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Catégorie : Concerts

 

Karol Beffa © Astrid di Crollalanza Un orchestre joue toujours bien avec un bon chef ! C’est Inbal qui l’avait assuré dans une interview qu’il nous avait accordée. A l’Auditorium de Radio France on n’en a eu la preuve avec un programme complexe et lourd à interpréter. Précision, maîtrise des timbres, rapidité d’exécution, solistes solides, c’est tout ce que devait avoir sous sa baguette le chef Alain Altinoglu et c’est ce que lui a proposé l’ONF en très grande forme. Il a commencé par une oeuvre de Karol Beffa, une création mondiale, dédiée au chef : « Le Bateau Ivre ». Seul le titre du poème de Rimbaud a stimulé l’imagination de Beffa. Cette composition a reçu le Grand prix lycéen des compositeurs 2017. De seulement 12 minutes on aurait apprécié qu’il développe plus son propos et le complexifie. Certes, il y a quelques beaux moments, mais on aurait aimé être plus perdu avec ce bateau qui nous paraissait n’être qu’une barque ! On était entre Bernstein pour le côté jazzistique et Debussy pour les allusions à la Mer ! Voilà une oeuvre qui malgré le déchaînement final de belle facture, aurait dû nous engloutir. Mais elle nous a laissé sur le rivage. Dommage.


C’est la grande violoncelliste Anne Gastinel qui a interprété cette sorte de concerto pour violoncelle qu'est « Schelomo » d’Ernest Bloch.Ici aussi ce n’était que bruits et fureurs, tout était en cinémascope, à Hollywood, dans un super péplum ! L’orchestre, ses cuivres et son hautbois s’en donnaient à coeur joie. Le violoncelle a amené un peu d’humanité dans cette légende entre Salomon et la Reine de Saba. Les accents « hébraïques » étaient bien présents et sûrement Miklós Rózsa devait connaitre cette oeuvre (1916) pour écrire ses musiques de péplums Ben Hur, Quo Vadis… ! La musique pour l’image, on aime et on n'allait pas bouder notre plaisir ! Il est passionnant de ''voir'' interpréter la Symphonie n°2 de Dutilleux, « Le Double », car on s’aperçoit de la complexité de la partition et du talent que doivent avoir les solistes de l’orchestre : trompette, clarinette, violoncelle, alto, basson, trombone, un quatuor à cordes (magnifique alto et le premier violon), clavecin célesta, timbales, forment une sorte d’orchestre de chambre qui rivalise avec l’orchestre lui-même, une sorte de miroir déformant. Le temps et l’espace, la grande obsession de Dutilleux, l’encrage de toutes ses oeuvres, sont totalement visibles à l’écoute de cette symphonie. Alain Altinoglu a mené ce chefd’oeuvre à bon port et nous a fait admirer la palette sonore de l’ONF, si souvent décrié sous la baguette d’autres chefs ! C’est avec le tube « Bacchus et Ariane Suite n°2 » d’Albert Roussel – coïncidence avec Dutilleux ? Le grand père de ce compositeur a donné des cours d’harmonie à Roussel - que le concert s’est terminé. Là aussi la puissance orchestrale devait être à son maximum et le chef a su électriser son orchestre et faire sentir toute la richesse sonore de cette partition. L’Orient était de nouveau présent. On sait que Roussel a écrit un opéra « Padmâvatî » inspiré par son voyage de noce aux Indes. L’ONF avait l’air heureux de jouer sous la baguette de ce maestro et nous étions ravis de les voir ainsi !
Stéphane Loison