L'expérience du Concertgebouw

Le Concertgebouw, comme son nom l'indique, est d'abord une salle de concert, en lisière du Quartier des Musées d'Amsterdam, célèbre pour son acoustique, sur le modèle de ''la boîte à chaussure'' (comme Le Muzikverein de Wien ou le Symphony Hall de Boston, quoique ici la largeur de l'auditorium soit plus importante que dans ces deux cas). C'est aussi, lorsqu'on y accole le mot Orkest, l'une des phalanges symphoniques les plus en vue actuellement.

Bruckner selon le maestro Haitink

Dans cette même salle du Concertgebouw, se produisait le lendemain un autre orchestre, le Radio Philharmonisch Orkest, l'Orchestre Philharmonique de la radio néerlandaise, pour un de ses concerts de matinée. Dirigé cette fois par Bernard Haitink, une idole ici. Une salle archi comble l'acclame à son entrée, pour l'écouter interpréter un de ses musiciens favoris, Anton Bruckner. Il donnait d'abord le Te Deum.

Prades aux Champs Elysées

Deux fois l'an, le Festival de Prades prend ses quartiers parisiens au Théâtre des Champs Elysées pour des concerts de prestige. Ce premier de la saison était consacré à deux chefs d'œuvre de la musique de chambre : le Quintette pour clarinette de Brahms et la Quintette à deux violoncelles de Schubert. Comme entrée en matière le Quatuor Talich donne le Quartettsatz de ce dernier, mouvement d'un quatuor inachevé D. 703 que le musicien écrivit en 1820, au plus profond d'une crise dépressive. Cet allegro montre pourtant une belle énergie avec son entame en forme de chevauchée et son développement lyrique. A son écoute, on a une pensée pour un grand schubertien, Nikolaus  Harnoncourt, dont avait appris la disparition le matin même du concert. Curieuse impression à l'écoute des Talich dont l'exécution semble bien détachée et un peu incolore.

Anne Queffélec et fils... c'est tout Satie...

Le troisième concert de 12H30 de l'intégrale Satie à l'auditorium du Musée d'Orsay était confié à Anne Queffélec et à son fils Gapard Dehaene. Comme à son habitude, la pianiste prend la parole pour introduire le concert, avec son talent de pédagogue : « Satie, un oxymore humain », original certes, mais si attachant, « une solitude entourée de foule », un musicien qui vit « le goût fou des mots », les titres si cocasses de ses pièces pour piano en offrant un bel exemple, un homme pas si sérieux qu'on le pense, pas si satirique qu'on le croit, cultivant « le ricanement du désespoir ».

Pleins feux de musique espagnole

Pour son récital parisien à Gaveau, Luis Fernando Perez avait programmé les Goyescas de Granados (1867-1916). En guise de mise en bouche et d'échauffement, il donne quatre pièces de Chopin et un Debussy. Le Nocturne en do dièse mineur op. posthume est une belle entrée en matière, on ne peut plus mélodique, qui ne préjuge pas de ce qui va suivre côté espagnol. Suit la Ballade N°1 op 23, jouée très détaché et percussif, les derniers traits en particulier. Les deux Nocturnes op. 27, n° 1 & n° 2 nous amènent à cette évidence que le mot recouvre une appellation trompeuse, car chaque pièce raconte une petite histoire, pas spécialement ''nocturne'', en particulier pour ce qui est de sa partie médiane, de la seconde notamment, tempétueuse.

La dernière année ou le Testament de Mozart

Marc Minkowski a concocté un programme original focalisant sur le Requiem de Mozart qu'il entoure de pièces empruntées à la dernière année du musicien. Le concert débute ainsi par l'Adagio et Rondo pour harmonica de verre, flûte, hautbois, alto et violoncelle K. 617. Mozart l'a écrit à l'occasion du passage à Vienne d'une virtuose du Glassharmonica, Marianne Kirchgässner. Ce quintette, daté du 23 mai 1791, dernière de ses œuvres de musique de chambre, est une curiosité, ne serait-ce que par son achalandage instrumental, mais aussi et surtout par la sonorité éthérée de l'harmonica de verre, qui émaille la pièce de sons séraphiques, même si fluets. Dans le vaste vaisseau de la Philharmonie de Paris, la chose est presque incongrue, une seule toux en salle – et il y en eut bien plus - suffisant à étouffer l'instrument et ses pairs.

Philip Glass et Dimitri Chostakovitch ou le mariage de la carpe et du lapin !

