Une superbe ouverture de saison à l'Auditorium

Pour l'ouverture de la nouvelle saison au Grand auditorium de Radio France, l'Orchestre Philharmonique et son directeur musical Mikko Franck avaient choisi un magnifique programme associant le compositeur finlandais Einojuhani Rautaavara (1928-2016) disparu en juillet dernier, Max Bruch et Richard Strauss. La Messe pour enfants (1973), Lapsimessu, de Rautaavara est une des nombreuses œuvres composées pour voix d'enfants par le compositeur finlandais, elle juxtapose trois mouvements vocaux a capella sur des textes de la messe latine et trois méditations instrumentales dévolues aux cordes évoluant par amples vagues sonores, avant que les deux groupes ne se rejoignent pour donner à l'Halleluja final tout son potentiel d'évocation dans une sensation de culmination recueillie. Il est certain que le récent décès de Einohuhani Rautaavara donnait à cette pièce, conçue comme un hommage, une profondeur et une gravité d'interprétation exceptionnelles particulièrement évidente dans la sonorité

Cycle Mozart-Bruckner à la Philharmonie de Paris

Cycle Mozart-Bruckner à la Philharmonie de Paris : Daniel Barenboïm et la Staatskapelle de Berlin La célèbre phalange « prussienne » Staatskapelle Berlin, vieille de cinq siècles dont la naissance remonte à 1570, créée par le prince électeur de Brandebourg, était de passage à la Philharmonie de Paris dans le cadre d'une tournée européenne, sous la direction de son chef titulaire depuis 1992, le pianiste et chef d'orchestre éminemment reconnu dans le monde entier, Daniel Barenboïm. Une dualité artistique expliquant probablement l'association des deux compositeurs, Mozart et Bruckner, dans un même programme. Association relevant plutôt du mariage de la carpe et du lapin tant il s'agit là d'univers sonores bien différents, mais un retour à l'unité assuré par la personnalité même du chef israélo-argentin reconnu conjointement comme un pianiste remarquable, à qui l'on doit la première intégrale des concertos pour piano et orchestre de Mozart enregistrée avec l'English Chamber Orchestra, et un chef d'orchestre tout aussi remarquable, à qui l'on ne doit pas moins de trois intégrales au disque des symphonies de Bruckner, enregistrées avec les Berliner Philharmoniker, le Chicago Symphony Orchestra, et enfin la Staatskapelle de Berlin ; celle-là même avec laquelle il donne la présente intégrale en live.

Concert de gala au Théâtre des Champs-Elysées

Il existait au moins trois excellentes raisons d'assister à ce concert de gala clôturant la saison au Théâtre des Champs-Elysées, un concert très attendu expliquant l'affluence du public parisien avenue Montaigne. La première de ces raisons étant le passage à Paris de l'Orchestre Philharmonique de Vienne, d'ailleurs habitué du lieu puisqu'il s'y produit deux fois l'an depuis de nombreuses années, la deuxième, la présence sur scène de la star des ténors du moment, Jonas Kaufmann, et enfin la troisième, un superbe programme viennois associant Beethoven, Richard Strauss et Gustav Mahler, taillé sur mesure pour la prestigieuse phalange. A la baguette le chef britannique Jonathan Nott, ancien directeur de l'Orchestre de Bamberg, prochainement attendu à la tête de l'Orchestre de la Suisse Romande, remplaçant Daniele Gatti initialement prévu, mais indisponible du fait d'une blessure récidivante à l'épaule.

Chopin côté Jardin

Au festival Chopin de l'Orangerie de Bagatelle, François Dumont a donc joué Chopin. On sait que Chopin excella dans les pièces brèves, François Dumont a donc concocté un programme de pièces brèves. Pas d'intégrales ni de longs morceaux. Et c'est une gageure de jouer devant un public averti un répertoire entendu et réentendu mille fois. Le pianiste a d'abord précisé qu'il enchaînerait les œuvres sans interruption ni évidemment applaudissements qui viendraient rompre le cours de ce concert qu'il considère comme une longue invitation à la rêverie. François Dumont est français et on peut affirmer qu'il joue Chopin à la française, en privilégiant le côté raffiné et élégant de cette musique tout en préservant ses solides racines slaves. Dans ce récital, les Nocturnes ont une place de choix.

Coup de génie / coup de cœur

La huitième édition du Concours International de Piano de Lyon s'est déroulée du 2 au 5 juillet dernier. L'événement musical dépasse le simple cadre de la compétition. Svetlana Eganian, sa fondatrice, déborde d'enthousiasme. En quelques années, cette véritable fête du piano a pris une envergure comparable à celles des concours Reine Élisabeth de Belgique ou Frédéric Chopin de Varsovie.

