jeune homme timide qu'était son élève envisageât d'écrire un premier opéra sur un sujet « d'un tragique extraordinaire ». C'est en 1914 que Berg assiste à la représentation de la pièce de Georg Büchner (1813-1837) Woyzeck, une œuvre de 27 scènes brèves écrite par un dramaturge engagé doublé d'un médecin spécialiste des affections psycho-neurologiques. La pièce relate un fait divers : un pauvre bougre de barbier au mental douteux assassine sa maitresse par jalousie. Déclaré pleinement responsable de son crime, alors que certains plaidaient l'irresponsabilité, il est décapité en place publique. Berg s'empare de l'œuvre inachevée, écrite sur fond de révolte sociale et de comportement névrotique, dans une langue elliptique qui préfigure l'expressionnisme. Et, pour répondre aux interrogations de son maître, Berg précise : « il y a une part de moi-même dans ce caractère de Wozzeck (le changement de l'y en z vient d'une erreur du premier éditeur que Berg décide d'intégrer à son titre sonnant ainsi de façon plus incisive) dans la mesure où j'ai passé ces années de guerre totalement dépendant de gens que je haïssais, captif, malade, résigné : en fait, humilié ».

Ce n'est qu'en 1920 que le livret de Wozzeck est achevé. Proche du « montage » cinématographique que Berg réalise à partie des 27 scènes du Fragment, l'action s'articule selon la tripartie du modèle antique : Exposition, Péripétie et Catastrophe, chaque acte étant subdivisé en cinq scènes. Elles font toutes référence à un modèle formel (Rhapsodie, Passacaille, forme Sonate, Fugue...) ou à un principe de composition répertorié (Invention sur une note, un rythme, un accord...) selon le désir toujours assumé par le compositeur de considérer la force de l'élan expressif dans les limites contraignantes d'un cadre architectonique. Ainsi « chaque scène, chaque musique d'interlude - prélude, postlude, transition et intermède - se voient attribuer une autonomie cohérente et clairement délimitée » souligne Berg (in Alban Berg, Écrits). Rappeler que l'opéra ne dure qu'une heure trente, c'est aussi souligner la concentration du propos et la fulgurance d'une trame dramaturgique qui mettent l'orchestre, les chanteurs et le metteur en scène au défi.

Le Retour d’Ulysse dans sa patrie. Opéra en un prologue et trois actes de Claudio Monteverdi sur un livret de Giacomo Badoaro, d’après l’Odyssée d’Homère. Le Concert d’Astrée, dir. Emmanuelle Haïm. Mise en scène de Mariame Clément. Rolando Villazón, Magdalena Kozena, Katherine Watson, Kresimir Spicer, Anne-catherine Gillet, Isabelle Druet, Maaren Engeltjes, Callum Thorpe, Lothar Odinius, Jean Teitgen, Mathias Vidal, Emiliano Gonzalez Toro, Jörg Schneider, Elodie Méchain.

Le Retour d’Ulysse dans sa patrie © Vincent Pontet Le Retour d’Ulysse dans sa patrie (1640) est le second volet, le moins connu, de la trilogie monteverdienne, après l’Orfeo (1607) et avant L’Incoronazione de Poppea (1642). Pour certains il représenterait le maillon initial de l’opéra vénitien puisque intitulé « drame en musique » tandis que l’Orfeo n’en constituait qu’un brillant préambule sous la forme de « fable en musique ». Pour d’autres, cet opéra tirerait son importance historique de sa modernité ouvrant la voie à l’opéra romantique, dont les deux monologues de Pénélope et d’Ulysse porteraient témoignages. Se déroulant sur deux niveaux, celui des dieux et celui des hommes, il pose évidemment des problèmes de mise en scène du fait de l’atemporalité du mythe et des problèmes de réécriture musicale et littéraire (Partition sommaire en

Luca FRANCESCONI : Trompe-La-Mort. Opéra en deux actes. Livret du compositeur d'après Honoré de Balzac. Laurent Naouri, Cyrille Dubois, Julie Fuchs, Marc Labonnette, Ildikó Komlósi, Philippe Talbot, Béatrice Uria-Monzon, Chiara Skerath, Christian Helmer, Laurent Alvaro, François Piolino, Rodolphe Briand. Orchestre et Choeurs de l'Opéra national de Paris, dir. Susanna Mälkki. Mise en scène: Guy Cassiers. OnP au Palais Garnier.


