Le Tonhalle de Zürich et Lionel Bringuier : du très beau travail

Unique étape française d'une tournée qui le menait en Autriche et en Allemagne, de Wien à Frankfurt, l'Orchestre du Tonhalle de Zürich s'arrêtait à la Philharmonie de Paris pour un bien beau concert. Un programme alléchant : le Concerto pour piano de Grieg et la Huitième Symphonie de Dvořák. Edvard Grieg a écrit son concerto op. 16 en 1868, qui sera créé l'année suivante à Copenhague. C'est une de ses œuvres phares, au même titre que Peer Gynt, peut-être plus encore. Car voilà un des grands concertos romantiques, à la manière de Liszt ou encore de Schumann, auquel on l'associe volontiers au disque, en un couplage sans doute plus antagonique que complémentaire. Car la patte de Grieg est bien différente, mêlant lyrisme et fougue de façon très personnelle.

La force intérieure de Mitsuko Uchida

Le programme du récital de la pianiste Mitsuko Uchida au Théâtre des Champs  -Elysées était ambitieux mais d'une parfaite  cohérence : Berg, Schubert, Mozart, Schumann. Un univers viennois semble-t-il. Cette Vienne dont elle aime la richesse. La Sonate op. 1 d'Alban Berg (1907-1908) ouvrait la soirée. Enfin une démarche osée et assumée : Le public suit sans barguigner. D'un seul tenant, sa brièveté (une dizaine de minutes) n'empêche pas une composition d'un foisonnement étonnant : un thème principal revenant en boucle dans ses diverses transformations, des transitions subtiles, un art du développement d'une extrême rigueur dans un strict respect de la forme sonate.

Les Ebène au sommet

Évènement au Théâtre des Champs-Elysées : le Quatuor Ebène avait invité le celliste Gautier Capuçon pour jouer le Quintette à deux violoncelles de Schubert. Ils donnaient en entrée de jeu des pièces de Haydn et de Debussy. Le quatuor op. 20 N°2 Hob. III.32 de Joseph Haydn appartient à une série de six publiés à Paris en 1764. Ce deuxième en ut majeur, les Ebène l'exécutent avec une rare finesse. On remarque en particulier le rôle dévolu au violoncelle qui ouvre le moderato initial, pare l'adagio d'un superbe chant lyrique et s'associe au second violon et à l'alto pour débuter, au menuet, une riche conversation, soudain libérée par rapport au mouvement précédent.

Riccardo Muti à l'Orchestre National  : Un grand moment !

A l'occasion de son traditionnel concert à la tête du « National », le célèbre maestro italien faisait son retour à Paris, après une interruption de quelques mois pour raison de santé. Un concert qui associait dans son programme, comme souvent chez Riccardo Muti, une œuvre célébrissime du répertoire, le Concerto pour piano de Schumann et une œuvre moins connue, en tous cas rarement donnée, la fantaisie symphonique Aus Italien de Richard Strauss. Un concert en famille, le pianiste soliste, David Fray, n'étant pas moins que le gendre du maestro. On ne s'attardera pas sur le Concerto pour piano et orchestre de Robert Schumann, créé en 1845 à Dresde, à partir de la Phantasie pour piano de 1841.

Une Huitième symphonie de Bruckner d'une lumineuse clarté, mais…

Anton Bruckner (1824-1896) est décidément à la fête par les temps qui courent sur les scènes parisiennes. Après la magnifique Neuvième Symphonie donnée tout récemment par Eliahu Inbal à la tête du Philharmonique de Radio France à la Philharmonie de Paris, c'était  au tour de la monumentale Huitième d'occuper, cette fois,  la salle de l'avenue Montaigne, dirigée par le chef finlandais Jukka Pekka Saraste, remplaçant Yannick Nézet-Seguin à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Rotterdam. Un chef bien connu et souvent apprécié, actuellement chef principal de la WDR de Cologne, qui n'en est pas à sa première incursion en terres brucknériennes avec, reconnaissons le, des bonheurs parfois mitigés…

Vision mémorable de la Cinquième Symphonie de Mahler

Le chef letton Mariss Jansons véhicule autour de sa personne, depuis plusieurs années déjà, un charisme, une notoriété, une science de la direction que peu de gens lui contestent. Aussi chacun de ses passages à Paris, à la tête de son orchestre de la Radio bavaroise, est-il un événement musical attendu.

Sol Gabetta, Mikko Franck  et le Philhar enflamment la Philharmonie de Paris

Parfait, tout simplement parfait…Voilà comment pourrait se résumer ce magnifique concert donné par Mikko Franck dirigeant le « Philhar » avec la violoncelliste Sol Gabetta en soliste. Un programme particulièrement alléchant puisque associant une pièce de musique française, chère au chef finlandais, le Prélude à l'après midi d'un faune de Claude Debussy, puis le Concerto pour violoncelle et orchestre n° 2 de Dimitri Chostakovitch avec Sol Gabetta en soliste, violoncelliste de réputation internationale et, enfin, la Symphonie n° 5 de Jean Sibelius dont Mikko Franck est un ardent défenseur. Un concert qui s'afficha dès les premières notes comme un moment d'exception.

