Jukka-Pekka Saraste © Thomas Kost On espérait beaucoup du jeune pianiste polonais Jan Lisiecki, nouvelle étoile montante du piano, reconnu pour sa maturité exceptionnelle, sa sonorité à nulle autre pareille, pour la poésie et la sensibilité de son jeu. Un pianiste parmi des plus renommés du moment qui vient d’enregistrer pour le label jaune son quatrième CD consacré aux œuvres rares de Frédéric Chopin, c’est dire que le Concerto pour piano n° 2 (1829) qui ouvrait le concert était un moment très attendu. Des espoirs qui ne furent, hélas, pas totalement comblés par la lecture assez fade qu’en donna Jan Lisiecki, se résumant à un long monologue du piano face à un bel orchestre (petite harmonie) qui fit ce qu’il put avec ce qu’il avait à disposition, c'est-à-dire pas grand-chose compte tenu de la pauvreté de l’orchestration chopinienne. Une interprétation sans originalité, bien menée certes, virtuose et enlevée dans le Maestoso initial, poétique et éthérée dans le Larghetto central, rustique mêlant folklore et danse dans l’Allegro final, mais ne dégageant aucune émotion, laissant le public sur une impression assez mitigée qu’atténua toutefois le Nocturne en ut majeur donné en « bis », le piano de Chopin n’étant jamais aussi émouvant que lorsqu’il est joué seul.



Plus intéressante assurément la seconde partie de concert consacrée à la Symphonie n° 8 de Chostakovitch. Deuxième symphonie de guerre, après Leningrad, empreinte de douleur et d’effroi, miroir des atrocités de la guerre et de l’oppression stalinienne, sorte de requiem composé en 1943. Malgré un renforcement judicieux des cordes graves visant à assombrir le climat de l’œuvre, Jukka-Pekka Saraste s’inscrit d’emblée dans une vision très policée, presqu’apollinienne, très « occidentale » de cette symphonie parmi les plus noires écrites par le compositeur russe. La déploration des cordes dans le premier mouvement parait d’emblée par trop lyrique, le tempo lent y atténue le drame, la recherche du « joli son » y affadit l’âpreté du message, alors que nous aurions souhaité un phrasé plus haché, des transitions plus abruptes, une dynamique plus enlevée, une lecture plus chaotique, plus « russe » à la façon de Kondrachine ou Mvravinski. Une interprétation, toutefois, il faut le reconnaitre, parfaitement défendable dans la lignée des Haitink et autres Jansons, où l’on notera l’excellence de l’Orchestre de Paris, la stridence des bois, le chant plaintif du cor anglais, les élans cataclysmiques de la fanfare et des percussions. Dans le second mouvement le chef finlandais semble favoriser les nuances plus que le phrasé qui manque, là encore, de rudesse malgré les belles interventions du piccolo, de la petite clarinette et du basson. Le troisième mouvement impressionne par son caractère obstiné, voire motoriste, des cordes et tout particulièrement des altos et contrebasses suivant une pulsation rythmique implacable, mais les attaques semblent manquer encore une fois de tranchant, tandis que la passacaille du Largo fait la part belle à un lyrisme presque déplacé, avant de conclure sur un final qui manque un peu de continuité, hésitant entre sérénité et violence. Une belle prestation de l’orchestre, mais une lecture discutable qui aura su toutefois séduire le public et les musiciens. Que demander de plus ?