Julie Fuchs © Kurt Van Der Elst / OnP
Inaugurant un cycle de créations à partir de grands textes littéraires français, l'Opéra de Paris a confié au compositeur italien Luca Francesconi (*1956) une adaptation opératique de La Comédie Humaine de Balzac, autour d'un des ses personnages principaux,Vautrin, alias Jacques Collin, alias Carlos Herrera, alias Trompe-la-Mort. Si la réussite est aussi éclatante, à peu de réserves près, c'est avant tout en raison d'une symbiose particulièrement efficace entre livret et musique. Déjà auteur de plusieurs opéras dont Quartett sur le texte de la pièce de Heiner Müller, Francesconi a lui-même effectué le découpage en choisissant parmi les romans « Splendeurs et misères des courtisanes » et « Illusions perdues ». « Je prends le risque de raconter une histoire », confesse-t-il. Sa démarche consiste à définir quatre strates d'étude de la société bourgeoise dépravée scrutée sans concession par Balzac, pour « une mise en abîme des niveaux de vérité » : le niveau de la vie sociale des salons, savoir l'apparence, la pure façade ; le niveau des machinations inavouables, là où se tirent les ficelles, la coulisse en somme ; le niveau de la rencontre de Carlos Herrera et de Lucien de Rubempré, sorte de temps suspendu, qui s'insère périodiquement dans la narration à chaque fois que les deux protagonistes cheminent ensemble ; enfin, le niveau des bas fonds, des sous sols inquiétants ou la face cachée des choses, les forces sous-jacentes. Ce schéma qui présente la particularité de fonctionner de manière discontinue (les scènes afférant à un même niveau ne se suivant pas nécessairement), au fil de courts tableaux s'enchaînant pourtant sans solution de continuité, permet d'appréhender le récit de manière simultanée comme un feuilleton. Il le rend extrêmement fluide et gomme ce qu'il peut comporter de fragilité en termes d'action au sens où on le conçoit habituellement dans un opéra. Ainsi sont scrutées ces trois formes de pouvoir au coeur de la Comédie Humaine que sont le contrat social, l'argent et la manipulation. Le procédé du flash back, emprunté au cinéma, introduit un élément de permanence à partir du premier échange entre l'abbé Herrera et Lucien dès lors qu'ils se retrouvent dans le même environnement, hors temps, à chacune de leurs discussions. Car c'est de pacte faustien qu'il s'agit : Herrera promet à son protégé l'amour et la richesse à la condition d'obtenir sa soumission. « Je suis l'auteur, tu seras le drame », lance le premier au second au début de l'acte II. Avec des marques de vraie-fausse affection qui font penser aux vils desseins de Mime vis à vis de Siegfried chez Wagner. Las, la rue tourne, et Esther, l'aimée de Lucien, se suicide, et lui-même se pend dans la cellule où il a été emprisonné. Reste Herrera qui révélant sa véritable identité, monnaie sa respectabilité auprès du Procureur général en échange de sa discrétion quant à des lettres d'amour embarrassantes. « Allons, la haine fait vivre », lâchera-t-il in fine.

Nicolaï RIMSKI-KORSAKOV : Le Coq d'or. Opéra en trois actes, un prologue et un épilogue. Livret de Vladimir Bielsky, d'après un conte de Pouchkine. Vladimir Samsonov, Roman Shulakov, Jaroslav Kitala, Mischa Schelomanski, Marina Pinchuk, Yalorslav Abaimov, Svetlana Moskalenko, Inna Jeskova, Ronald Lyndaker, Christophe Sagnier, Tasong Lee. Choeur de l'Opéra national de Lorraine. Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, dir. Rani Calderon. Mise en scène : Laurent Pelly. Opéra de Nancy Lorraine.

© Opéra national de Lorraine Nicolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) ne verra pas créer de son vivant son dernier opéra, Le Coq d'or qu'il achève en 1907. Point d'orgue d'une magistrale série. Ce qui est en apparence un conte populaire, tiré de Pouchkine, cache en réalité une fable peut-être pas si innocente, que va faire revivre un Astrologue. Le vieux et belliqueux Tsar Dodon s'ennuie et ne pense qu'à jouir d'une vie tranquille, en particulier avec ses voisins. L'Astrologue lui propose un moyen imparable : un coq d'or, perché en haut de la flèche du palais, l'avertira de tout danger. Plus tard, séduit par une princesse orientale, la reine de Chemakha, Dodon veut en faire sa femme. Mais lorsque l'Astrologue demande son dû pour services rendus, il se voit éconduire et transpercer par le spectre royal. Alors le coq d'or fond sur le monarque et le tue d'un coup de bec. Sous les rires de la reine qui disparaît. Épilogue : l'Astrologue vient tirer la morale de la fable, seuls, lui et la reine, étaient des personnages vivants... Un conte cruel en somme. Bien plus que la féérie fantastique et amusante dans laquelle on a souvent enfermé cet opéra, en particulier lors de la création française en 1914 au Palais Garnier dans une chorégraphie de Fokine. On se doutait que la lecture dramaturgique de Laurent Pelly débusquerait ce que le librettiste Bielsky considérait déjà comme « une mauvaise farce ». Qui fait des hommes des pantins, et de ceux qui les manipulent les vrais personnages clairvoyants de l'histoire. L'opéra n'avait-il pas été censuré lors de sa publication ! Replacée dans le contexte politique de l'époque - les troubles qui agitaient la Russie depuis 1905, l'isolement du Tsar Nicolas II -, cette fable prend une résonance singulière : « Ce gros nuage qui vient de l'est.