Coup de génie

 

La capitale des Gaules est dotée d'un concours de piano à sa mesure ! Présidé par des personnalités musicales telles que Jacques Rouvier, Christian Ivaldi, Marie-Catherine Girod, Michel Dalberto, Alexandre Paley ou Dmitri Bashkirov, cette manifestation vise à : « Révéler des artistes et enrichir la société ». La double devise traduit une volonté de promouvoir de jeunes talents et de créer un carrefour musical, un lieu d'échange privilégié où artistes et public communient dans un même amour de l'Art.

Rencontres Proquartet en Préhistoire

Dans le cadre des 17 èmes Rencontres musicales Proquartet en Seine-et-Marne, l'un des concerts se donnait au Musée départemental de Préhistoire de Nemours. Lieu improbable, voire insolite, pour le récital du Quartetto Lyskamm. Car se produire dans cet endroit dédié à l'Histoire d'avant l'Histoire avait de quoi surprendre, puisqu'on jouait aux côtés d'une réplique de l'Homme de Cromagnon et d'un squelette impressionnant de quelque ancêtre, sur fond d'arbres généreux à défaut d'être antiques. Mais le concert fut nul doute un moment de bonheur. D'abord du fait d'une acoustique plus hospitalière qu'on l'imaginait. L'architecte Roland Simonet conçut dans les années fin 1970 un édifice tout en béton brut, qui  avec la patine du temps prit les couleurs des rochers nemouriens, et pensa un hall qui

Brahms au sommet à Saint-Denis

Affluence des grands jours à la Légion d'Honneur pour le concert de musique de chambre consacré à Brahms dans le cadre du festival 2016. C'est que se produisaient le violoniste Renaud Capuçon qui, comme peu aujourd'hui, peuvent assurer une salle pleine, mais aussi le non moins réputé Nicholas Angelich au piano, et last but not least, la chanteuse Karine Deshayes. Un trio à chérir. All Brahms programm donc pour ce concert vespéral sous l'œil de Napoléon. La Sonate pour violon et piano N° 2 en la majeur, op. 100, est composée en 1886, au bord du lac de Thun où le musicien coulait des jours heureux. Contrairement à la mélancolique Première sonate, l'atmosphère est ici celle d'un rêve poétique. Qu'aucune ombre ne vient troubler.

Oui, on aime Brahms...

Un concert de la sorte se mérite : l'intégrale des trois Quatuors pour piano et cordes de Brahms par Christian Tetzlaff, Tebea Zimmermann, Clemens Hagen et Leif Ove Andsnes. Mais avec de tels interprètes, il devient un bonheur. Et ce fut le cas tout au long de cette vaste soirée au Théâtre des Champs-Elysées, dense, passionnée, lumineuse, infiniment musicale. On joue souvent le Premier quatuor op. 25 en sol mineur. Une référence, doublée d'un souvenir personnel : l'interprétation dans les années 1980, donnée dans cette même salle, pour le dernier concert parisien du Quartteto Italiano, avec un jeune pianiste du nom de Maurizio Pollini ! Mais les deux autres se font plus rares, même au disque. Aussi les entendre d'affilée est

Le charme discret d'une grande dame du piano

Voilà enfin le concert parisien que nous appelions de nos vœux lors de la Folle  journée qui voyait l'exécution par Anne Queffélec de sonates de Scarlatti. Son programme à la salle Gaveau associait le compositeur italo-espagnol et Schubert. Un rapprochement à priori curieux. Pas tant, comme on le verra. Pour débuter, la pianiste joue Toccata, adagio et fugue en ut majeur BWV 564 de Bach, arrangé par Ferrucio Busoni. Le ton de la soirée est donné, d'une profonde réflexion. Elle enchaîne avec Scarlatti dont elle donne douze sonates. On sait ce musicien cher à son cœur et combien elle est en empathie avec son langage. Et tord le cou à quelque cliché associé à des pièces originellement écrites pour clavecin : loin

Quant un passionné nous découvre le Requiem de Donizetti

Leonardo García Alarcón n'en est pas à son coup d'essai. Après Michelangelo Falvetti et le Déluge universel et autre Nabucco, il déniche le Requiem de Donizetti ! Que celui-ci écrivit en 1835 à la mémoire de son rival et néanmoins ami Vincenzo Bellini. La pièce ne sera jouée qu'en 1870, à l'occasion du transfert des cendres de Donizetti lui-même. Elle sombrera dans l'oubli jusqu'à sa redécouverte en 1975. Mais sera peu jouée ensuite. D'où la chance offerte par le chef argentin de l'entendre dans le cadre du Festival de Saint-Denis. Elle se compose de 17 séquences, pour la plupart assez courtes, dont plusieurs non reprises dans les autres Requiem, tel celui de Verdi. Ainsi de l In memoria » (V), confié au chœur, du « Ludex ergo », aux ténor et basse (VIII), du « Rex tremendae

