Renée Fleming © Angela Weiss /AFP/ Getty Images
Après avoir fait ses adieux à l’opéra, il y a quelques semaines lors de la dernière représentation du Chevalier à la Rose de Richard Strauss, donné au Metropolitan Opera de New-York, la célèbre soprano américaine retrouvait la scène de l’avenue Montaigne pour un court récital où elle chantait, dans un émouvant clin d’œil au passé, les Quatre derniers lieder du même Richard Strauss. Un corpus emblématique de la diva, comme le rôle de la Maréchale ou encore Rusalka, où Renée Fleming porta l’émotion à son comble, la ferveur de l’interprétation vocale et scénique gagnant ce que la voix légèrement fatiguée a perdu en brio.

Un instrument aux couleurs mordorées, d’une rondeur onctueuse, chargé d’une indicible nostalgie où le chant sait parfois laisser place à une poignante déclamation le temps d’un voyage crépusculaire en quatre étapes, Printemps, Septembre, Au coucher et Au crépuscule. Si le souffle peut paraitre par instants un peu court, si les graves manquent parfois de profondeur, la ligne reste d’une souveraine et touchante beauté, magnifiée par une phalange d’exception, la Staatskappele de Dresde, que le chef allemand, Christian Thielemann, très attentif aux équilibres, fait avancer avec une retenue mesurée exaltant les timbres de la partition où le cor solo de Robert Langbeim et le violon solo de Mathias Wollong firent merveilles. Toute autre ambiance après la pause avec la Symphonie alpestre (1915) de Richard Strauss toujours. Une partition monumentale, foisonnante, aux allures nietzschéennes pour certains, très narrative nous contant une journée passée dans les Alpes bavaroises, scindée en plusieurs étapes dont les quatre principales sont la nuit, le lever du jour, l’ascension sur les cimes, la descente avec l’orage terrifiant puis le retour à la nuit. Une œuvre peut-être un peu grandiloquente dont le très germanique Christian Thielemann donna une vision d’une lourdeur accablante, la dynamique furieuse assez monolithique masquant par endroits la richesse de l’orchestration straussienne. En épaississant à dessein la texture déjà très cuivrée, le chef allemand place sous l’éteignoir bon nombre de timbres d’instruments solistes ou les splendides divisi de cordes, ôtant ainsi beaucoup de profondeur aux paysages sonores. On retiendra toutefois l’excellence des différents pupitres de cette prestigieuse phalange allemande, reconnue comme une des meilleures du monde, constituée de musiciens d’exception comme la jeune hautboïste française Céline Moinet, le clarinettiste Wolfram Groβe, le bassoniste Joachim Hans et le violoncelliste Norbert Anger. Un très beau concert.