Récital de Waltraud Meier, Salle Pleyel.

Waltraud Meier [notre photo] est décidément incontournable. Après avoir incarné Marie dans Wozzeck à l’Opéra Bastille, Isolde dans le deuxième acte de Tristan au Théâtre des Champs-Élysées, la voici Salle Pleyel, dans le cycle « Grandes Voix », pour un récital comportant des Lieder de Schubert, Wagner et R. Strauss.  Ici accompagnée par le jeune pianiste Joseph Breini, c’est une nouvelle occasion d’apprécier sa voix d’exception, la beauté de son timbre, l’ampleur de sa voix, l’étendue des différents registres, ses aigus limpides et puissants, la profondeur de ses graves, sans oublier sa formidable présence scénique, irradiant puissance et douceur.  Dans Schubert, son interprétation culminera avec une Marguerite au rouet envoûtante et un Roi des Aulnes d’une grande tension dramatique ; suivaient les Wesendonk-Lieder de Wagner, dans la version originale avec piano, où l’on reconnaît sans peine les accents de Tristan, et les Quatre derniers Lieder de Strauss, parfaitement adaptés à la tessiture étendue de la mezzo-soprano.  Seule ombre au tableau : des tempi parfois exagérément lents et le manque d’ampleur du son d’un piano que l’on aurait parfois souhaité plus « orchestral ».

 

À la tête de l’Orchestre de Paris, dont il assurera la direction dès septembre 2010, Paavo Järvi [notre photo] dirigeait, en première partie, le Concerto pour violon de Beethoven et, en seconde partie, les Jeux d’enfants et la Symphonie en ut majeur de Bizet.  Jouant le fameux Stradivarius « Barrere » (de 1727), Janine Jansen nous a gratifié d’une magnifique interprétation du Concerto, toute en finesse de toucher, virtuosité, intuition et intelligence, associant technique sans faille à la plus grande sensibilité, notamment dans le Larghetto central au lyrisme poignant.  Les Jeux d’enfants, exercices de style pour orchestre, et la Symphonie en ut majeur, œuvre de jeunesse, claire et expressive, ont permis à Paavo Jarvi et à l’orchestre de faire montre d’une grande complicité et d’un évident plaisir de jouer.  De belles soirées en perspective !

 

Pour marquer le début des festivités destinées à commémorer le 30e anniversaire des Arts Florissants, la salle Pleyel a fait les choses en grand : présence du ministre de la Culture et de pas moins de deux ambassadeurs, discours ému de son directeur en hommage au fondateur et âme de l'ensemble, William Christie [notre photo].  Et surtout une exécution mémorable d'un des plus beaux oratorios de Haendel, Susanna, enregistré live pour paraître prochainement en CD chez Virgin.  Composé en 1748, juste après Solomon, Susanna en diffère sensiblement quant au climat et à l'agencement des arias.  Toujours cet art du Saxon de contraster ses compositions : pas de grandiose ici, mais une peinture bucolique et, à certains égards, frôlant la scène réaliste.  Le sujet traite du destin de la belle Suzanne qui, durant l'absence de son époux Joachim, se voit courtisée par deux vieillards ridicules, puis accusée d'adultère par l'un eux et, enfin, rendue à son innocence.  Le sujet de Suzanne au bain, épiée par les deux vieillards, a inspiré les peintres - et on peut contempler la toile de Véronèse dans l'exposition « Rivalités à Venise » actuellement au Louvre.  En maître de la peinture des sentiments et des situations, Haendel a écrit un drame musical très proche de l'opéra, en particulier lors des tableaux de genre que constituent les interventions des vieillards, ou de ceux évoquant les bruits de la nature. 

Dans le cadre de la série Pollini Perspectives, le pianiste italien avait cette fois convoqué son ami Pierre Boulez et l'Orchestra Filarmonica della Scala dans un programme Bartók.  Conçu par le chef d'orchestre autour du 2e Concerto pour piano, celui-ci donne une idée assez juste de la pensée musicale du compositeur hongrois.  Ce concerto est peut-être le plus brillant des trois que Bartók ait écrit.  On y admire une virtuosité étourdissante que Pollini asservit avec son exigeance coutumière, cet airain infaillible dont il livre la coulée rugissante.  Le thème déclamatoire qui ouvre le premier mouvement, sur une fanfare joyeuse, imprime à la pièce son climat car il revient en boucle sous des formes variées, tant au piano qu'à l'orchestre, tout au long de ce mouvement et, en fin de morceau, par effet de miroir.  L'adagio central dont le pianiste souligne le caractère génial, évoque une atmosphère presque lunaire sur un lit des cordes ppp ; alors qu'un trio central, marqué presto, forme une turbulente diversion.  Le dialogue récurrent du clavier avec les percussions, un des traits si originaux du musicien, conjugué à une rythmique obsédante contribue à maintenir une tension qui ne se relâche pas.  Il est fascinant de voir à

Le Gewandhaus Orchester de Leipzig à Pleyel.

Le Gewandhaus Orchester [notre photo, à Leipzig] occupe une place à part parmi les grandes phalanges européennes.  Créé en 1781, il a, à son actif, d'avoir joué les symphonies de Beethoven du vivant du compositeur. Ne sera-t-il pas dirigé ensuite par Mendelssohn, Furtwängler, Walter, Kurt Masur plus près de nous.  Il a joué, dit-on, la première intégrale au monde des symphonies de Bruckner. Ce qui le qualifie particulièrement pour interpréter sous la houlette de son actuel directeur musical, Riccardo Chailly, la Symphonie n°3. La sonorité est riche, marquée de cette patine que seules les grandes phalanges savent préserver : cordes soyeuses, cuivres ronds et chauds, petite harmonie suprêmement expressive - la flûte solo est un régal en soi.  De telles

Beethoven à Pleyel, vu par Gardiner.

La résidence, Salle Pleyel, du London Symphony Orchestra est devenue un événement marquant de la vie musicale parisienne, tout comme celle des Wiener Philharmoniker.  C'est dire le niveau d'excellence auquel s'est hissé l'orchestre londonien.  La baguette était, cette fois, confiée à John Eliot Gardiner et le compositeur choisi Beethoven.  Programmation à fois aisée et délicate. Car interpréter le maître de Bonn dans des pièces aussi rabâchées que la 5e Symphonie et le 3e Concerto amène immanquablement au jeu des comparaisons entre orchestres, entre chefs.  Eh bien, sir Eliot a conquis ! Non parce qu'il se fend d'une intervention parlée, façon Bernstein, pour dire - avec raison - que plus que du Destin, la 5e relève de l'hymne à la