Robert Trevino & le « National » : Une première rencontre en demi teinte…

Le jeune chef américain, Robert Trevino, lauréat du concours Svetlanov 2010, remplaçait au pied levé Daniele Gatti, souffrant, à la tête de l'Orchestre National de France dans un programme viennois, on ne peut plus romantique, associant Schubert et Bruckner. Lourde tache, difficile entrée en matière dans le grand Auditorium de Radio France, même si la colossale Huitième de Bruckner avait été remplacée, pour l'occasion, par la non moins célèbre Quatrième symphonie dite « romantique » du maître de Saint Florian.

Jakub Hrusa et le « Philhar » : Une soirée « fantastique »!

Un programme rare et particulièrement alléchant, réunissant Joseph Suk, Bohuslav Martinu et Igor Stravinski, pour ce concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio France, au Grand Auditorium, dirigé par le jeune chef tchèque Jakub Hrusa, spécialiste de ce répertoire. Né en 1981, il fut, il y a une dizaine d'années, chef assistant du « Philhar » et devrait tout prochainement prendre la direction de l'Orchestre symphonique de Bamberg. Une soirée  se déroulant autour du fantastique… Scherzo fantastique de Joseph Suk (1874-1935) en ouverture.

Naissance d'un grand chef !

Pour leur passage à Paris dans le cadre d'une tournée européenne, les Wiener Symphoniker n'étaient pas dirigés par leur chef titulaire, Philippe Jordan, actuellement souffrant, mais par le jeune chef prodige israélien âgé de 26 ans, Lahav Shani. Également pianiste et contrebassiste, élève de Daniel Barenboïm, il fit vivre à la Philharmonie de Paris, en ce glacial soir de janvier, un de ses plus beaux moments par sa direction époustouflante et totalement décomplexée qui souleva le public !

Orchestre Français des Jeunes, David Zinman, Nelson Freire : que de talents réunis !

Que de talents réunis pour ce concert de l'Orchestre Français de Jeunes, dirigé par David Zinman avec Nelson Freire en soliste, dans un programme varié associant Berlioz, Rachmaninov et Brahms. Un orchestre créé en 1982 par le Ministère de la Culture visant à assurer aux jeunes musiciens d'orchestre une formation de haut niveau, dirigé par un chef de renommée internationale, comme aujourd'hui David Zinman qui en est le directeur musical depuis cette année.

Valery Gergiev : Docteur Jekyll et Mister Hyde !

Un concert bien étonnant que celui donné à la Philharmonie de Paris par l'emblématique chef russe, Valery Gergiev, à la tête de l'Orchestre de Paris. Une soirée musicale qui nous conduisit de l'apathie la plus morne et la plus ennuyeuse d'un Double Concerto pour violon et violoncelle de Brahms, réduit à une suite de notes sans intérêt, jusque sur les sommets rarement atteints d'une exceptionnelle et magistrale interprétation de la Symphonie fantastique de Berlioz. On savait le chef russe lunatique, capable du meilleur comme du pire, mais jamais la double facette de sa personnalité musicale ne fut mise à jour avec autant d'acuité !

L'émotion musicale à l'état pur : Julia Fischer & Igor Levit

La musique de chambre est sans doute le domaine le plus secret de la musique et la sonate en duo une de ses formes les plus abouties. Julia Fischer (*1983) et Igor Levit (*1987) l'ont démontré sans ambages l'autre soir au Théâtre des Champs-Elysées, lors de la séance médiane de leur trilogie beethovénienne dont on rapporte que la première fut tout aussi passionnante. Beethoven a composé ses premières sonates pour violon et piano au seuil des années 1800, dans un fécond élan créateur qu'avivait la passion amoureuse pour « l'immortelle Bien aimée », Joséphine de Brunswick.

Esa-Pekka Salonen au Théâtre des Champs-Elysées

Chacun des passages sur scène du chef finlandais, Esa-Pekka Salonen, laisse à l'auditeur français comme un immense regret…Regret de n'avoir pu attacher ce talentueux chef d'orchestre à une quelconque phalange française, pour constater son indéfectible fidélité au Philharmonia Orchestra, orchestre londonien dont il est le directeur artistique et chef principal depuis 2008.

