Chiara Amaru © Gavanni Ruggen Ce 16 mars, nous venions à l’Opéra de Rouen assister à un concert-récital de la mezzo-soprano Maria Pizzolato avec l’orchestre de l’Opéra de Rouen, mais on nous annonce juste avant la représentation, que la chanteuse souffrante a dû être remplacée au dernier moment par Chiara Amaru. Qu’on se rassure, même si le programme a été un peu chamboulé, Rossini sera de la fête puisque Chiara Amaru est, nous dit-on, une spécialiste du compositeur.

La structure du concert ne déroge pas aux règles, une symphonie, une soliste et pour terminer une autre symphonie. Dirigé par Anthony Hermus, un jeune chef néerlandais à l’enthousiasme sautillant, il marche en sautillant, conduit en sautillant et, tout sourire, salue en sautillant. Et son enthousiasme, il le communique à son orchestre avec une gestique très appuyée. Disons que la symphonie n° 33 en si bémol majeur de Mozart est “un tour de chauffe“ : l’orchestre affirme doucement sa puissance et trouve sa juste mesure dans le menuetto (rajouté par Mozart pour une représentation à Vienne, dix ans après sa composition originale) et le finale où les vents font preuve d’une belle vigueur.



Arrive alors la chanteuse, une jeune sicilienne au profil de diva et en longue robe noire. De Rossini, elle commence par “Dolce d’Amor parole“, le fameux air que Rossini composa pour remplacer ‘'Di Tanti Palpiti“ qui ne plaisait pas à Adélaïde Malanotte, la créatrice du rôle titre de Tancredi. Il l’aurait même composé en sept ou huit minutes, le temps nécessaire à la cuisson du risotto qu’il avait commandé à l’auberge. Ces douces paroles d’Amor, elle les chante tout en retenue et sa voix se réchauffe avec les fameuses roulades et les ornements de la fin. Une voix juste, enveloppée, on attend avec impatience le morceau suivant. Mais c’est l’orchestre qui revient avec une Ouverture du “Barbier de Séville“ flamboyante et lumineuse qui met en valeur la qualité de ses cordes et une belle maîtrise de ses vents. Elle remplace la cantate pour voix seule de Rossini qui n’est pas dans le répertoire de Chiara Amaru.

Après l’entracte, une autre ouverture, de “L’italienne à Alger“, encore “un tube“ de Rossini où l’orchestre se joue des ruptures, des sautes de rythme. Avant que la chanteuse enchaîne avec un des airs les plus connus du même opéra : “Cruda Sorte“. La voix est chaude, le timbre agréable, de belles couleurs dans le registre des graves avec des aigus puissants, et il en faut pour les vocalises et les roulades du finale ! Joli succès d’une salle pleine, ce qui prouve qu’à Paris comme en province, cette musique se porte bien dès que l’exigence et le professionnalisme sont au rendez vous.

Retour au chant (j’allais écrire Bel canto) : Chiara Amuru nous interprète « Di tanto palpiti », l’autre cavatine de ce Tancrède avec laquelle elle a débuté son récital. Plus brillante, bien chaude, on pressent que, avec le temps, sa voix, (elle est jeune encore) s’approchera plus de celle de Marilyn Horne que de Teresa Berganza. Les amateurs jugeront, mais c’est une jolie performance que nous avons entendue ce soir. Quand on sait que ce programme fut monté en deux jours !

Le concert s’achève avec la Symphonie n°1 de Prokoviev dite « symphonie classique ». Elle porte bien son nom, on se croirait dans une symphonie de Haydn saupoudrée d’une pointe d’ironie. Anthony Hermus la dirige avec passion et une exubérance raisonnée. Dans la gavotte et le finale, souvent entendus, la partie des vents s’épanouit et excelle à restituer les clins d’oeil du compositeur. Hautbois, clarinette et basson s’ingénient et réussissent à faire de cette symphonie une oeuvre au “dandysme“ parfait, telle que l’a voulue Prokoviev. L’orchestre de l’Opéra de Rouen est un bon orchestre, il nous l’a prouvé. La jeune chanteuse sicilienne Chiara Amaru et le jeune chef néerlandais Anthony Hermus ont fait de cette soirée au programme fragile, une vraie réussite.
Jean François Robin