DR Un tout nouveau festival de musique de chambre vient de naître en Savoie : nouveau quant aux dates, puisque sa première saison vient de se clore le 9 avril dernier, mais nouveau également quant à son approche. Constatant qu’un festival, même s’il s’appuie sur un site ou une salle éponyme, fait généralement peu de place au patrimoine régional de l’endroit où il se déroule, Romain Louveau, son concepteur et organisateur, a voulu créer une “brèche” dans ce monde réglé des festivals dans lesquels, quel que soit le lieu, on entend les mêmes artistes, pour le même public et dans les mêmes programmes. Car c’est bien la variété qui caractérisait cette série de 9 concerts; une variété comprise dans le sens des concerts au XIXe siècle, lorsque se succédaient sur scène différentes formations,

différents genres, et des artistes de différents horizons et de notoriétés diverses. C’était bien le cas dès le premier événement du 28 mars, qui nous permit d’entendre, dans l’intimiste salon Raphaël du Casino d’Aix les bains, à la fois Elsa Dreisig (qui, après avoir obtenu une série de prix prestigieux, fut la révélation “artiste lyrique” des Victoires de la musique 2016) et le duo Fiona Monbet-Pierre Cussac beaucoup plus inouï, qui nous a cependant offert un extraordinaire “échange” jazzy lors duquel les timbres du violon et de l’accordéon se mariaient avec un rare bonheur. Une belle variété également dans ce concert du 1er avril au théâtre Charles Dullin de Chambéry, lors duquel la flûtiste Mathilde Calderini (qui, depuis son prix Kobé, poursuit la carrière internationale qu’on sait) côtoyait la soprano Marie Soubestre et la mezzo Eva Zaïcik. Et si les soirées suivantes ont investi des sites aussi originaux que la piscine des anciens thermes d’Aix, la Médicée (ferme restaurée de Marigny-St-Marcel) ou le belvédère de la Chambotte, c’est bien la qualité des prestations qui demeure, à l’issue de ces spectacles, le cadeau de cette jeune équipe qu’a réunie et accompagnée avec beaucoup de sensibilité et d’art Romain Louveau, avec l’appui de Suzan Manoff, professeure au CNSMD de Paris, marraine de ce déjà prestigieux festival. D’ailleurs les nombreux mécènes et partenaires ne s’y sont pas trompés (des commerçants d’Aix les bains aux institutions comme le conseil régional, la banque de Savoie, France Bleue ou Télérama) qui ont généreusement apporté leur soutien à cette Brèche régénératrice. Nous attendons avec beaucoup d’impatience la deuxième mouture de ce festival qui complète avantageusement celui des « Nuits romantiques », dans cette même Savoie des sommets.