Des clartés célestes aux brumes du Nord

Il est toujours intéressant d'entendre un chef bien connu du public parisien, Paavo Järvi, directeur musical de l'Orchestre de Paris, à la tête d'une autre phalange. Ce soir, The Deutsche Kammerphilharmonie Bremen. Une comparaison inévitable qui tourna bien vite en faveur de l'orchestre parisien tant la sonorité de la formation allemande nous parut lourde et pataude.

Carmina latina ou l'aventure de l'Amérique du sud

 Féru de recherches musicologiques, l'argentin Leonardo García Alarcón avait convié, salle Gaveau, à cheminer à travers la musique baroque d'Amérique du sud. Pour montrer les influences réciproques existant entre Europe et continent sud américain. Un mouvement actif des deux côtés de l'Atlantique, explique-t-il dans un mot d'introduction, le mouvement ne s'étant pas fait à sens unique, de l'est vers l'ouest, mais bien plus sûrement de l'un vers l'autre continent.

Myung-Whun Chung, le « Philhar » et Mahler : L'éternel retour !

 

Le public s'était déplacé en nombre au grand auditorium de Radio France pour écouter cette Symphonie n° 6  dite « Tragique » de Gustav Mahler. Une symphonie qui avait valeur d'évènement car dirigée par le chef coréen, ancien directeur musical du « Philhar » qu'il retrouvait pour l'occasion en tant que chef honoraire. Un concert très attendu qui aurait pu avoir comme sous titre « Myung-Whun Chung ou l'éternel retour ». Éternel retour du fait des retrouvailles avec son ancien orchestre, éternel retour du fait du programme car on se souvient d'une intégrale contestée des symphonies de Mahler donnée il y a une dizaine d'années au Théâtre des Champs Elysées, et éternel retour comme une réminiscence nietzschéenne. Chung dont on connait les affinités pour le compositeur de Bohême ne cessant, depuis des années, de remettre l'ouvrage mahlérien sur le métier. Ce soir, la difficile Symphonie n° 6 dite Tragique. Une œuvre composée entre 1903 et 1904, créée à Essen en 1906 sous la direction du compositeur, faisant partie de la trilogie instrumentale médiane des symphonies de Mahler (avec la 5e et 7e).

Cycle Beethoven & Bartók par Daniele Gatti et le « National »

Après son intégrale des symphonies réalisée avec ce même orchestre lors de la saison 2012-2013 et pour sa dernière année à la tête de l'Orchestre National - il rejoindra le Concertgebouw d'Amsterdam en 2016 - le chef milanais remettait une fois de plus son Beethoven sur le métier. Beethoven encore, comme une obsession commune à beaucoup de grands chefs (Rattle et les « Berliner » très récemment à la Philharmonie de Paris) en association, cette fois, avec des œuvres de Bela Bartók. Un rapprochement pour le seul plaisir de la confrontation musicale et de l'écoute, ne semblant pas justifié par d'autres raisons plus musicologiques, tant ces deux personnalités apparaissent comme différentes. Beethoven (1770-1827) Titan de l'histoire de la musique et Bartók (1881-1945) figure dominante de la musique du XXe siècle de par son originalité formelle et harmonique.

Hommage à Claudio Abbado : l'Orchestre du Festival de Lucerne

Concert à la fois émouvant et festif que cette venue à Paris de l'Orchestre du Festival de Lucerne dirigé par Andris Nelsons, étape d'une tournée européenne qui devait encore les conduire à Luxembourg, Madrid et Vienne. Emouvant, car le concert était  en hommage à Claudio Abbado, fondateur de l'orchestre en 2003, qui donna de si mémorables soirées à Lucerne et l'espace de quelques rares visites à l'étranger. Festif puisqu'une star du piano, Martha Argerich, prêtait son concours, jouant une pièce emblématique de la collaboration artistique avec Abbado, s'agissant du Concerto N° 3 de Serge Prokofiev. Ils l'avaient joué durant leur premier concert parisien en 1969, peu après leur enregistrement audio pour Deutsche Grammophon, un disque de référence, de légende.

