Suprêmes couleurs automnales pour un intense Voyage d'hiver

Christian Gerhaher & Gerold Huber ©Michael Gregonowits Christian Gerhaher est de ceux dont les apparitions au concert s'inscrivent d'emblée dans la mémoire. Comme son aîné Dietrich Fischer Dieskau, dont le timbre et la manière apparaissent à plus d'un titre en filigrane. Le baryton allemand avait inscrit au programme de son récital, dans le cadre du Festival d'automne de Baden-Baden, le Winterreise D 911 de Schubert. « Le plus beau cycle de lieder du monde », selon Thomas Mann, a été écrit par le musicien sur des poèmes de Wilhelm Müller avec qui il avait déjà collaboré pour La belle Meunière. Et on peut avancer que jamais poète et compositeur ne se sont si bien compris : la fusion du chant et de l'accompagnement de piano atteint une sorte de génial aboutissement et crée une rare unité de climat. Vingt quatre mélodies la composent, selon deux parties de 12 chacune pour un monologue pessimiste de l'amoureux délaissé qui au cœur d'un profond hiver réfléchit sur sa situation et ne voit aucune autre issue que la mort. L'hiver et surtout la nature comme miroir de l'âme occupent dans ce cycle un rôle essentiel.

Anne-Sophie Mutter & le London Philharmonic Orchestra, dirigé par Robin Ticciati : Un concert bien décevant !

Pour ce concert au Théâtre des Champs-Elysées, accompagnée par la réputée phalange londonienne fondée par Thomas Beecham et dirigée ce soir par le jeune chef Robin Ticciati, la grande dame du violon, Anne-Sophie Mutter, avait choisi un programme sans risque dont le seul mérite fut de remplir copieusement la salle de l’avenue Montaigne grâce à un public, heureusement, conquis d’avance par la renommée mondiale de la dame. L’Ouverture de Manfred (1852) de Robert Schumann nous contant la fatalité accablant le héros byronien, archétype d’un romantisme pourtant exacerbé, nous parut bien trop pâle, totalement exempte de la noirceur et des syncopes tourmentées qui font habituellement la chair de l’orchestre schumanien. Le Concerto pour violon et orchestre n° 2 (1845) de Felix Mendelssohn, œuvre célèbre s’il en est, un des cinq concertos majeurs du répertoire violonistique, fut de la même veine, parfaitement joué par la violoniste

Un concert très convaincant à l’Auditorium de Radio France avant le départ en tournée….

La Symphonie n° 2 de Sibelius et la Symphonie n° 6 dite « Pathétique » de Tchaïkovski seront deux pièces maitresses de la tournée européenne qui conduira, dans les tous prochains jours, l’Orchestre Philharmonique de Radio France et son directeur musical, Mikko Franck, à Berlin, Munich, Cologne et Vienne. Superbe programme pour une exécution qui ne le fut pas moins ! La Symphonie n° 2 de Sibelius (1902) est considérée comme la dernière de la période nationaliste et romantique du compositeur. Elle fut composée lors d’un voyage à travers l’Europe et notamment en Italie. Plus que de s’attacher à un quelconque programme forcément réducteur ou à des influences souvent relevées comme celles de Tchaïkovski, force est de reconnaitre qu’elle porte en elle quelque chose de bien plus profond, « touchant aux profondeurs ultimes de l’inconscient et de l’ineffable » relevant plus de la musique pure que de la musique à programme. Analyse

Une Symphonie n° 7 « Leningrad » d’anthologie au grand Auditorium de Radio France.

Pendant le court interrègne séparant le départ de Daniele Gatti et l’arrivée prochaine d’Emmanuel Krivine comme directeur musical, le « National » voit se succéder sur l’estrade, pour notre plus grand bonheur, les plus grands chefs invités dont Neeme Järvi n’est pas le moindre, expliquant sans doute l’affluence du public dans le grand Auditorium de la maison ronde, pour un magnifique programme taillé sur mesures pour le célèbre chef estonien, associant la Suite n° 4 « Mozartiana » de Tchaïkovski et la Symphonie n° 7 dite « Leningrad » de Chostakovitch. Sans s’étendre sur la Suite n° 4 de Tchaïkovski conçue comme un vibrant hommage rendu par le compositeur russe au maitre de Salzbourg, il convient de rappeler que cette œuvre rarement donnée fut composée en 1887, année coïncidant avec le centenaire de la création de Don Giovanni, opéra qui semble avoir produit sur le compositeur russe une impression saisissante au point de décider de son engagement dans la carrière musicale : « C’est à Mozart que je dois d’avoir consacré ma vie à la musique… ».

