Gautier Capuçon : DR Traditionnel passage à Paris, dans la Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie, du Russian National Orchestra dirigé par son chef titulaire, le pianiste et chef d’orchestre, Mikhaïl Pletnev, associé pour l’occasion au violoncelliste français Gautier Capuçon dans un programme totalement slave. La Sérénade pour cordes de Mieczyslaw Kartowicz ouvre la soirée. Une œuvre, sans intérêt musicologique majeur mais charmante, qui eut au moins le mérite de la découverte. Celle du compositeur polonais Mieczyslaw Karlowitz (1876-1909) contemporain de Szymanowski, appartenant tous deux à l’association « Jeune Pologne », violoniste, compositeur et érudit, dont le catalogue peu fourni, du fait de sa brève existence, compte une sérénade pour cordes, un concerto pour violon, sept poèmes symphoniques fortement empreints d’un symbolisme pessimiste.

Si les accents slaves de sa Sérénade (1897) sont facilement reconnaissables, la qualité de l’écriture ne saurait être comparée à celle de Tchaïkovski ou encore Dvořák. Dansante, jaillissante, lyrique et contrastée, une œuvre, somme toute mineure, qui permet surtout d’apprécier, d’entrée de jeu, la belle sonorité des cordes de l’orchestre. Le Concerto pour violoncelle n° 1 de Dmitri Chostakovitch, composé en 1959, dédié à et créé par Mstislav Rostropovitch, où se dessine en filigrane l’ombre de Prokofiev, est bien sûr d’une toute autre envergure, magistralement interprété par Gautier Capuçon. Dès l’Allegretto initial on est frappé par la sonorité très particulière assez ronflante et puissante de son Matteo Goffriler 1701. Le dialogue assez rugueux s’installe rapidement avec l’orchestre où l’on appréciera tout particulièrement le climat envoûtant engendré par le cor (excellent) et une petite harmonie de haute volée. Une lecture manquant peut-être un peu de tension mais chargée d’émotion et de mélancolie portées par le sublime legato d’un violoncelle au chant riche en couleurs, avant de conclure sur un Final dissonant et grotesque, sorte de parodie de Souliko, chanson préférée de Staline. Après la pause, la Symphonie n° 4 (1878) de Tchaïkovski, premier maillon de la trilogie du fatum dont Mikhaïl Pletnev propose une vision loin de tout épanchement sirupeux mais au contraire une lecture d’un romantisme ardent, engagé et contrasté, voire théâtral avec force de cuivres, impressionnants d’engagement. Le chef russe nous conte ici une histoire, celle de la lutte entre un bonheur impossible et un destin omniprésent qui ne se résoudra que plus tard dans la « Pathétique ». Drame, mélancolie, joie éphémère, rythmes obstinés s’y succèdent comme autant d’occasion de jeux de timbres (hautbois, basson, cordes, tuba) dans une mise en place impeccable et une dynamique soutenue. Une belle interprétation pour une soirée russe d’une rare cohérence qui ravit le public venu nombreux. Bravo !