Soirée très contrastée à la Philharmonie de Paris sous la baguette du chef néerlandais Jaap Van Zweden, récemment nommé à la direction musicale du New York Philharmonic,  venu diriger pour deux soirées l'Orchestre de Paris, dans un programme associant des œuvres de Philip Glass et de Dimitri Chostakovitch. En création européenne et ouvrant la soirée, le Concerto pour deux pianos du compositeur américain, interprété par les sœurs Katia et Marielle Labèque. Philip Glass (*1937), chef de file du courant musical minimaliste, ne semble jamais avoir autant mérité ce qualificatif tant nous a semblé indigente cette création… Indigence de la partie de piano, indigence de l'orchestration pour une œuvre typiquement glassienne au point d'en frôler la caricature.

Bon Anniversaire Monsieur Inbal !

Le chef d'orchestre israélien Eliahu Inbal, ancien directeur musical de la Fenice de Venise et du Konzerthaus de Berlin, menant actuellement une carrière de chef invité, éminent spécialiste de Bruckner et Mahler, avait choisi de fêter son 80e anniversaire à la Philharmonie de Paris, à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Radio France. Bon choix, s'il en est, d'autant que le programme associait une œuvre de musique contemporaine, musique dont Eliahu Inbal s'est souvent fait le champion et une grande œuvre symphonique requérant une grande expérience de la direction d'orchestre.

Florian Noack aux Pianissimes

Florian Noack est un tout jeune pianiste qui a deux passions. D'abord, les œuvres rares du répertoire romantique et post romantique : il aime inclure dans ses programmes des compositeurs comme Medtner, Lyapunov, Alkan ou Dohnanyi. Son autre passion est de faire des transcriptions. Son programme était forgé à ce genre de mélange. Un peu traqueur, le début de sa transcription du Concerto pour 4 claviers BWV 1065 de Bach flottait un peu, mais il y avait de belles idées et son jeu est assez remarquable.

Nicholas Angelich et Laurence Equlibey : Beethoven comme à l'époque ?

Le Concerto n°4 est peut-être le plus original, le plus déroutant, des cinq concertos de Beethoven. Le piano commence seul. Comment attaquer ces premières notes ? Mystère ? Il y a dans la manière de jouer ce concerto comme une sorte d'imprévu, comme si Beethoven avait sciemment voulu brouiller les cartes. A l'écoute des diverses interprétations on s'aperçoit de la diversité d'approche des pianistes.

Une soirée à la la Salle Cortot et ses divines surprises

Comme l'a expliqué Jérôme Pernoo dans son interview (cf. supra), à la salle Cortot avec le Centre de Musique de Chambre de Paris, c'est une manière de faire de la musique de chambre différemment et d'être plus près du public. Du 10 au 26 mars, le Quatuor Ardeo, jeune quatuor plein de talent, a interprété le Quintette avec clarinette K. 581 de Mozart. Le soliste était l'exceptionnel jeune musicien Raphaël Sévère.

David Kadouch dans Satie : le compte n'y est pas

Malgré tous ses prix, ses concerts avec des stars, le jeune pianiste David Kadouch n'a pas su nous réveiller de la torpeur dans laquelle il nous a plongé dès le début du concert en interprétant la célèbre Gnossienne n°3. Pendant tout le récital il a joué Satie avec mollesse, affectation, prétention même. Tous les morceaux avaient la même saveur c'est à dire sans ! En bis, il a joué un cake-walk sorte de morceau venu de la musique des afro-américains du sud, ancêtre du ragtime. David Kadouch n'a sûrement jamais écouté cette musique et ne sait pas ce que veut dire le stride. Oublions Satie par Kadouch. Ce pianiste doit bien avoir du talent ailleurs pour être autant invité dans les festivals ! Le public a été poli sans plus à la fin du concert.

 

''Dark Concert'' au Centre de Musique de Chambre

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''Dark concert''....Jérôme Pernoo nous a fait vivre une expérience passionnante. Car tout le concert s'est déroulé pratiquement dans le noir. Cette expérience unique s'est faite sur la base de l'histoire de cette salle à l'acoustique impressionnante, et qui a été « sublimée » par le système son de la firme Devialet, un des partenaires du Centre. Jérôme nous a fait voyager dans le temps dans cette salle qui n'avait pas encore le nom de Cortot, depuis les premières notes que jouèrent des interprètes mythiques jusqu'à celles que la troupe actuelle du Centre de Musique de chambre de Paris a fait résonner depuis cette saison.