Un bien curieux Bruckner par Simon Rattle et l'Orchestra of the Age of Enlightenment

Sir Simon Rattle endossait à l'occasion de ce concert au Théâtre des Champs-Elysées, sa seconde casquette…Après le très récent concert donné avec le LSO à la Philharmonie de Paris, c'était cette fois à la tête de l'Orchestre de l'Age des Lumières que le chef britannique reprenait du service dans un programme de nouveau centré sur Anton Bruckner avec la Symphonie n° 6.. Deux concerts autour du même compositeur mais deux mondes dissemblables bien que peut-être complémentaires, celui des instruments modernes et celui des instruments d'époque, deux sonorités et deux approches bien distinctes et une expérience qui, malheureusement, ne tourna pas en faveur de l'Orchestre de l'Age des Lumières.

Une fête pour l'ouïe avec le Chamber Orchestra of Europe

L'écoute du Chamber Orchestra of Europe (COE) est toujours un bonheur pour l'ouïe, tant la qualité des instrumentistes de chaque pupitre est exceptionnelle. La présence d'un soliste comme François Leleux, pour assurer avec brio et une musicalité éblouissante la redoutable partie soliste du Concerto pour hautbois de Richard Strauss ne pouvait qu'ajouter au plaisir de l'écoute. Mais l'intérêt du concert résidait aussi en la présence sur le podium de Sir Antonio Pappano. Ses passages à Paris se font rares et on le connaît surtout pour ses prestations dans la fosse d'opéra. On sait qu'il est le directeur musical du Royal Opera House Covent Garden et que sa production discographique est particulièrement fournie dans le domaine lyrique. Mais c'est oublier qu'il est aussi directeur musical de l'Orchestre de l'Académie Sainte-Cécile à Rome. On pressent son style d'interprétation dès son entrée en scène: franc, énergique !

Joli marathon : les trois sonates pour piano de Johannes Brahms

« Aimez vous Brahms ? » interrogeait Françoise Sagan il y a soixante ans dans un roman demeuré célèbre où les concerts "classiques" étaient encore l'apanage d'une bourgeoisie éclairée. Oui, nous aimons toujours Brahms, même si la musique de ses trois sonates reste d'une approche sinon difficile du moins exigeante. Il fallait toute la puissance et la maestria d'un pianiste comme François Frédéric Guy pour restituer la fougue de cette musique parfois déconcertante par la multiplicité de ses ruptures et la subtilité de certaines de ses mélodies ou plutôt de ses esquisses de lieder.

Amel Brahim-Djelloul et les musiciens de la Garde républicaine

Voilà un concert aussi osé qu'exceptionnel ! Sous le titre « Désirs de l'Orient », au Musée d'Orsay, la soprano Amel Brahim-Djelloul a donné un récital dont le prétexte était l'orientalisme. La plupart des œuvres choisies sont rarement interprétées comme celles de Caplet (« Écoute mon coeur ») ou de Stravinsky (« Trois Poésies de la lyrique japonaise »).

Le festival Satie se conclut avec des fortunes diverses

Pascal Rogé est un grand spécialiste de Satie, il en a enregistré une belle intégrale. Pascal Rogé est un bon pianiste et il a bien joué les œuvres de Satie à Orsay. Le problème avec ce musicien c'est qu'il ne veut pas que le public le dérange : ça le gêne de se lever, de remercier le public de l'intérêt qu'il peut lui porter. Il commence par une Gnossienne, puis enchaîne une autre, puis Trois valses, puis des Pensées, puis des Croquis, puis des Pièces froides, puis des Vieux sequins, et termine par des Embryons desséchés, d'une traite, sans un arrêt ;

Concert final de la saison 1 du Centre de Musique de chambre de Paris

C'est dans la bonne humeur, la liesse, que s'est terminée, le 26 mars dernier, la ''saison 1'' des concerts du Centre de Musique de Chambre de Paris : en l'occurrence avec des tangos d'Astor Piazzolla et de Frédéric Devresse. L'énergie du SpiriTango était bien sûr au rendez-vous et celle de Jérôme Pernoo pas en reste. Un artiste comme lui qui allie le talent, la générosité, le plaisir de faire de la musique et de l'offrir au public, est inestimable.

