Un des plus beaux concerts de l’année clôture la saison à la Philharmonie de Paris

Bernard Haitink © Todd Rosemberg Pour un des derniers concerts symphoniques de la saison, la Philharmonie de Paris avait bien fait les choses en réunissant sur la même affiche, le London Symphony Orchestra, le plus fameux orchestre anglais du moment, dirigé par l’immense chef Bernard Haitink, reconnu comme un maitre incontesté de la direction d’orchestre, avec cerise sur le gâteau, la non moins célèbre pianiste japonaise Mitsuko Uchida en soliste. Un programme des plus classiques, associant le Concerto n° 3 pour piano et orchestre de Beethoven et la Symphonie n° 9 de Bruckner, pour ce concert d’exception qui combla les attentes d’un public venu nombreux dans la grande salle Pierre Boulez.


Plus encore que le Concerto n° 4, le Concerto n° 3 pour piano de Beethoven apparait, à l’évidence, comme une œuvre de transition, premier pas vers la maturité du maitre de Bonn, mais également sorte d’hommage rendu à Mozart et Haydn. Composé en 1803, il mêle avec un bonheur tout particulier le cantabile du piano à la sonorité puissante de l’orchestre, marquant en cela une évolution stylistique qui se confirmera dans le Quatrième concerto. Pour cette œuvre célèbre, la pianiste japonaise est dans son jardin, il suffit de rappeler ses enregistrements des sonates pour piano de Mozart ou l’intégrale des concertos pour piano de Beethoven avec Kurt Sanderling considérés, aujourd’hui encore, comme de véritables références discographiques. Une interprétation toute empreinte d’un élégant classicisme, juste, naturelle, sans effet de manche. L’Allegro initial permet au toucher très mozartien de Mitsuko Uchida de s’exprimer pleinement par un cantabile plein de grâce, précédant un second mouvement, Largo émouvant, poétique, très recueilli comme une prière magnifiée par un superbe accompagnement orchestral tout en couleurs et nuances sous la direction attentive de Bernard Haitink. Le Rondo final, plus engagé, ample et clair, laisse libre cours à la virtuosité de la pianiste exaltée par une complicité évidente avec l’orchestre.
A l’instar d’autres compositeurs comme Schubert, Beethoven ou encore Mahler, Anton Bruckner connut la « malédiction des neuvièmes symphonies » puisqu’il laissa sa dernière symphonie, la Neuvième, inachevée réduite à trois mouvements. Une œuvre monumentale, sorte de testament musical dédié à Dieu (Excusez du peu !) composée entre 1891 et 1896, véritable opéra sans paroles, tour à tour exaltée ou sereine, épique et lyrique, portée par la ferveur de la foi du compositeur. Une œuvre savante par ses changements répétés d’humeur dont Bernard Haitink donne d’emblée une vision claire, allégée, mêlant ampleur et délicatesse, parfaitement équilibrée, sachant valoriser tous les timbres d’une partition complexe. Si le premier mouvement, solennel et mystérieux, fait la part belle aux somptueuses cordes du LSO, ainsi qu’à la fanfare de cuivres parfaitement justes et ronds, avant de se terminer par un resplendissant crescendo particulièrement haletant, le second mouvement, Scherzo, développe un univers cauchemardesque et grimaçant scandé par les étonnants pizzicati des cordes, exemplaires de netteté dans les attaques, avec ou sans archets, tandis que l’Adagio final marque une longue ascension vers la lumière citant plusieurs thèmes des symphonies précédentes avant un retour vers le silence, terme de ce voyage initiatique et spirituel…
Une interprétation qui restera, n’en point douter, dans les mémoires ! Signature d’une phalange et d’un chef d’exception !