Orchestre National de France & Chœur de Radio France, dir. Bernard Haitink. Patricia Petibon, soprano.

Le « National » vit actuellement une période bien singulière, particulièrement riche et brillante, voyant se succéder au pupitre les plus grands chefs du moment. Les semaines se suivent mais l’excellence reste. Après la formidable interprétation de Neeme Järvi la semaine passée dans la musique russe, c’était au tour de Bernard Haitink de faire montre de son immense talent de chef d’orchestre dans un programme tout entier dévolu à la musique française, avec deux œuvres magnifiques, rarement données dans leur intégralité, le Gloria pour soprano, chœur mixte et orchestre de Francis Poulenc et le ballet intégral de Daphnis et Chloé de Maurice Ravel. Deux compositions considérées à juste titre comme de véritables chefs d’œuvre dont le « National », associé à la soprano Patricia Petibon et au Chœur de Radio France, tous transcendés par la direction sobre mais pertinente du chef batave, donnèrent deux interprétations d’une ferveur et d’un brio exceptionnels. Le Gloria de Poulenc fut composé en 1960, dédié à son commanditaire Serge Koussevitzky, et créé en 1961 par le Boston Symphony Orchestra,

Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg, dir. Yuri Temirkanov.

Comme chaque année l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg dirigé par son immuable directeur musical, Yuri Temirkanov, était de passage pour deux soirées au Théâtre des Champs-Elysées, avenue Montaigne, en compagnie du célèbre pianiste Boris Berezovsky, dans un programme totalement dédié à a musique russe associant Rachmaninoff (1873-1943) et Stravinsky (1882-1971). Le Concerto pour piano et orchestre n° 3 de Rachmaninoff ouvrait les réjouissances devant un public venu nombreux. Une œuvre éternelle, composée en Russie et créée par son auteur en 1909 à New York. Une œuvre virtuose, reconnue comme l’une des plus périlleuses de tout le répertoire pianistique. Le pianiste russe, au jeu constamment juste, tantôt orchestral, tantôt confident, sans pathos excessif, sans vaine virtuosité et effets de manche, nous en donna une lecture particulièrement enthousiasmante, mêlant douleur intense et lyrisme exacerbé dans une savante symbiose avec l’orchestre (le piano étant d’ailleurs placé au milieu des cordes que Berezovski semblait diriger du regard…).

Esa-Pekka Salonen fait scintiller le Philharmonia Orchestra

Une constatation s'impose qui est le fil rouge de ce concert : la fabuleuse plastique sonore du Philharmonia Orchestra de Londres. Dans un programme d'une étonnante diversité puisque associant Stravinski, Beethoven et Sibelius. Les Symphonies d'instruments à vents sont dédiées à Claude Debussy auquel Stravinski était lié à la fois par l'admiration et l'amitié. Achevée en 1920, à Garches, l'œuvre sera remaniée en 1946. Elle est écrite pour 23 vents, que Salonen ne dispose pas autour de lui mais laisse à la place habituelle qu'ils occupent dans le grand orchestre, créant une impression bienvenue de légère distance. Le choral final, conçu comme un « Tombeau de Claude Debussy », conclut une œuvre d'un seul tenant qui ne dépasse pas une douzaine de minutes. « Une cérémonie austère qui se déroule en courtes litanies », dira l'auteur dans ses Mémoires. Quelque chose de hiératique, de rituel aussi, voire de violent dans l'association des timbres et la