Marie-Nicole Lemieux © Denis Rouvre Carmen : Opéra en quatre actes de Georges Bizet sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy d’après Mérimée. Orchestre National de France, Chœur et Maîtrise de Radio France, dir. Simone Young. Marie-Nicole Lemieux, Michael Spyres, Vanina Santoni, Jean-Sébastien Bou, Chantal Santon-Jeffery, Ahlima Mhamdi, Frédéric Goncalves, Francis Dudziak, Rodolphe Briand, Jean Teitgen. Version de concert.

Force est de reconnaitre que le ciel paraissait bien couvert sur l’Andalousie pour cette représentation de Carmen au Théâtre des Champs-Elysées…Les bodegas de Triana suintaient la morosité et les rives du Guadalquivir semblaient bien tristes, si l’on excepte l’embellie vocale de la contralto canadienne Marie-Nicole Lemieux qui assuma avec brio cette prise de rôle. Il faut avouer que la chanteuse, paradoxalement habituée de la musique baroque, trouvait ici un rôle à sa démesure, tant dans le jeu d’acteur que dans la prestation vocale, implication scénique et qualité du chant remplaçant avantageusement un plumage sans grand rapport avec la cigarière sévillane…

Le Château de Barbe-Bleue. Opéra en un acte de Béla Bartók (1881-1945) sur un livret de Bela Balazs. Ensemble Intercontemporain & Orchestre du Conservatoire de Paris, dir. Matthias Pintscher. Michelle DeYoung, John Relyea. Version de concert

Matthias Pintscher © Felix Brendel Matthias Pintscher à la tête de son Ensemble Intercontemporain et de l’Orchestre du Conservatoire de Paris apporta une conclusion flamboyante et magistrale à la Biennale d’art vocal de la Philharmonie de Paris par une formidable (au sens étymologique du terme) interprétation de l’opéra de Béla Bartók, en version de concert. Un opéra où l’intrigue se limite au pur conflit psychologique entre les deux personnages. Chef d’œuvre absolu, créé à Budapest le 24 mai 1918, élément lyrique incontournable du XXe siècle, bâti sur une dramaturgie audacieuse et resserrée entre Judith et Barbe-Bleue, sans influences extérieures. Véritable chemin de croix à rebours conduisant, après l’ouverture des 7 portes, à 7 salles (salle des tortures, salle d’armes, salle du trésor, jardin, domaine, lac des larmes, salle de épouses) toutes baignées de sang, annonciatrices de la catastrophe finale s’ouvrant alors sur la nuit et la solitude définitives. Usant d’une prosodie atypique, d’une rythmique particulière, d’une magie orchestrale certaine, très narrative, caractérisant chaque porte par un climat, un instrumentarium et des associations de timbres particulières, cet opéra fut également pour les compositeurs ultérieurs une véritable terre nourricière…Un rappel que ne manqua pas de faire Matthias Pintscher qui proposa au public, en première partie, deux autres visages de la Hongrie du XXe siècle, sous la forme de deux pièces de musique d’aujourd’hui, San Francisco Polyphony de Gyorgy Ligeti (1923-2006) et Stèle de Gyorgy Kurtag (° 1926). Deux œuvres nécessitant un grand effectif orchestral, d’une grande complexité structurelle, très difficile d’exécution qui poussèrent quelque peu l’orchestre dans ses ultimes limites, notamment au pupitre des cuivres. San Francisco Polyphony fut composé en 1974, dédié à Seiji Ozawa, directeur du San Francisco Symphony Orchestra. Évoluant dans un climat sombre, riche en effets sonores et ruptures rythmiques, cette belle pièce alterne entre Ordre et Chaos sur une distorsion entre ligne mélodique et fusion harmonique. Stèle date de 1994, dédié à Claudio Abbado et au Berliner Philharmoniker, est une symphonie funèbre constituée de trois mouvements très contrastés où la désolation domine avant de s’achever dans une ambiance statique comme celle d’un regard implacablement fixé au même endroit…Une mise en miroir méritoire et intelligente, couronnée par cette somptueuse lecture du Château de Barbe-Bleue donné en deuxième partie de concert. Pour cette œuvre grandiose, il fallait bien deux voix exceptionnelles comme celles de la mezzo soprano américaine Michelle De Young et du baryton basse canadien John Relyea. Deux statures vocales impressionnantes capables de résister face à l’orchestre mené d’une main experte par Matthias Pintscher, la basse noble et inquiétante du chanteur canadien répondant à la tessiture large et dramatique de la mezzo américaine, deux chanteurs parfaitement dans leurs rôles tant vocalement que scéniquement. Une lecture portée par une dramaturgie incandescente, une tension soutenue oscillant entre drame poignant et effroi, une réalisation orchestrale de premier ordre avec une superbe prestation de la clarinette solo et de toute la petite harmonie. Une direction très engagé et attentive, une mise en place tirée au cordeau et un équilibre parfait entre solistes et orchestre. Bref, une interprétation magistrale tant vocalement qu’instrumentalement pour une œuvre d’exception qui le valait bien…