Un pianisme qui ne laisse pas de marbre

Pour son récital parisien à la Philharmonie de Paris, Yuja Wang n'a pas lésiné sur les moyens. Changement complet de programme : aux Chopin, Bach et autre Schoenberg annoncés sont substitués Brahms, Schumann et Beethoven. Amusante gimmick question tenue vestimentaire aussi, avec talons aiguilles et robes dernier cri, alternant le blanc à paillettes et après la pause, le noir quasi phosphorescent pour dégager une fort jolie jambe. Mais une fois au clavier quelle métamorphose ! La fluette chinoise au sourire un peu coincé se transforme en la plus avisée des interprètes. La semble-t-il timide jeune femme se mue en pianiste d'une étonnante autorité. Son programme le montre à l'envi. De Brahms d'abord les Ballades op. 10 Nos 1 et 2, deux premiers volets d'un ensemble de quatre pièces écrites en 1854, inspirées d'une ballade écossaise « Edward ». Brahms y montre son génie de la narration suggérée. La première, andante, dont

Le romantisme musical français en quatuor

La fondation  Bru - du nom des docteurs qui furent à l'origine des laboratoires UPSA - a été à l'initiative du Centre de Musique Romantique Française. Ce Centre a son siège à Venise au Palazzetto Bru Zane. Depuis 2013 il organise un festival à Paris qui permet de présenter au public chaque année un échantillon du patrimoine musical français du XIXème siècle. Deux scènes se partageaient cette fois l'aventure. Ainsi le Théâtre des Champs Elysées avait-il pu programmer un opéra de Spontini, Olympie [voir ci-dessus]; quant  à celui des Bouffes du Nord il offrait à entendre tout un florilège de musique de chambre alliant le connu - quatuor de Debussy, sonate de Alkan - au moins connu, voire l'inconnu - œuvres de Benjamin Godard, Marie Jaël, Rita Strohl... Les concerts qui se déroulaient dans cette salle bénéficiaient d'une acoustique tout à fait appropriée. Les organisateurs avaient fait appel à de remarquables musiciens comme Gary Hoffmann, Henri Demarquette, Pascal Amoyal ou le quatuor Mosaïques.

L'Orchestre National du Capitole de Toulouse à la Philharmonie de Paris

De retour du Musikverein de Vienne, dans le cadre de sa tournée européenne, l'ONCT était de passage à la Philharmonie de Paris conduit par son directeur musical, le chef ossète Tugan Sokhiev, pour un concert très attendu comprenant le Concerto  pour violoncelle et orchestre d'Antonin Dvorak avec Gautier Capuçon en soliste et la Symphonie fantastique de Berlioz. Programme grand public, déjà donné à Vienne, et notoriété des intervenants expliquant l'affluence des auditeurs dans la grande salle de la Philharmonie. Un concert finalement en demi teinte

Mikko Franck dans son jardin

Pour un des derniers concerts de la saison au grand Auditorium de la maison ronde, Mikko Franck retrouvait son orchestre et sa baguette dans un programme franco scandinave  particulièrement alléchant, répondant parfaitement au cahier des charges du « Philhar » associant musique française et musique dite « contemporaine ». Une affiche où il excelle, comportant des œuvres de Claude Debussy et de deux compositeurs finlandais, le maitre et l'élève, Einojuhani Rautavaara (*1928) et Magnus Lindberg (*1958) reconnus comme deux compositeurs majeurs du XXe siècle. Tous compositeurs dont le chef finlandais s'est fait le champion depuis son arrivée à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Radio France. Une très belle soirée où l'on regrettera le peu d'affluence du public.

Marzena Diakun, encore un peu sur la réserve…

Rarement chef assistante n'aura été autant sollicitée que la jeune chef polonaise Marzena Diakun remplaçant une fois de plus au pied levé, Mikko Franck, directeur musical de l'Orchestre Philharmonique de Radio France. Plus d'une dizaine de concerts dirigés depuis sa nomination en début de saison et une impression favorable qui se confirme de jour en jour. Un défi de plus pour la jeune chef polonaise qui a déjà assumé de nombreux challenges ardus comme notamment le concert associant Angels and Visitations de Rautavaara et les Planètes de Holst en octobre dernier, ou des opéras difficiles comme la Ville morte de Korngold

David Grimal et Les Dissonances ou la musique en liberté

Qui aurait pu prédire, en 2004, lors de sa création par le violoniste David Grimal, le fabuleux destin des Dissonances, alors que certains regardaient naitre cette aventure d'un œil amusé. Un collectif de musiciens du plus haut niveau, appartenant aux plus grandes phalanges internationales, regroupés autour du violoniste David Grimal, décidé à faire de la musique autrement, c'est-à-dire dans un autre esprit, en dehors des circuits de la musique-business, jouant sans chef un répertoire très large allant de la musique baroque à la musique d'aujourd'hui. Une posture très originale, une soif de liberté un peu iconoclaste, quand on sait qu'il est généralement admis que la musique symphonique et concertante, à partir de Beethoven, nécessite impérativement un chef d'orchestre !