Riccardo Chailly & la Filarmonica della Scala : Effusion lyrique

Désigné par la critique comme le meilleur chef d’orchestre du monde dans un classement récent, Riccardo Chailly, qui vient de quitter l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig, se présentait à la tête de sa nouvelle phalange de la Scala de Milan devant le public parisien dans la grande salle de la Philharmonie de Paris, associé pour un soir avec Martha Argerich au piano, dans un programme éminemment romantique appariant Schumann et Verdi. Salle comble évidemment et un public immédiatement conquis par l’Ouverture de Manfred de Robert Schumann, dans une lecture très narrative, toute en nuances, très enlevée, révélant d’emblée la grande qualité musicale de la phalange milanaise et l’immense science de la direction d’orchestre du chef italien. Une œuvre finalement assez peu donnée au concert inspirée du poème dramatique de Byron où Schumann semblait se retrouver dans ses craintes de la folie et de la mort. Une partition datant de 1851 empreinte d’un romantisme exacerbé où se mêlent sentiment de faute (Manfred a aimé sa sœur Astarté, la conduisant à la mort…), désir de rédemption, voyage au pays des morts afin d’obtenir

Anne-Sofie Von Otter chante les Nuits d’été

Il ne suffit pas toujours de réunir sur la même affiche, attrayante s’il en est, une phalange prestigieuse reconnue comme une des meilleures du monde, un chef emblématique et très médiatique qui, au jeu des chaises musicales, vient d’hériter du fauteuil de directeur musical du Boston Symphony Orchestra et du Gewandhaus de Leipzig, pour obtenir un concert d’exception…Beaucoup le pensait, beaucoup sont repartis déçus tant la prestation musicale ne répondit pas aux espoirs escomptés ! Un programme, avouons-le, sans originalité, un peu bizarre même dans sa conception, peut-être justifié par la filiation qu’entretiennent les héros wagnériens, probablement plus par les affinités connues d’Andris Nelsons pour les deux compositeurs Wagner et Strauss. Le Prélude de Lohengrin  (1850), le Prélude de Parsifal et l’Enchantement du Vendredi Saint (1882) de Richard Wagner en première partie, suivis de deux poèmes symphoniques de Richard Strauss, Mort et Transfiguration (1890) et Till l’espiègle (1895). Rien de bien nouveau sous le plafond de la Philharmonie de Paris…

Martha & Friends à la Philharmonie de Paris

Une belle soirée que cette soirée donnée à la Philharmonie de Paris où la célèbre pianiste argentine, Martha Argerich, entourée de sa fille Annie Dutoit comme récitante, recevait nombre de ses amis pour un magnifique concert. Un programme très original, des invités prestigieux et le charisme de Martha expliquant sûrement l’affluence du public venu très nombreux. La pianiste légendaire retrouvait dès l’ouverture son complice Stephen Kovacevich dans le Prélude à l’après midi d’un faune, dans un arrangement pour deux pianos écrit par Debussy lui-même, pièce qu’elle avait déjà donnée à Montreux avec Michel Béroff il y a 31 ans ! Une œuvre surprenante, qui inspirera sans doute Ravel plus tard, où l’on retrouve assurément les ruissellements, la délicatesse et l’élégance du grand Claude. Stephen Kovacevich resta ensuite seul sur scène pour interpréter de façon magistrale, poétique et douloureuse la Mazurka n° 13 en la mineur op. 17 n° 4 de Frédéric Chopin. Une Mazurka, où Chopin dans une confidence intime exprime toute la douleur de l’exil, que le pianiste américain joua avec un toucher d’une délicatesse infinie, refusant tout pathos pour aborder à

Le Concert de la Loge : un concert lumineux

L'auditorium du Louvre avait du mal à contenir la foule accourue entendre l'ensemble Le Concert de la Loge et Sandrine Piau. Mais avant toute recension de ce beau concert, il convient de dénoncer la situation grotesque dans laquelle Julien Chauvin et ses musiciens se trouvent : interdiction d'utiliser le mot Olympique car c'est le Comité National Sportif qui se le réserve soit disant de droit. On croit rêver sachant que le titre exact de l'ensemble que fait revivre Julien Chauvin est bien Le Concert de la Loge Olympique, dont l'origine remonte à 1782 !

