Dans le cadre de la série Pollini Perspectives, le pianiste italien avait cette fois convoqué son ami Pierre Boulez et l'Orchestra Filarmonica della Scala dans un programme Bartók.  Conçu par le chef d'orchestre autour du 2e Concerto pour piano, celui-ci donne une idée assez juste de la pensée musicale du compositeur hongrois.  Ce concerto est peut-être le plus brillant des trois que Bartók ait écrit.  On y admire une virtuosité étourdissante que Pollini asservit avec son exigeance coutumière, cet airain infaillible dont il livre la coulée rugissante.  Le thème déclamatoire qui ouvre le premier mouvement, sur une fanfare joyeuse, imprime à la pièce son climat car il revient en boucle sous des formes variées, tant au piano qu'à l'orchestre, tout au long de ce mouvement et, en fin de morceau, par effet de miroir.  L'adagio central dont le pianiste souligne le caractère génial, évoque une atmosphère presque lunaire sur un lit des cordes ppp ; alors qu'un trio central, marqué presto, forme une turbulente diversion.  Le dialogue récurrent du clavier avec les percussions, un des traits si originaux du musicien, conjugué à une rythmique obsédante contribue à maintenir une tension qui ne se relâche pas.  Il est fascinant de voir à

Le Gewandhaus Orchester de Leipzig à Pleyel.

Le Gewandhaus Orchester [notre photo, à Leipzig] occupe une place à part parmi les grandes phalanges européennes.  Créé en 1781, il a, à son actif, d'avoir joué les symphonies de Beethoven du vivant du compositeur. Ne sera-t-il pas dirigé ensuite par Mendelssohn, Furtwängler, Walter, Kurt Masur plus près de nous.  Il a joué, dit-on, la première intégrale au monde des symphonies de Bruckner. Ce qui le qualifie particulièrement pour interpréter sous la houlette de son actuel directeur musical, Riccardo Chailly, la Symphonie n°3. La sonorité est riche, marquée de cette patine que seules les grandes phalanges savent préserver : cordes soyeuses, cuivres ronds et chauds, petite harmonie suprêmement expressive - la flûte solo est un régal en soi.  De telles

Beethoven à Pleyel, vu par Gardiner.

La résidence, Salle Pleyel, du London Symphony Orchestra est devenue un événement marquant de la vie musicale parisienne, tout comme celle des Wiener Philharmoniker.  C'est dire le niveau d'excellence auquel s'est hissé l'orchestre londonien.  La baguette était, cette fois, confiée à John Eliot Gardiner et le compositeur choisi Beethoven.  Programmation à fois aisée et délicate. Car interpréter le maître de Bonn dans des pièces aussi rabâchées que la 5e Symphonie et le 3e Concerto amène immanquablement au jeu des comparaisons entre orchestres, entre chefs.  Eh bien, sir Eliot a conquis ! Non parce qu'il se fend d'une intervention parlée, façon Bernstein, pour dire - avec raison - que plus que du Destin, la 5e relève de l'hymne à la