Bravo Maestro ! Daniele Gatti garde le meilleur pour la fin !

Pour ses deux derniers concerts à la tête du « National » en tant que directeur musical, le maestro italien offrit au public parisien deux magnifiques concerts parmi les plus beaux de la saison…Un cycle marquant les adieux de Daniele Gatti, après huit années passées à la direction musicale de l'Orchestre National de France. Le temps des adieux, bien sûr, mais également le temps du bilan avec des temps forts, d'autres peut-être moins réussis, mais un travail assurément très positif que chacun s'accorde à reconnaître. Succédant à Kurt Mazur, Daniele Gatti prit les rênes du « National » en 2008. Ce seront plus de deux cents concerts donnés en France, plusieurs intégrales (Mahler, Beethoven, Schumann, Tchaïkovski), plusieurs cycles (Bartók, Brahms), de nombreux opéras en version de

A Gala for St. George au Royal Albert Hall de Londres

Encore plus emblématique, plus caractéristique, m'est apparu ce concert entièrement conçu dans l'esprit revigorant de l'Englishness. Consacré à la célébration de St. George, héros vainqueur du funeste Dragon, il ouvrait la soirée magistralement avec un magnifique God save the Queen entonné par une salle aussi enthousiaste que convaincue, porté par l'inspiré chef britannique Anthony Inglis à la tête de la Royal Choral Society, créée en 1871, et le Royal Philharmonic Orchestra fondé en 1946 par Sir Thomas Beecham (1879-1961). J'ai immédiatement pensé que j'assistais à un événement bien plus marquant que la Last Night des Proms et cela n'est pas peu dire. Cet émouvant concert était, de plus, présenté avec talent et humour par le grand acteur Kevin Whately, très connu pour sa longue incarnation de l'Inspecteur Lewis, ancien collaborateur de l'Inspecteur Morse jadis interprété par le regretté John Thaw (1942-2002).

A Midsummer Night's Dream : de la musique de Mendelssohn à Middle Temple Hall...

Qu'il est rare d'entendre cet ensemble si harmonieux, la féerie shakespearienne portée par la merveilleuse musique de Mendelssohn. Ce fut le cas, à Londres, en cet endroit magique qu'est Middle Temple Hall. Ce lieu paisible, au demeurant très dickensien, situé dans le quartier de la Loi, est l'un des plus beaux exemples architecturaux élisabéthains. On peut admirer notamment le plafond en bois de chêne de Windsor Forest. L'acoustique y est donc excellente. Cette soirée était l'occasion de célébrer le 400e anniversaire de la mort de Shakespeare qui a probablement écrit sa comedy vers 1594/96. Elle a été conçue pour commémorer la Fête de St Jean du 24 juin. Mendelssohn a composé sa musique en deux temps. D'abord en 1826, à

… à la pièce, au Globe Theatre

Après avoir heureusement assisté à la représentation shakespearienne commentée ci-dessus, je me réjouissais d'en voir une autre tant cette pièce recèle de possibilités symboliques et narratives. Hélas, ma déception est certes à la hauteur de mon irritation. Un certain tourisme peu soucieux de profondeur semble inciter la nouvelle direction du Globe incarnée par Emma Rice à sacrifier à la vulgarité la plus déplaisante qui puisse être. J'avoue que je n'ai pas été capable d'assister à la totalité de la séance tant je me sentais indisposé par une telle approche dont l'explication du programme

Shakespeare Odes à Milton Court Concert Hall

L'anniversaire de la mort de William Shakespeare (1564-1616) suscite de nombreuses manifestations, concerts, expositions. Il réanime aussi le débat très ancien sur la paternité des œuvres. Quoi qu'il en soit, ce fut l'occasion d'assister à une soirée fort intéressante sinon émouvante. La première partie était consacrée à l'évocation du grand acteur et imprésario David Garrick (1717-1779) et sa collaboration avec le compositeur Thomas Augustine Arne (1710-1778) plus particulièrement connu pour son extraordinaire et enthousiasmant Rule Britannia (1740). En 1769, Garrick