The Rake’s Progress au Théâtre des Arts à Rouen : Un grand moment d’opéra. Opéra en trois actes avec Epilogue (1951) d’Igor Stravinski sur un livret de Wystan Hugh Auden et Chester. S Kallman. Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie & Chœur Accentus, dir. Leo Hussain. Mise en scène de David Bobée. Benjamin Hulett, Marie Arnet, Isabelle Druet, Kevin Short, Colin Judson, Kathleen Wilkinson, Stephen Loges.

The Rake’s Progress © Philippe DelvalCet opéra d’Igor Stravinski, nous contant l’histoire du libertin Tom Rakewell, trouvait idéalement et naturellement sa place dans le programme de l’Opéra de Rouen consacré, pour cette saison 2016-2017, au libertinage, au sens large du terme. Inspiré d’une série de tableaux de William Hogarth, The Rake’s Progress connut un succès phénoménal dès sa création à Venise. Symbole du néoclassicisme stravinskien tant décrié par Boulez, relevant de multiples influences, Mozart notamment, laissant une place primordiale à la mélodie, se développant sur un orchestre diaphane à l’orchestration savante et délicate où les vents sont omniprésents, usant d’un raffinement rythmique avéré, cette œuvre assure la troublante symbiose entre modernité et classicisme, pastiche et drame. Pour sa première mise en scène lyrique force est de reconnaitre que David Bobée réussit, ici, un coup de maitre. Sa vision est politique, transposée de nos jours, Tom Rakewell y figure un trader assoiffé d’argent, objet et finalement victime d’un monde monnayable, virtuel, où toute référence morale a disparu, un univers impitoyable qui l’engloutira…

Bis Repetita Placent ! Dramma giocoso en deux actes (1787) de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Le Cercle de l’Harmonie & Chœur du Théâtre des Champs-Elysées, dir. Jérémie Rohrer. Mise en scène de Stéphane Braunschweig. Jean-Sébastien Bou, Robert Gleadow, Myrto Papatanasiu, Julie Boulianne

Don Giovanni © Vincent Pontet/ WikispectacleDon Giovanni © Vincent Pontet/ WikispectacleReprise au Théâtre des Champs-Elysées de cette ancienne production datant de 2013, dans une mise en scène discutable de Stéphane Braunschweig, avec une distribution vocale différente, si l’on excepte le Leporello de Robert Gleadow et le Commandeur de Steven Humes, mais avec le même Cercle de l’Harmonie dans la fosse, dirigé par son chef fondateur, le très mozartien Jérémie Rohrer. La mise en scène d’opéra est, sans aucun doute, un exercice bien périlleux, et celle de Don Giovanni plus que toute autre, tant est étendu le domaine des possibles dans la vision que l’on peut avoir du célèbre mythe. Voir Don Giovanni au travers du regard de son valet, Leporello, voila qui, à défaut d’originalité (vision maintes fois rabâchée), est toutefois défendable, voire intéressant…Encore eut il fallu que cette vision ne se limitât point à un Leporello fasciné, subjugué ou horrifié devant les méfaits de son maitre, cantonné dans un voyeurisme coupable ou une indignation muette ! Car ce Don Giovanni, amateur de parties fines et de conquêtes faciles, ne mérite pas tant d’égards et d’attention, figure malheureuse de la post modernité entrainé dans un hédonisme forcené et une addiction sexuelle entretenue à coups d’aphrodisiaques !

