Imprimer
Catégorie : Concerts

Ensemble Vocello © Guy Vivien Le 30 janvier au collège des Bernardins était organisée, dans le cadre de la résidence de Vocello, une soirée-débat autour de deux questions : « Musique contemporaine : une musique trop savante ? » et « La musique contemporaine et ses racines dans le passé : quel rapport entre modernité et tradition ? » Pour y répondre, un groupe animé par le musicologue Jean-Yves Clément : les compositeurs Thierry Escaich et Philippe Hersant, la chanteuse Catherine Simonpietri, le violoncelliste Henri Demarquette, l’architecte Antony Béchu et Emmanuel Hondré, directeur de production à la Philharmonie de Paris. Cela donna lieu à des échanges à la fois libres et… plutôt consonants.



Après une brève introduction dans laquelle il rappelait la mort du sérialisme intégral et la fin de la radicalité esthétique imposée par la génération de 1925, Jean-Yves Clément demandait aux deux créateurs si l’on pouvait encore parler de musique contemporaine et en même temps si eux-mêmes pouvaient se situer hors de ce champ. Philippe Hersant reconnut l’existence d’un style contemporain, qui se traduit notamment par l’éloignement de la tonalité et de la mélodie, mais qui embrasse des musiques très différentes. Pour lui, l’oreille, organe beaucoup plus paresseux que l’œil, est conditionnée par tout un contexte culturel, par le milieu ambiant. Il est donc naturel que, libéré de tout carcan idéologique, le compositeur puise son inspiration simplement où il se trouve. Et de citer l’exemple de Bartók exilé aux États-Unis. Devant l’insistance du modérateur, pour qui l’auditeur, toujours en quête de plaisir immédiat, a naturellement besoin de lyrisme, Thierry Escaich défendit l’idée que, même si le public avait besoin de se raccrocher à un système de référence, la complexité d’écriture n’était pas un problème en soi et qu’elle avait toujours existé. Il suffisait qu’à l’écoute le résultat parût évident, naturel. Lui-même insiste sur la notion d’œuvre auprès de ses étudiants en classe de composition et reconnaît par ailleurs l’importance de l’improvisation dans son jeu d’organiste. Il arrive que celle-ci nourrisse son travail écrit, ce qui au reste cadre bien dans une époque gagnée par un retour à une forme de spontanéité. Soulignant la parenté qui existe entre musique et architecture, Antony Béchu acquiesca en parlant du dessin initial de l’architecte, à la fois simple et fort. Et Thierry Escaich renchérit en parlant du jaillissement nécessaire à partir duquel on organise.

Intermède musical : deux chansons de John Dowland interprétées par des membres de Vocello – mot-valise pour la réunion des voix de Sequenza 9.3, ensemble dirigé par Catherine Simonpietri, et du violoncelle d’Henri Demarquette. Transition toute trouvée pour aborder la seconde discussion.

Pour Thierry Escaich, le recours (et non le retour) au passé est naturel dans tout travail de conception. La continuité, pas la rupture : confère Bach et Brahms. Philippe Hersant adhère à cette thèse, convenant qu’il puise dans les terreaux baroque et prébaroque. Lui-même, dans sa jeunesse, à l’époque où l’on voulait faire table rase du passé, dut s’arrêter d’écrire durant une période, coupé de son inspiration. Ce qui importe pour lui, c’est de pouvoir mêler son langage propre à la mémoire qu’il a gardée de sources extérieures. Comme dans Voci de Berio. Emmanuel Hondré rappela fort opportunément la réponse du compositeur italien à un musicologue : « La musique est tout ce que j’ai envie d’entendre comme de la musique. » Et affirma que la musique ancienne est contemporaine par le sens qu’elle a pour nous. Catherine Simonpietri conclut en proclamant que, pour elle, chanteuse et cheffe de chœur, la musique n’avait aucune frontière, ni spatiale ni temporelle.

Pour faire écho à cette réflexion sera donnée, le 27 mars, dans le même lieu, un concert de Vocello, qui fera entendre de la musique élisabéthaine et deux pièces récentes inspirées par ces chants anciens, Night’s Birds et Métamorphoses, signées respectivement  Thierry Escaich et Philippe Hersant.

Personne, dans un public très clairsemé, n’osa, comme au bon vieux temps, provoquer cette petite communauté, qui à elle seule ne pouvait pas représenter la diversité de la création actuelle, en posant la question de savoir si contemporain était l’art d’accommoder les restes. Affaire à suivre… ou à devancer ?!