Deux clavecins, un virginal chez Terpsichore

« Virginalistes à trois », tel est le titre donné au concert du Festival Terpsichore de ce samedi ensoleillé de novembre. Dans la magnifique salle Erard, rue du MaiI, au sein du quartier parisien du Sentier, Skip Sempé avait convié ses amis Pierre Hantaï et Olivier Fortin, lui-même jouant un virginal de sa collection, et les deux autres musiciens, d'une part, un clavecin allemand d'après un modèle de 1705 (Pierre Hantaï), et un clavecin français d'après Vaudry, Paris 1681, ayant appartenu à Gustav Leonhardt (Olivier Fortin). Ce trio nullement improbable nous a offert un florilège de pièces pour clavier du XVII ème anglais. Trois groupes composaient le programme, joué au demeurant sans autre interruption que celle des applaudissements, ce qui pour favoriser la cohérence, n'aide pas toujours à l'accessibilité.

Simon Rattle et les « Berliner » terminent leur intégrale des symphonies de Beethoven dans la joie !

La Neuvième Symphonie de Beethoven concluait tout naturellement la magnifique intégrale des symphonies donnée par les Berliner Philharmoniker dans la grande salle de la Philharmonie de Paris. Une œuvre grandiose dont la composition obséda durant de longues années le maitre de Bonn puisque, dès ses 22 ans, Beethoven souhaita mettre en musique l'Hymne à la joie de Schiller et qu'il composa en 1808 la Fantaisie pour piano, chœurs et orchestre qui est souvent considérée comme une étude préparatoire à la composition de la Neuvième Symphonie. Une louange à la liberté, à l'amour et à la fraternité dans une étonnante synthèse des styles symphoniques et vocaux réalisant une véritable œuvre musicale totale. Une œuvre qui eut dès sa création en 1824 un immense succès, qui jamais ne se démentit, au point d'inhiber l'activité symphonique de nombre de compositeurs ultérieurs comme Brahms ou Mahler qui voyaient en elle un modèle insurpassable.

La résidence parisienne des Berliner en territoires beethovéniens

Après leurs concerts à Berlin (cf. NL de 11/2015), les Berliner Philharmoniker et leur chef Simon Rattle entamaient leur tournée européenne à la Philharmonie de Paris. Même si l'acoustique de la salle parisienne est bien différente de celle de la Philharmonie berlinoise, on ressent une vraie émotion à écouter cette phalange prestigieuse. Qui bien sûr n'a plus à prouver, sauf à montrer combien l'achèvement est à nul autre pareil. En termes de cohésion, d'aération des volumes et d'impact sonore. Il est fascinant de le constater dans des pièces aussi connues que les symphonies de Beethoven, encore que pierre angulaire du répertoire symphonique - peut-être plus que d'autres séries de compositeurs comme Mahler ou Chostakovitch. La manière de Simon Rattle, on l'a déjà remarqué, est loin de tout académisme, d'une soi-disant tradition, qui à Berlin, historiquement, renvoie à celle d'Herbert von Karajan, ou ailleurs et actuellement à celle de Christian Thielemann. Une certaine liberté de ton est ici de mise, quoique finalement moins marquée dans la 5me ou même la 4eme, entendues lors de ces deux concerts parisiens.

Fascinant parcours musical et littéraire

Ce premier vendredi de novembre, salle Cortot, Corinne Kloska et Brigitte Fossey proposent à l'occasion de la sortie du disque "Correspondances" chez Soupir Éditions, un parcours musical et littéraire : de Chopin à Ravel, en passant par Scriabine, "le Chopin du XXème siècle". En smoking noir, col cassé comme le costume de dandy que portait Scriabine, Brigitte Fossey est apparue sur la scène accompagnant Corinne Kloska, grande et belle femme. Brigitte avec une élocution parfaite dit un texte de Heine, « Portrait de Chopin ». Suivent deux Mazurkas, une de Chopin et une de Scriabine, qui se ressemblent étonnamment. Puis Brigitte dit un texte de Scriabine sur Chopin.