Vincenzo BELLINI : Norma. Tragédie lyrique en deux actes. Livret de Felice Romani d'après « Norma ou l'infanticide » d'Alexandre Soumet. Cecilia Bartoli, Rebeca Olvera, Norman Reinhardt, Peter Kálmán, Liliana Nikiteanu, Reinaldo Macias. Coro della Radiotelevisione svizzera. I Barocchisti, dir. Gianluca Capuano. Mise en scène : Moshe Leiser & Patrice Caurier. Festspielhaus Baden-Baden.

 

©Vincent Pontet Cette production de Norma créée au Festival de Salzbourg 2013 connaît un nouveau souffle au fil d'une mini tournée européenne qui l'aura vue présenter à Zürich puis à Édimbourg, Paris et Baden-Baden. Deux particularités la distingue : sa conception scénique, son édition musicale. Peut-être inspirés par sa lointaine origine française - la pièce « Norma ou l'infanticide » d'Alexandre Soumet - les régisseurs Moshe Leiser et Patrice Caurier transposent l'histoire de la druidesse des Gaules en rébellion contre l'envahisseur romain à l'époque de l'occupation allemande. Pari osé qui met à mal les habituelles façons de la concevoir. Mais qui indéniablement lui apporte un poids insoupçonné, un souffle dramatique qu'on n'imaginait pas : après tout, le peuple gaulois et son chef Ovoreso sont en résistance contre l'ennemi occupant

Le Tour d'écrou : un huis clos terriblement ambigu

Benjamin BRITTEN : The Turn of the Screw. Opéra en deux actes et un prologue. Livret de Myfanwy Piper d'après la nouvelle d'Henri James. Nikolai Schukoff, Heather Newhouse, Anne Mason, Cheryl Barker, Lucien Meyer, Silvia Paysais.  Membres de l'Orchestre Symphonique de Mulhouse, dir. : Patrick Davin. Mise en scène : Robert Carsen. Opéra de Strasbourg.

Le Tour d'écrou de Britten est un bien curieux opéra. Inspiré de la nouvelle d'Henri James, le livret en adopte l'étrangeté et la concision. Opéra de chambre écrit pour un effectif de treize musiciens jouant 18 instruments et comprenant six personnages, ses seize scènes sont réparties symétriquement dans ses deux actes, chacune introduite par un interlude instrumental conçu sous forme de variations ; on n'est pas loin du schéma musico-dramatique de Wozzeck d'Alban Berg puisque ces variations annoncent le contenu de la scène qui suit. Un prologue introduit l'histoire : une Gouvernante est appelée par le tuteur de deux enfants, Flora et Miles, pour s'occuper d'eux dans sa propriété à la campagne, à la condition expresse de ne le déranger à aucun prix. La jeune femme accepte cette mission avec enthousiasme mais s'aperçoit peu à peu que des choses étranges se passent : le fantôme de deux anciens serviteurs, Peter Quint et Mrs Jessel. apparaissent. Et soudain tout bascule, alors que les deux enfants entretiennent un comportement ambigu, le garçon surtout en proie à l'envoûtement de Quint, tenant des propos étrangement à double sens, et en venant à intercepter sous la pression de celui-ci, la lettre que la Gouvernante s'est finalement résolue à adresser au maître des lieux.

Samson et Dalila : l'opéra biblique revisité

Camille SAINT-SAËNS : Samson et Dalila. Opéra en trois actes et quatre tableaux. Livret de Ferdinand Lemaire. Anita Rachvelishvili, Aleksandrs Antonenko, Egils Silins, Nicolas Testé, Nicolas Cavallier, John Bernard, Luca Sannai, Jian-Hong Zhao. Orchestre et Chœurs de l'Opéra National de Paris, dir. Philippe Jordan. Mise en scène : Damiano Michieletto. Opéra Bastille.

 