Beethoven et un bœuf de chambre... chez Cortot

Au violoniste Radicati qui reprochait à Beethoven que le quatuor op 59 n°1 ne soit    pas de la musique, Beethoven avait répondu : « ce n'est pas pour vous, c'est pour les temps à venir ». Avec l'interprétation de cette œuvre par le Quatuor Hanson, salle Cortot, ces temps là sont venus. Il suffit que l'enthousiasme s'empare de la musique et des musiciens pour que la partie soit gagnée. L'œuvre renaît au centuple, elle revit. La virtuosité est tellement maîtrisée qu'on l'oublie aussi vite qu'on est subjugué par l'émotion et les subtilités du jeu (dans l'adagio par exemple), particulièrement celui du jeune violoniste Anton Hanson qui donne son nom à l'ensemble et lui insuffle une légèreté, presque un humour faisant pardonner à Beethoven certaines redites qui pourraient sembler fastidieuses et hissent l'œuvre au sommet de l'art du quatuor.  Après Beethoven, Mozart et le Quintette pour deux altos K. 516, joué par le même quatuor Hanson et un invité surprise. Selon le principe du "bœuf" cher aux jazzmen, ils n'ont jamais répété ensemble. Ce soir Jérôme Pernoo a invité Michel Michalakakos, professeur d'alto au Conservatoire, et l'ensemble a été bluffant. Comme au cinéma, la première prise est souvent  la meilleure parce que la plus spontanée et… la plus vivante.

 

Création française du Concerto n° 2 pour violon et orchestre de Magnus Lindberg

Un double évènement musical expliquait probablement la foule des grands soirs sur les bancs de la Philharmonie de Paris : la création française du Concerto n° 2 pour violon et orchestre de Magnus Lindberg, compositeur finlandais actuellement en résidence auprès du « Philhar », et la venue à Paris, pour cette création, du chef américain Alan Gilbert qui quittera prochainement la direction musicale du Philharmonique de New York.

La Folle journée de Nantes célèbre la Nature

La grande fête musicale nantaise aura encore battu tous ses records. La thématique retenue pour cette 22 ème édition était large puisqu'intitulée « La nature ». Un thème qui ressortit à un concept hautement fédérateur, comme il en était l'an passé (« La passion ») et en sera l'année prochaine (« La danse »). Et n'est donc plus centrée sur un compositeur ou un groupe de musiciens, ou encore un mouvement musical.

Valery Gergiev, les Viennois et Yuja Wang

Pour leur concert de résidence parisienne, les Wiener Philharmoniker étaient dirigés par Valery Gergiev : des retrouvailles, car le chef ossète ne les avaient pas conduits depuis un certain temps. Mais elles sont l'occasion d'une mini tournée européenne, suivie d'un long voyage aux USA et en Amérique du sud. Autre événement marquant de ce concert : la première collaboration de la pianiste Yuja Wang avec l'orchestre. Elle s'effectua avec un concerto de Mozart, ce qui a priori relève de l'improbable tant pour elle que pour le chef.

Gianandrea Noseda embrase la Philharmonie de Paris

C'est assurément le feu de l'enfer qui anima tout du long ce Requiem de Verdi, terrifiant et tendu, mené de main de maitre par le fougueux chef italien Gianandrea Noseda. Un Requiem comme rarement entendu ce dont témoigna le silence prolongé du public subjugué après les dernières notes du Libera me, ensuite suivi de nombreux rappels et ovations.

Semyon Bychkov & le Royal Concertgebouw Orchestra : Héroïques !

Le Royal Concergebouw Orchestra et Semyon Bychkov étaient de passage à la Philharmonie de Paris dans le cadre d'une tournée européenne. Un programme on ne peut plus classique mais alléchant compte tenu de la notoriété mondiale des intervenants, associant le Concerto n° 5 dit « Empereur » de Beethoven avec le pianiste brésilien Nelson Freire en soliste, et Une Vie de héros de Richard Strauss.

Gil Shaham, le violon dans la joie

Ce concert de l'Orchestre de Paris avait un double intérêt, d'une part la venue sur la scène de la Philharmonie de Paris d'un des plus grands violonistes du moment, le violoniste israélo américain Gil Shaham, dans un monument du répertoire, le Concerto pour violon et orchestre de Brahms et, d'autre part, une merveilleuse pièce orchestrale de Bartók, Le Prince de bois, exceptionnellement donnée dans sa version intégrale, conduite par le fameux chef américain David Zinman.

Mendelssohn par Yannick Nézet-Séguin à la Philharmonie de Paris

Un cocktail assez détonant que cette rencontre entre deux personnalités bien typées, Felix Mendelssohn d'une part, en qui Debussy voyait l'image d'un notaire élégant et facile, et d'autre part le fougueux et parfois atypique chef d'orchestre canadien, Yannick Nézet-Séguin, à la tête pour l'occasion d'une de plus belles phalanges européennes, le Chamber Oorchestra of Europe. Un corpus symphonique de cinq œuvres, si l'on excepte les symphonies de jeunesse, donné en deux concerts consécutifs.