 

 Et justement l'évocation du passé était bien présente lors de cette soirée car ce n'est qu'à quelques mètres plus loin que deux siècles plus tôt la symphonie n°83 dite « La Poule » de Joseph Haydn fut donnée. En effet les concerts de la Loge Olympique à l'époque étaient donnés dans la salle des Cent-Suisses du Palais des Tuileries. Julien Chauvin et ses comparses abordent les deux premiers mouvements avec énergie. Dès les premières mesures on admire l'excellence des instrumentistes à commencer par la hautboïste Emma Black dans sa brève intervention au début du premier mouvement. Mais ce qui frappe d'emblée, c'est l'engagement de tous les instrumentistes qui ne cessera à aucun moment durant tout le concert. Dans le second mouvement, Julien Chauvin insiste sur la violence des contrastes peut-être un peu trop, d'autant plus que l'auditorium offre une acoustique plutôt sèche. Vient ensuite un extrait de l'opéra de Guiseppe Sarti Didone abbandonata. Sandrine Piau conduit son air à la tonalité tragique (« Io d'amore, oh Dio ! Mi moro »/ Je meurs d'amour, ô Dieux!) avec l'émotion qui s'impose aidée en cela par une voix parfaitement ductile avec des changements de couleurs expressifs. Plus tard, dans un air de Jean Chrétien Bach, elle donnera un tout autre aspect de son grand talent.

L'orchestre Les Passions, 30 ans !

L'orchestre Les Passions-Orchestre baroque de Montauban sous la direction de Jean-Marc Andrieu fête ses trente ans d’existence ! A cette occasion après un concert de création au Festival de Radio France et Montpellier au mois de juillet, puis un concert anniversaire à Montauban, c’est à la Cathédrale Saint-Etienne de Toulouse, le 6 octobre, qu’il a interprété le « Requiem » (1705) de Jean Gilles, puis le « Magnificat » (1741) et « In Exitu Israël » (1749) d’Antoine–Esprit Blanchard. Ces deux compositeurs ont été Maîtres de Chapelle de cette Cathédrale. Pendant tout un week-end plusieurs rendez-vous ont eu lieu à Toulouse, placé sous la présidence d’honneur du musicologue Gilles Gantagrel (expositions, colloques…) et en présence de la musicologue Bernadette Lespinard, grande spécialiste de Blanchard.

Jean-Marc Andrieu est très attaché au baroque méridional et infatigable, cherche à dénicher des œuvres peu ou pas connues. Jean Gilles, né à Tarascon en 1668, s’arrêta dans la ville rose où il succéda à Campra, Maître de Chapelle de la Cathédrale Saint-Etienne. Il y mourut en 1705, à 37 ans. Son Requiem, écrit pour une personnalité de Toulouse qui refusa de payer l’œuvre, fût joué à ses propres funérailles, dirigé par Campra, comme à celles de Rameau et de Louis XV. La version que propose Jean-Marc Andrieu est celle qui se rapproche le plus possible de l’original. Elle était interprétée par le Chœur de Chambre Les Eléments sous la direction de Joël Suhubiette, et Anne Magouët et Cécile Dibon-Lafarge, dessus, François-Nicolas Geslot, haute-contre, Bruno

Jean Muller, un pianiste d'envergure

Jean Muller est un jeune pianiste Luxembourgeois bardé de nombreux prix. Il a une technique à toute épreuve, impressionnante même. Son récital à la salle Cortot était éclectique et il a joué Brahms, Ligeti en passant par Prokofiev avec une égale assurance, peut-être avec la même intensité et manque de nuances. Dans la magnifique salle Cortot, la pédale à tout va mise dans la sonate op. 1 N° 1 de Brahms empêchait la musique de respirer. Ses interprétations de Ligeti, « Arc-en-ciel » - « Escalier du diable », et de Barcarolle n°3 de Boumans étaient exemplaires, vertigineuses.