Après quelques décennies d'absence, Samson et Dalila, l'œuvre lyrique majeure de Camille Saint-Saëns revient à l'Opéra de Paris. Là où elle n'entra au répertoire que tardivement, en 1892, alors que créée en 1877 à Weimar. Grâce aux bons soins de Liszt. Cet « opéra biblique » trouve sa source dans un épisode du Livre des Justes, l'un des livres de la Bible hébraïque ; mais les événements relatés dans l'opéra n'en reprennent qu'une infime partie. Car si Samson y succombe aux charmes vénéneux de Dalila, celle-ci avait déjà tenté de le séduire par trois fois auparavant, en vain. Imaginé à l'origine comme un oratorio, l'opéra s'en ressent dans ses immenses passages choraux du premier et du troisième acte, où l'on peut songer aux maîtres du passé, JS. Bach, Haendel. C'est que le sujet n'appelle pas un développement dramatique très riche. Ce dont pourtant Saint-Saëns a su s'accommoder, ménageant un intéressant cheminement quant à la conquête par les Philistins du secret de la force herculéenne de Samson par le truchement des appâts de la jeune femme, objet de l'acte central et du duo d'amour qui en est la clé de voûte. Autour de cela : les lamentations du peuple hébreu qui se sent délaissé par son chef, les invectives du satrape du camp adverse, l'incitation à la haine du grand prêtre de Dagon qui tente d'amadouer Dalila en lui offrant son or, et enfin le supplice de Samson exposé à la risée de tous lors d'une scène d'hystérie collective à l'issue de laquelle l'élu d'Israël provoque l'écroulement du temple des Philistins.

Incandescent Ange de feu à l'Opéra de Lyon

Serge PROKOFIEV : L'Ange de feu. Opéra en cinq actes et sept tableaux, op. 37. Livret du compositeur d'après le roman éponyme de Valéri Brioussov. Ausrine Stundyte, Laurent Naouri, Margarita Nekrasova, Mairam Sokova, Vasily Efimov, Dmitry Golovin, Taras Shtonda, Ivan Thirion, Almas Svilpa, Yannick Berne, Paolo Stupenengo, Philippe Maury, Kwang Soun Kim, Marie-Eve Gouin, Pascal Obrecht, Charles Saillofest, Jean-Françosi Gay, Paul-Henry Vila, Sharona Applebaum, Pei Min Yu, Sophie Calmel, Joanna Curelaru. Orchestre et Chœurs de l'Opéra de Lyon, dir. Kazushi Ono. Mise en scène : Benedict Andrews. Opéra de Lyon.

 

L'Opéra de Lyon poursuit son exploration des grandes pages de l'opéra russe. Avec cette fois, une œuvre peu souvent jouée, L'Ange de feu. Serge Prokofiev était fasciné par l'occultisme, et la découverte du roman de Valéri Brioussov, maître du symbolisme russe, fut le déclic de la mise en chantier d'un opéra, écrit entre 1920 et 1927. Qui  sera créé bien plus tard, en 1954, en version de concert au Théâtre des Champs-Elysées à Paris - en français - et l'année suivante scéniquement à La Fenice de Venise, en italien ! Entre temps la Troisième symphonie (1928) aura repris pour l'essentiel le réseau thématique de l'opéra. Curieux destin pour une œuvre hors norme qui, dans l'Allemagne superstitieuse du XVI ème siècle, plonge le spectateur dans le mysticisme et le religieux, le réel et la fiction, et dépeint une figure de femme possédée comme il en est peu dans le monde lyrique : Renata a vu naguère lui apparaître Madiel, un ange de feu, et depuis est envoûtée par cette vision, jouet de forces contraires qui la torturent corps et âme.

Un superbe Così fan tutte en ouverture de la saison à l’Opéra de Rouen

Wolfgang Amadé MOZART : Così fan tutte. Dramma giocoso en 2 actes. Livret de Lorenzo da Ponte. Gabrielle Philiponet, Annalisa Stroppa, Cyrille Dubois, Vincenzo Nizzardo, Laurent Alvaro, Edouarda Melo. Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie & Chœur Accentus, dir. Andreas Spering. Mise en scène de Frédéric Roels.Pour ouvrir cette nouvelle saison centrée sur le libertinage, dans son acception philosophique et historique, sésame d’un monde subversif et mystérieux peuplé de désirs et de charmes interdits, Frédéric Roels, directeur général et artistique de l’institution lyrique normande, levait le rideau avec Così fan tutte de Mozart. Si ce troisième opus de la trilogie Da Ponte est généralement interprété comme une métaphore de l’inconstance et de l’infidélité féminine, Frédéric Roels en proposa un éclairage nouveau sous la forme d’un jeu de rôles où tout est déjà accepté d’avance sauf la fin… Un jeu un peu pervers sous la houlette du maitre du jeu Don Alfonso secondé par sa maitresse Despina, couple machiavélique, un peu sado masochiste dont la conduite n’est pas sans rappeler les aventures « amoureuses » d’un certain divin marquis. Un jeu finalement mené entre soi, pour échapper à l’ennui. Tout se joue alors à grand renfort de masque, de travestissements, de mise en miroir et de voyeurisme où la farce côtoie le drame afin de rester fidèle à l’ambigüité du dramma giocoso. Une mise en scène attrayante et pertinente qui emporta immédiatement l’adhésion du public, transposée de nos jours, bien pensée, se déroulant dans une scénographie du plus bel effet, tantôt dans un salon bourgeois d’une lumineuse blancheur, tantôt dans un jardin paradisiaque peuplé d’ombres et de désirs cachés.

