Elena Schwarz © Priska Ketterer Dernier galop d’essai avant le départ de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France pour une longue tournée d’une quinzaine de jours en Asie. Quel meilleur ambassadeur de la musique française que le « Philhar » dont la sonorité et la qualité des pupitres unanimement reconnues en font, sans doute, une des plus prestigieuses phalanges du moment, comme put en témoigner ce superbe concert totalement consacré à la musique de Ravel (Ma mère l’Oye, Shéhérazade et les deux Suites de Daphnis et Chloé). Somptueux programme pour une interprétation qui ne le fut pas moins, dirigé au pied levé par Elena Schwarz, cheffe assistante remplaçant Mikko Franck souffrant. La jeune cheffe suisso-australienne, prévenue quelques minutes avant le début du concert, dirigeant en tenue de ville, fut jetée ainsi sans ménagement dans le grand bain, immédiatement adoubée par les musiciens et le public du grand auditorium tant sa direction nous parut concluante et prometteuse.

Ma mère l’Oye, orchestrée en 1911, avec sa Pavane de la Belle au bois dormant initiale fixe immédiatement le climat plein de charme et de poésie de cette œuvre célébrant le monde de l’enfance. Composée de cinq mouvements (Pavane, Petit Poucet, Laideronnette, Belle et la Bête et Jardin féerique) comme autant d’occasions de faire valoir la richesse et la limpidité de l’orchestration ravélienne, jeu de couleurs et de timbres parcourant tous les pupitres sous la direction souple, posée, élégante et lumineuse d’Elena Schwarz. Shéhérazade (1903) nous emmène ensuite vers un ailleurs rêvé, l’Asie, destination de circonstance (!) conduit par les vers de Tristan Klingsor alias Léon Leclère, Asie, long poème de prosodie difficile, débutant par un appel incantatoire, suivi d’évocations lyriques et secrètes, suivi de La Flûte enchantée et de l’Indifférent. Exercice périlleux nécessitant une égale perfection dans le chant et la déclamation où la mezzo Alisa Kolosova se cassa un peu le nez, non pas tant par le timbre séduisant, la tessiture adéquate, la souplesse vocale convaincante, que par une diction, avouons le, déplorable et incompréhensive même avec le texte sous les yeux ! Surprenant lorsque l’on sait que cette talentueuse mezzo fut formée à l’Atelier lyrique de l’Opéra National de Paris. Les deux Suites de Daphnis et Chloé (1911-1913), vastes fresques symphoniques d’inspiration hellénistique, tirées du ballet éponyme, véritable feu d’artifice orchestral concluent ce concert en beauté, grand moment de la soirée permettant à l’orchestre de déployer toute sa superbe autour de la flûte omniprésente de Magali Mosnier, excellente de bout en bout. La Suite n° 1, pleine d’allant soutenue par une dynamique très dansante s’appuyant sur un crescendo orchestral parfaitement maitrisé, la Suite n° 2, toute habitée d’une sensualité prégnante où timbres, rythmes se succèdent dans une partition d’un raffinement inégalable, témoignant du génie ravélien. Un chef d’œuvre du répertoire symphonique, un exercice d’orchestre et de direction dont le « Philhar » et Elena Schwarz nous livrèrent une brillante interprétation augurant d’une tournée triomphale. Un grand bravo aux musiciens mais également à Elena Schwarz, en sachant que c’est parfois par de tels remplacements impromptus que commencent les grandes carrières….C’est tout ce qu’on lui souhaite….A suivre.