Célia Oneto Bensaid aux Pianissimes

Olivier Bouley avait donné carte blanche aux spectateurs – pour lui le public est vital – et ceux-ci avaient le choix entre trois jeunes interprètes pour ce concert. C'est Célia Oneto Bensaïd qui a été choisie. Un bon choix car cette jeune femme a de l'énergie, une solide technique, a eu de bons professeurs, a gagné quelques prix internationaux et a déjà une jolie carrière depuis ses débuts en janvier 2015. Son programme qui avait pour centre d'intérêt la musique baroque, débutait par  Haendel ;

Le Trio Astoria fait tanguer Piazzola

Le trio Astoria aura prouvé, s'il en était besoin, que la vérité de la musique, c'est le concert ! Ce qui est plus vrai encore pour un art à la fois savant et populaire, celui en l'occurrence d'Astor Piazzola. Quant à la salle Colonne – dont le nom sonne agréablement et rime avec celui du Cuarteto Cedrón, autre grande référence de la musique argentine du xxe siècle –, elle est sans aucun doute l'endroit idéal pour les musiciens désireux d'avoir le meilleur rapport de proximité avec leur public… et inversement !

La Johannes-Passion par le Chœur de chambre Les Temperamens Variations

L'église Évangélique Allemande de Paris a renoué avec la tradition luthérienne en relançant d'abord l'audition annuelle de l'Oratorio de Noël, puis celle de la Passion, grâce à Thibault Lam Quang. Loin des modes actuelles, son interprétation historique reste fidèle aux critères de Jean Sébastien Bach : effectifs limités à 25 choristes afin de respecter le caractère liturgique de l'œuvre destinée à faire revivre intensément le déroulement de la Passion du Christ, avec lecture chantée de l'Évangile du haut de la chaire pour instruire les auditeurs ; réponses des protagonistes, récitatifs et airs de caractère méditatif, ainsi que chorals typiques de la musique luthérienne.

Mendelssohn révélé

Le second des concerts de l'intégrale des symphonies de Mendelssohn, donnée par Yannick Nézet-Séguin à la tête du Chamber Ochestra of Europe, présentait les symphonies Nos 1, 3 et 5. Devant une grande salle de la Phiharmonie de Paris comble. Un public fort attentif indéniablement sous le charme, et qui n'aura pas perdu son après-midi. La Première Symphonie, op. 11, de 1824, n'est sans doute pas la plus jouée parmi les œuvres que le musicien a laissé au grand orchestre romantique.

L'expérience du Concertgebouw

Le Concertgebouw, comme son nom l'indique, est d'abord une salle de concert, en lisière du Quartier des Musées d'Amsterdam, célèbre pour son acoustique, sur le modèle de ''la boîte à chaussure'' (comme Le Muzikverein de Wien ou le Symphony Hall de Boston, quoique ici la largeur de l'auditorium soit plus importante que dans ces deux cas). C'est aussi, lorsqu'on y accole le mot Orkest, l'une des phalanges symphoniques les plus en vue actuellement.

Bruckner selon le maestro Haitink

Dans cette même salle du Concertgebouw, se produisait le lendemain un autre orchestre, le Radio Philharmonisch Orkest, l'Orchestre Philharmonique de la radio néerlandaise, pour un de ses concerts de matinée. Dirigé cette fois par Bernard Haitink, une idole ici. Une salle archi comble l'acclame à son entrée, pour l'écouter interpréter un de ses musiciens favoris, Anton Bruckner. Il donnait d'abord le Te Deum.

Prades aux Champs Elysées

Deux fois l'an, le Festival de Prades prend ses quartiers parisiens au Théâtre des Champs Elysées pour des concerts de prestige. Ce premier de la saison était consacré à deux chefs d'œuvre de la musique de chambre : le Quintette pour clarinette de Brahms et la Quintette à deux violoncelles de Schubert. Comme entrée en matière le Quatuor Talich donne le Quartettsatz de ce dernier, mouvement d'un quatuor inachevé D. 703 que le musicien écrivit en 1820, au plus profond d'une crise dépressive. Cet allegro montre pourtant une belle énergie avec son entame en forme de chevauchée et son développement lyrique. A son écoute, on a une pensée pour un grand schubertien, Nikolaus  Harnoncourt, dont avait appris la disparition le matin même du concert. Curieuse impression à l'écoute des Talich dont l'exécution semble bien détachée et un peu incolore.

Anne Queffélec et fils... c'est tout Satie...

Le troisième concert de 12H30 de l'intégrale Satie à l'auditorium du Musée d'Orsay était confié à Anne Queffélec et à son fils Gapard Dehaene. Comme à son habitude, la pianiste prend la parole pour introduire le concert, avec son talent de pédagogue : « Satie, un oxymore humain », original certes, mais si attachant, « une solitude entourée de foule », un musicien qui vit « le goût fou des mots », les titres si cocasses de ses pièces pour piano en offrant un bel exemple, un homme pas si sérieux qu'on le pense, pas si satirique qu'on le croit, cultivant « le ricanement du désespoir ».