Création de L'Ombre de Venceslao, opéra de Martin Matalon

Martin MATALON : L'ombre de Venceslao. Opéra en 2 actes et 32 scènes. Livret de Jorge Lavelli d'après la pièce éponyme de Copi. Thibaut Desplantes, Ziad Nehme, Estelle Poscio, Sarah Laulan, Mathieu Gardon. Jorge Rodriguez, danseur de tango, Germain Nayl, acteur, Ismaël Ruggiero, mime, David Maisse, voix enregistrée. Anthony Millet, Max Bonnay, Victor Villena, Guillaume Hodeau, bandonéonistes. Paul Henri Nivet, Benjamin Leblay, Stefano Amori, Yann Sylvere Le Gall, Les Serviteurs de scène. Ingénieur du son / Grame, Max Bruckert. Orchestre Symphonique de Bretagne, dir. Ernest Martinez Izquierdo. Mise en scène : Jorge Lavelli.

Favoriser l'insertion en milieu professionnel de jeunes artistes lyriques et faire tourner un spectacle dans onze maisons d'opéra et pour une quarantaine de représentations, c'est ce à quoi s'engage le Centre Français de Promotion Lyrique (CFPL) s'agissant de L'ombre de Venceslao, l'opéra du compositeur argentin Martin Matalon. Donné en création mondiale à Rennes. le spectacle va voyager sur les scènes de Bordeaux, Marseille, Avignon, Toulouse, Montpellier... jusqu'à Buenos Aires et Santiago du Chili!

L'Ombre de Venceslao, le second opéra de Matalon, est une adaptation de la pièce éponyme de Copi que réalise Jorge Lavelli, l'âme frère de l'écrivain argentin. Le livret nous plonge dans l'histoire de l'Argentine des années 50, en proie à la dictature de Perón et aux coups d'état militaires qui ruinent la situation économique du pays. Avec son chapeau et son poncho, Venceslao incarne le gaucho, paysan élevé à la dure (« J'irai pieds nus » scande-t-il), au parler gras et aux pulsions viscérales, qui fuit la société et tente de retrouver ses origines au contact de la nature.

Attirante Première à Garnier : Eliogabalo de Cavalli

Francesco CAVALLI : Eliogabalo. Opéra en trois actes. Livret anonyme. Franco Fagioli, Paul Groves, Nadine Sierra, Valer Sabadus, Elin Rombo, Mariana Flores, Matthew Newlin, Emiliano Gonzalez Toro, Scott Conner. Cheour de Chambre de Namur. Orchestre Cappella Mediterranea, dir.: Leonardo García Alarcón. Mise en scène: Thomas Jolly. Opéra Garnier.Ce n'est pas tous les jours qu'une maison d'opéra peut s'offrir une Première assoluta. C'est pourtant ce que vient de faire l'Opéra de Paris à la salle Garnier avec l'entrée au répertoire d'Eliogabalo. Un spectacle qui voit plusieurs ''premières fois'' céans : celles du chef argentin Leonardo García Alarcón et du metteur en scène Thomas Jolly qui signe également son premier opéra. Eliogabalo, ultime ouvrage connu (1668) des 27 laissés à la postérité par le compositeur vénitien (1602-1676) fort célébré au Seicento, narre l'histoire peu édifiante de l'empereur Héliogabale qui régna sur Rome de 218 à 222 de notre ère, personnage sulfureux, débauché, pervers et sadique. Une phrase dans la bouche d'une des femmes qu'il convoite, Gemmira, ne le définit-elle pas :

« Recréation » d'Olympie de Spontini

Gaspare SPONTINI : Olympie. Tragédie lyrique en trois actes. Livret d'Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, d'après la pièce éponyme de Voltaire. Karina Gauvin, Kate Aldrich, Mathias Vidal, Josef Wagner, Patrick Bolleire, Philippe Sauvagie. Chœur de la Radio flamande. Le Cercle de l'Harmonie, dir. Jérémie Rhorer. Version de concert au Théâtre des Champs-Elysées.    Pour l'inauguration de son quatrième Festival à Paris, le Palazzetto Bru Zane, en coproduction avec le Théâtre des Champs-Elysées, donnait Olympie de Gaspare Spontini (1774-1851). Celui dont on ne connait bien, semble-t- il, que La Vestale, commit pourtant une vingtaine d'autres ouvrages pour la scène, comme Fernand Cortez (1809), commande de Napoléon, ou Agnès von Hauhenstanden (1829). Olympie a été créé en 1819 à l'Académie royale de musique de Paris, puis remanié

