Un retour bien pâlichon à la Philharmonie de Paris !

Janine Jansen & Paavo Järvi © DR Curiosité et nostalgie mêlées expliquaient sans doute la grande affluence du public dans la salle Pierre Boulez de la Philharmonie pour ce premier passage, dans le grand temple parisien de la musique classique, de l’Orchestre symphonique de la NHK Tokyo (tournée européenne) dirigé par Paavo Järvi, ancien directeur de l’Orchestre de Paris, actuellement chef principal de la phalange japonaise. Une nostalgie probablement renforcée par la prestation assez moyenne de la NHK ce soir...Un programme associant le Concerto pour violon de Sibelius (1905) avec Janine Jansen en soliste et la rarement jouée, Symphonie n° 10 de Chostakovitch (1953). Le concerto de Sibelius bénéficie d’emblée de la grande complicité existant entre le chef et la soliste qui ont souvent joué ensemble, et c’est sur un nuage de cordes pianissimo que le violon entame sa déploration crépusculaire qui peu à peu va s’étoffer pour lui donner une place largement prédominante où la virtuosité tient une place de choix. Le jeu de la violoniste est très tendu, avec beaucoup d’engagement sonore (Stradivarius Rivaz-Baron Gutmann 1707)

s’appuyant sur une dynamique orchestrale bien menée, équilibrée, pénalisée toutefois par la pâleur de la sonorité de l’orchestre qui manque singulièrement de couleurs, vents notamment. La mise en place est parfaite, limpide, presque trop, mais le lyrisme et la poésie en sont le plus souvent absents, sauf peut être dans l’Adagio central où Janine Jansen pousse l’émotion à son comble, sans pathos excessif, avant d’entamer un final très cadencé sur un ostinato de cordes graves et de timbales où le violon, très virtuose, impose une expressivité intense, justement calculée, magnifique de complicité et d’allant. Une interprétation magnifique de Janine Jansen qui aurait mérité plus de relief dans l’accompagnement orchestral, somme toute assez plat. La Symphonie n° 10 de Chostakovitch souffrit du même handicap et d’une direction, parfois maniérée, manquant également de relief… Là où nous attendions déploration, phrasé chaotique et acéré, stridences de timbres, transitions abruptes, Paavo Järvi nous offre une vision très policée, presque trop lyrique, sans tension, manquant de contraste, notamment entre cordes graves et petite harmonie. Une lecture très inégale mettant en avant quelques belles individualités (basson) et quelques beaux moments (Scherzo), mais sans vision globale de l’oeuvre. Car cette symphonie, composée en 1953, année de la mort de Staline est chargée d’un potentiel d’évocation exceptionnel : « J’ai bien représenté Staline dans ma dixième symphonie…Elle est à propos de Staline (Scherzo) et des années Staline… ». Voilà le programme qui aurait mérité plus de ferveur, d’âcreté et d’amertume. Une interprétation, finalement, très occidentale, avec la qualité orchestrale en moins… Dommage, un retour du chef estonien très attendu, mais finalement décevant !

(Le premier mouvement du trio de Ravel a été utilisé pour la bande du film d’ « Un Cœur en Hiver » de Claude Sautet)