La Hongrie et la Pologne à l'honneur

Le public relativement peu nombreux du grand auditorium de la Maison de la Radio a eu le plaisir assez rare d'écouter un concert unique tant par sa programmation que la qualité de ses interprètes. Un concert qui sortait des sentiers battus en rassemblant les œuvres de quatre compositeurs hongrois et polonais, Zoltán Kodály, Béla Bartók, Krzysztof Penderecki et Witold Lustoslawski. Programme exigeant et équilibré puisque les deux pièces très intériorisées du milieu étaient encadrées d'ouvrages beaucoup plus extravertis. Quant à l'orchestre philharmonique de Radio France, il était mené à la baguette, dans tous les sens du terme, par Rafael Payare, chef aussi exigeant que précis. Les Danses de Galánta doivent leur nom à une bourgade aujourd'hui slovaque, où, enfant, Kodály entendit avec ravissement un orchestre tsigane. L'œuvre, créée en 1933, reprend d'ailleurs le principe du verbunkos, danse traditionnelle de recrutement militaire qui fait alterner les moments vifs et les passages lents. C'est une musique vibrante et euphorique, dans laquelle le compositeur se montre magnifique orchestrateur et fin coloriste, plutôt que grand mélodiste, tirant toutes les ressources de l'orchestre, lequel est en perpétuel dialogue avec des instruments solistes – clarinette, hautbois, flûte, piccolo... Il y a quelque chose d'irrésistible dans cette œuvre narrative au style imitatif, qui suscite des images de réjouissances paysannes sur l'aire à battre après la moisson ou celles de chevaux courant dans la puszta. Tout le talent du chef se mesure à la manière dont il communique ses intentions à l'ensemble… qui le lui rend bien !

Un récital qu’il ne fallait pas manquer à Chambéry! Celui de l’intégrale Ravel de Bertrand Chamayou… Et le public ne s’y est pas trompé. C’est un théâtre Charles Dullin comble qui a accueilli, dans le cadre du Bel-Air clavier festival - qu’il dirige, Bertrand Chamayou et son intégrale Ravel. Enregistrée par ses soins l’an dernier, elle fut l’objet d’un concert mémorable en janvier au Théâtre des Champs-Elysées, un mois avant que l’artiste ne soit couronné par une Victoire de la musique. Que dire de son interprétation, à part qu’elle est brillante, précise, sure, intelligente ? Une intelligence qui transparaît même dans l’agencement successif des pièces du concert ! Tout en mettant en valeur les nombreuses facettes du compositeur « euskado-savoyard », l’interprétation de Bertrand permet au « geste » ravélien de s’affirmer dans toute sa splendeur. Quant à l’usage de la pédale, qu’il change avec un soin particulier, sans souvent poser le talon (sa taille modeste le permet), il reste un modèle pour tous ceux qui la conçoivent comme un moyen d’enrober le son en permanence par l’ajout d’harmoniques.

Julian vient-il d’un autre temps ? C’est la première impression qu’il donne lorsqu’on a la chance d’entendre ce très jeune pianiste et la surprise de le voir saluer son public comme un gentleman du XIXe siècle. Récompensé en octobre 2015 (à 16 ans) par un second prix au prestigieux Festival Long-Thibaud, ce jeune britannique semble tout droit sorti d’un monde perdu, un monde de bonnes manières et de contrôle, ce qui s’explique sans doute par le côté «self made man » de ce brillant interprète, qui n’a, dit-on, jamais fréquenté les conservatoires et les lycées ! Les œuvres qu’il avait choisi de nous interpréter (Chaconne de Bach/Busoni, 1re Valse-Caprice de Fauré, Gaspard de la nuit de Ravel, les  Douze Notations de Boulez et la très redoutée Sonate op. 111 de Beethoven) en disent long sur sa maturité. Je me demande tout de même ce qu’il jouera à 50 ans ! Son interprétation est très propre, très construite, mais j’avoue ne pas avoir été subjugué : peut-on à 17 ans

Paganini cassait paraît-il volontairement une à une les cordes de son violon pour montrer sa virtuosité. Nemanja Radulovic  s’est encore un peu rapproché de son modèle, vendredi 23 septembre,  en achevant un mouvement de concerto de Bach « sur trois cordes » ! Malgré ce contre-temps (et l’abnégation d’un violoniste qui lui prêta son instrument), le brillant violoniste nous a transmis par son jeu, comme chaque année, son énergie et son enthousiasme. Et si la justesse fut un peu moins au rendez-vous, la façon inimitable qu’il a de dialoguer avec un orchestre ne pouvait que s’exprimer au mieux dans ces « concerti grossi » partagés avec l’ensemble double sens qu’il créa en 2008.

