DR Constitué de jeunes musiciens, la Geneva Camerata propose une programmation éclectique et singulière, du baroque à la création d’aujourd’hui, en passant par le jazz, l’électro et les musiques du monde. Cet orchestre audacieux a proposé lors d'un premier concert, « Fratres » pour violoncelle et piano d’Arvo Pärt. Cette œuvre, écrite à l'origine pour violon, a été superbement interprétée par David Greilsammer au piano et la souriante, belle et magnifique violoncelliste Mara Miribung. On ne peut pas trouver œuvre plus introspective que cette composition et un compositeur plus mystique que cet Estonien. « Fragment de Parsifal », transcrit par Hermann Jacobowsky, pour quatre violoncelles, a été interprété par deux altos et deux violoncelles. Quelles couleurs que ce quatuor et quelle sonorité de ces jeunes musiciens. Là aussi le mysticisme de Wagner était sur le plateau en corrélation bien sûr avec l’exposition. Le concert a pris fin avec « La Nuit Transfigurée » pour sextuor à cordes de Schoenberg, qui a enthousiasmé le public !

 

Deux jours plus tard, ce magnifique ensemble, au grand complet, a accompagné la soprano Véronique Gens en grande forme. Elle a interprété des extraits des

« Illuminations » op. 18 de Benjamin Britten, un chef d’œuvre vocal souvent chanté par des ténors, puis « Au Cimetière », extrait des « Nuits d’été » de Berlioz, arrangé par David Matthews pour orchestre de chambre. L’interprétation de Gens était un peu froide et on ne sentait pas trop l’effroi de ce retour des âmes, des spectres, près de cette blanche tombe. Mais quels brio et énergie dans le terrible air d’Iphigénie en Tauride de Gluck : « Non cet affreux devoir, Je t’implore et je tremble », un feu d’artifice vocal ! Ce fut un triomphe qu’a suscité cette magnifique chanteuse trop peu entendue en France. En première partie cet orchestre de chambre éblouissant avait interprété « Vers la flamme op.72 », arrangement de Jonathan Keren de l’œuvre du grand mystique Scriabine, puis la charmante « Sérénade pour orchestre à cordes » d’Elgar, grand amateur de paysages intérieurs, « La Casa del Diavolo », une petite symphonie de Boccherini qui avec Gluck, avait le culte des ténèbres. Et enfin cette œuvre incroyable de subtilités « Ramifications pour 12 cordes » de Ligeti, avec l’orchestre coupé en deux et ses instruments d’un côté, accordés un quart de ton plus haut que l’autre, donnant ainsi des constellations d’intervalles continûment changeantes, des trames sonores prodigieuses qui semblaient refléter les fêlures intimes de l’âme. L’ensemble Geneva Camerata a su par ses qualités musicales transmettre ces infinités d’émotions. Un bémol pourtant : alors qu'on était dans une sorte d’extase, le bis nous a ramené sur terre avec un arrangement pour cordes et violoncelle (belle interprétation d’Ira Givol) de « Porgy and Bess ». C’était parfait, amusant même, mais bien bien loin de ce que ces deux concerts nous avaient offert de spiritualité…Espérons retrouver cet ensemble très bientôt, tel est le souhait du public et le nôtre !