La Dame de pique : une réflexion autobiographique…

Piotr Ilitch TCHAIKOVSKI : La Dame de pique. Opéra en trois actes. Livret de Modest Tchaikovski d'après la nouvelle d'Alexander Pouchkine. Misha Didyk, Alexey Markov, Vladimir Stoyanov, Svetlana Aksenova, Larissa Diadkova, Anna Goryachova, Andrey Popov, Andrii Goniukov, Mikhail Makrov, Anatoly Sivko, Morschi Frzanz, Olga Savova, Maria Fiselier, Pelageya Kurennaya, Christiaan Kuyvenhoven. Concertgebouworkest, dir. Mariss Jansons. Mise en scène : Stefan Herheim. De Nationale Opera Amsterdam.C'est à un événement considérable, de longue date mûri, que l'Opéra National d'Amsterdam aura convié son public pour le Festival de Hollande : La Dame de pique dirigée par Mariss Jansons à la tête de l'Orchestre du Concertgebouw et mise en scène par Stefan Herheim. L'idée maitresse de celui-ci est de placer le personnage de Tchaikovski lui-même au centre de l'histoire : un homme tourmenté par ses souffrances morales, partagé entre attirance homosexuelle et essai de normalisation par un mariage

Stockhausen illumine la basilique Saint-Denis

Karlheinz STOCKHAUSEN : Luzifers Abschied (L'Adieu de Lucifer) dernière scène de l'opéra Samstag aus Licht (Samedi de Lumière), pour chœur d'hommes, orgue et sept trombones. Ensemble Le Balcon, dir. Maxime Pascal & Alphonse Cemin. Basilique de Saint-Denis.Dans le cadre du Festival de Saint-Denis, était donnée Luzifers AbschiedL'Adieu de Lucifer – dernière scène de Samstag aus LichtSamedi de Lumière –, opéra de Karlheinz Stockhausen constitué d'un Gruss (Salut) et de quatre scènes. Luzifers Abschied est la seule partie à avoir été conçue pour être jouée dans une église. Composée en 1982 à l'occasion des huit cents ans de la naissance de saint François d'Assise, elle est entièrement centrée sur ses Lodi delle virtu, Éloges des vertus, et a été écrite pour voix d'hommes (un chœur de sept ténors et vingt-six basses), sept trombones et un orgue.

Lucia di Lammermoor ou le triomphe de Diana Damrau.

 

Gaetano DONIZETTI : Lucia di Lammermoor.  Opéra en trois actes. Livret de Salvatore Cammarano d'après La Fiancée de Lammermoor de Walter Scott.  Diana Damrau, Piero Pretti, Gabriele Viviani, Nicolas Testé, Francesco Marsiglia, Daniela Valdenassi, Luca Casalin. Orchestre Teatro Regio Torino & Chœur Teatro Regio Torino, dir. Gianandrea Noseda. Version de concert au Théâtre des Champs- Elysées.  Il  est des soirées qui restent dans les mémoires. Celle qui nous fut offerte au Théâtre des Champs-Elysées pour cette version de concert de Lucia di Lammermoor en fera sans aucun doute partie. Un opéra, le trente sixième de Donizetti, considéré comme l'archétype de l'opéra dramatique romantique s'inscrivant dans la tradition du bel canto rossinien finissant, métamorphosé et enrichi par la modernité de la théâtralité et de l'écriture vocale du compositeur bergamasque.

Mithridate loin de ses Racines...

Wolfgang Amadé MOZART. Mitridate, Re di Ponto. Dramma per musica en trois actes. Livret de Vittorio Amadeo Cigna-Santi d'après la tragédie éponyme de Jean Racine. Michael Spyres, Lenneke Ruiten, Myrtò Papatanasiu, David Hansen, Simona Šaturová, Sergey Romanovsky, Yves Saelens. Orchestre symphonique de La Monnaie, dir. Christophe Rousset. Mise en scène : Jean-Philippe Clarac & Olivier Deloeuil (LE LAB). Palais de La Monnaie, Bruxelles.Hasards du calendrier : un autre opera seria de jeunesse de Mozart, Mitridat Re di Ponto, était présenté à La Monnaie. Dans une salle de remplacement du fait des travaux en cours au théâtre, qui s'éternisant, ont contraint à une solution plus pérenne que les divers lieux en ville pratiqués jusqu'alors. Une construction façon toile de tente géante, fort excentrée, peu propice aux mises en scènes actuelles puisqu'offrant un plateau assez réduit et