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Catégorie : Concerts

Thomas Ospital © Mirko Cvjetko Le samedi 8 avril, le concert annoncé dans la programmation de Radio France sous le titre « Orgue avec orchestre » était placé sous le signe de l'Amérique, et, partant, sous celui d'un optimisme indéfectible, tout comme l'avait été la journée, quasi estivale. En était la vedette un jeune homme à l'allure encore pouponne : Thomas Ospital, né en 1990, qui, tel un athlète de très haut niveau, sut exploiter toutes les ressources de la console du tout nouvel orgue Gerhard Grenzing, installée sur le devant de la scène de l'auditorium de la Maison ronde, face au « Philhar ». Coup d'envoi avec une Improvisation de et par Thomas Ospital sur I got rythm (1934) de George Gershwin (lui-même auteur de Variations sur cet air), l'occasion, pour le titulaire du grand-orgue de l'église Saint- Eustache, de

montrer à la fois sa virtuosité et son réel talent d'improvisateur. De broderies dans les sonorités de plusieurs jeux en ostinato allant crescendo, le motif principal est devenu la matière à caprices de ce qui s'est avéré être de la musique répétitive. Les qualités acoustiques exceptionnelles de la salle et d'un orgue conçu pour elle contribuèrent au maintien du caractère sautillant de la célèbre mélodie. S'ensuivit Lullaby pour cordes (1919-1920) du même Gershwin, pièce de jeunesse d’humeur primesautière, mais finalement assez mièvre et faite plutôt pour bercer un club du troisième âge à l'heure du thé. Le réveil salutaire vint après avec Hoe-Down (1943) d'Aaron Copland, danse symphonique dérivée du ballet Rodeo. Celui-ci avait été composé pour les Ballets russes de Monte-Carlo, ce qui explique sans doute que l'attaque enflammée du morceau fasse penser à Glinka, Moussorgski ou Rimsky-Korsakov. Sinon, tout est dit dans le titre, puisque hoedown est synonyme de quadrille américain et de bal populaire, et il y a quelque chose d'incroyablement sain dans cette composition, à la fois directe, énergique, joyeuse et irrésistible. L'origine irlandaise de la danse est immédiatement perceptible, laquelle fait entendre de temps à autre aux basses de vrais effets de bourdons.

Thomas Ospital revint sur scène pour interpréter le Prélude et Allegro pour orgue et orchestre à cordes (1943) de Walter Piston. Deux mouvements contrastés, le premier d’esprit néoclassique, lyrique et assez sucré, le second très enlevé, qui ménage de beaux moments virtuoses à l'orgue. Puisqu’il ne dure que huit minutes, on ne s'affligera pas d'avoir dû écouter une nouvelle fois l'Adagio pour cordes (1936) de Samuel Barber, cette tarte à la crème de la musique du XX ÈME siècle. L'orchestre, lui, le joua ainsi que s’il découvrait la partition, et il faut saluer la qualité de son interprétation, comme son enthousiasme, notamment lorsque les violoncelles emmenés par Nadine Pierre reprirent le thème. Après Walter Piston, la surprise de la soirée était la pièce intitulée Variations on America pour orgue (1891) de Charles Ives, lesquelles transportent d’emblée en... Angleterre, puisque le chant patriotique « America » est assimilable à l'arrangement qu'en fit Thomas Arne et qui n'est autre que l'hymne national britannique, « God save the King/Queen ». Bien qu'étant le doyen des compositeurs de la soirée, Charles Ives l'iconoclaste en est sans doute le plus moderne, n'hésitant pas ici à pasticher le genre de la variation en écrivant de courts mouvements bien différenciés et en faisant sonner l'air archiconnu de manière tour à tour magistrale, grotesque à force d'emphase, ou encore humoristique, voire désopilante, lorsque le rythme est complètement désarticulé ou que la mélodie ressemble à un morceau de foire joué par un orgue de barbarie assez fantomatique. Et Thomas Ospital d’offrir à l’auditoire une nouvelle leçon d’agilité. Samuel Barber revenait avec sa Toccata Festiva pour orgue et orchestre à cordes (1960), oeuvre paisible et confiante, qui enfle jusqu'à une certaine grandiloquence, mais sans rien perdre de son caractère et toujours en conjuguant parfaitement l'instrument soliste et les couleurs de l'orchestre. Ce dernier, très assuré et galvanisé par la direction de Benjamin Ellin, est resté d'une grande netteté. Le second solo, en forme de cadence, aussi beau que brillant, est confié au seul pédalier... et il fallait voir M. Ospital bras tendus sur le banc et regardant ses pieds danser sur toute la largeur de cet unique clavier ! Non content