Pianoscope en beauvaisis

 

L'ultime journée du Xème Festival Pianoscope de Beauvais présentait deux concerts contrastés. Dans la belle grange de la Maladrerie Saint Lazare, Jean-Bernard Pommier donnait un récital mêlant compositeurs et inspirations. Les deux Polonaises op 26, Nos 1 & 2 de Chopin sonnent quelque peu littérales et sans beaucoup de feu intérieur. Le Prélude et Fugue N° 24 de Chostakovitch, ultime pièce de l'ensemble des 24 Préludes et fugues, composés en 1951 en hommage de à JS. Bach, déploie sous les doigts du pianiste français tous ses sortilèges : aux grands accords en aplats de l'introduction succède une partie centrale intériorisée puis une fugue éclatante.

Magies bartokiennes

Esa-Pekka Salonen et l'Orchestre de Paris, voilà une alchimie qui fonctionne particulièrement bien. On se souvient, entre autres, de l'Elektra de Strauss au Festival d'Aix. Cette fois, ils donnaient un « all Bartók programm ». Un compositeur pour lequel le chef finlandais fait montre d'affinités suprêmes. Le concert débutait par la Suite de  danses pour grand orchestre (1923) dont Salonen souligne d'emblée le mordant de l'inspiration populaire, comme l'atmosphère que trace cette ritournelle qui revient en boucle. On est vite empoigné par la magie bartokienne, en particulier au molto tranquillo, si habité de poésie. L'orchestre répond au quart de tour. Il en sera de même pour le Concerto pour deux pianos, percussions et orchestre. La pièce trouve son origine dans la Sonate pour deux pianos et percussions, elle-même fruit dune commande de son éditeur bâlois (1938).

Selim Mazari aux Pianissimes

Ancien élève de Brigitte Engerer et de Claire Désert, Révélation Classique de l'ADAMI 2012, soutenu par la fondation Safran,  Selim Mazari a récolté quelques prix qui lui ont permis de jouer dans plusieurs festivals, mais il continue à se perfectionner auprès d'Avedis Kouyoumdjian à Vienne. Le programme du concert de ce pianiste au Couvent des Recollets, était éclectique, d'une grande difficulté et pour le moins original. Il est toujours délicat, face à des œuvres très connues, de porter un jugement sur le parti-pris d'un artiste en direct.
On a dans l'oreille, par exemple, pour le Livre II des Images de Debussy des interprétations qui vont de Walter Gieseking à Pierre-Laurent Aimard en passant par Michelangeli ou Jacques Février et bien d'autres, toutes aussi différentes et intéressantes. Alors Selim Mazari, comment les joue-t-il ?

   Soirée Chostakovitch par le Quatuor Danel

De tous les genres musicaux, le quatuor à cordes reste certainement le plus rigoureux, voire le plus inflexible, en matière d'écriture. L'unicité du timbre comme l'absence du souffle ou de la percussion y interdisent tout effet parasite ou spectaculaire, le compositeur se trouvant placé sans recours au seuil de l'invention. Le terme même de "musique de chambre" (de "salon", en fait) ne souligne-t-il pas le paradoxe d'une musique que la modernité a fait entrer depuis bien longtemps dans l'espace de la salle de concert ?

Un pianiste exceptionnel : Remi Geniet

Remi Geniet a joué devant une salle Gaveau à moitié pleine et il est bien dommage que les amateurs de piano ne se soient pas déplacés en nombre car ils auraient pu entendre un véritable artiste. Cette génération a une technicité hors pair, on le sait, et ils sont pléthores à bien jouer du piano. Mais entendre Remi Geniet jouer JS. Bach (Partita n°4 en ré majeur BWV 828, Toccata en ut mineur BWV 911), puis Chopin (Mazurkas op 17, nos 1, 2, 3, 4 et Sonate n°3 op 58), avec une telle simplicité, un telle limpidité, dans le propos est impressionnant.