Il a vraiment beaucoup de talent, ce tout jeune trio Zadig. Et s’il est vrai que le trio de Ravel, qu’ils ont magistralement interprété, était nettement plus en place que celui, très décevant, de Villa-Lobos (je parle ici de la composition, pas de l’interprétation !), la soirée a été crescendo. Après un Rachmaninov très éloquent, la pièce de Ravel s’est révélée – décidément la Savoie sait rendre hommage à son « petit-fils » cette année ! – dans toute sa complexité et sa valeur. Quant aux bis (Schubert et Haydn) ils n’ont fait que très brillamment confirmer le professionnalisme et la musicalité de cet ensemble dont on n’a pas fini de parler.

Il fallait bien une œuvre de dimensions respectables pour honorer l’artiste que le Festival des Nuits Romantiques avait choisi cette année : Villa-Lobos! Mais j’avoue que j’attendais autre chose que ce pensum que constitue sa première symphonie ! Le public qui pensait se dédommager par la Symphonie fantastique en a été pour ses frais. Ryan McAdams, qui dirigeait l'Orchestra Sinfonica Nazionale de la RAI de Turin avait commencé à l’endormir par une pavane pour une infante qui, en effet, était défunte. Tellement défunte que le tempo choisi rendait la pièce interminable. La symphonie fantastique, qui ne l’est vraiment que lorsqu’on l’alimente sans cesse d’une énergie communicative, avait beaucoup perdu de sa superbe. Quand on se souvient de la « pêche » qu’un Berstein pouvait insuffler à cette œuvre, on reste stupéfait de constater combien l’on peut dénaturer à ce point un chef-d’œuvre. Non pas que l’orchestre est mauvais. Loin de là (pas toujours très ensemble, c’est vrai). Mais Monsieur McAdams ne cesse de le ralentir par des gestes beaucoup trop grands, qui répriment involontairement tout élan

Daniel Barenboim et la Staatskapelle Berlin

Dans le cadre d'une intégrale des symphonies de Bruckner, couplée avec des concertos pour piano de Mozart, comme il aime le faire pour associer ses talents de chef et de soliste, Daniel Barenboim dirigeait la Sixième Symphonie, pour ce troisième concert parisien à la Philharmonie. L'empathie du chef pour ce compositeur est connue, qui en épouse les vastes territoires inspirés comme les rudes contrastes dynamiques. Et il est fascinant de comparer son approche à celle de Mariss Jansons qui avait inscrit la même œuvre à son programme un mois plus tôt à Salzbourg. Si le letton semble prendre son temps et se monter contemplatif, Barenboim place d'emblée sa vision sous un angle résolument dramatique. Le maestoso initial en est un parfait exemple : thèmes tracés nets, transitions plus resserrées, lyrisme asservi à une dramaturgie visant un impact sonore indéniable, au développement en particulier dont les tuttis sont assénés. La thématique complexe est éclairée par un geste ample et limpide, jamais sollicitant. L'adagio montre une sereine solennité grâce à un tempo mesuré mais pas trainant, tempérant ce que ce passage peut avoir de mélancolique, comme lors du

Le théâtre musical de Telemann au Festival Terpsichore

Pour l'un des concerts inauguraux de sa troisième édition, le Festival Terpsichore avait installé ses quartiers dans la salle Erard, rue du Mail à Paris. Un bijou de salle XIX ème nichée au fond de la vaste cour d'un immeuble du Sentier. Et affiché un programme Telemann : autour plus précisément du thème « Le théâtre musical de Telemann ». Le musicien allemand (1681-1767) a excellé dans la forme de l'Ouverture-suite. Un genre constitué d'une ouverture proprement dite et d'une succession de mouvements au dessein descriptif, souvent illustratif d'un propos qui se veut littéraire. Ainsi de L'Ouverture-Suite « Les Nations » - dont le titre exact est « des nations anciens et modernes » - composée vraisemblablement en 1721. Qui propose huit numéros : passé une ouverture grandiose, et un menuet en trois parties, se succèdent diverses séquences telles que « Les Turcs », figurant des hordes bruyantes, « Le Suisses », nettement plus amènes, « Les Moscovites », où l'on perçoit les trois notes du curieux balancement des cloches du Kremlin, et « Les Portugais », peu avares de gaité. Le deux derniers mouvements, joués enchaînés, « Les Boiteux » et « Les