Emmanuelle Haïm prodigue des accompagnements avisés, parfaitement en situation car la vingtaine de musiciens ici réunis font preuve eux aussi de style sous sa conduite agile et inspirée. Menuets, Ritournelle et autre Rigaudon en tambourin sonnent justes. Il en va de même de la suite de Dardanus, uniquement symphonique qui, au fil de ses neuf séquences, livre la quintessence de la langue de Rameau, ses étonnants contrastes : des « Tambourins » vifs, presque endiablés, une « Ritournelle » d'une vraie légèreté, et une « Chaconne » finale de grande allure. La première partie se terminait - et culminait - sur l'air de Télaire de Castor et Pollux : « Tristes apprêts » où Kožená brille par une voix d'une souveraine palette, s'enlaçant avec le solo de basson enamouré de Philippe Miqueu. Et quelle présence ! Venaient ensuite des extraits de Médée de Marc-Antoine Charpentier, un rôle que la chanteuse s'est déjà approprié, illustrant combien cette femme altière mêle haine, fureur et passion, si caractéristiques de la grande tragédie française en musique. Elle enchaînera trois morceaux empruntés aux III ème, IV ème et V ème actes. Ce qui atteint avec le monologue « D'où me vient cette horreur » et l'air final « Ne les épargnons pas » un formidable achèvement. En contraste, la « suite » des Indes galantes apporte une note bien différente car l'opéra-ballet de Rameau, au fil de ses diverses entrées, conte des drames moins vertigineux même si soumis à la fureur des éléments, ce que l'orchestre tonne tempétueux. On admire la tenue de celui-ci dans tous les pupitres ; avec une mention particulière pour le percussionniste Sylvain Fabre, à l'aise au tambour, grosse caisse, machine à vent ou tambour de basque, pour ne citer qu'eux ! En bis, Magdalena Kožená donnera généreusement trois morceaux : une vielle chanson française, pleine d'esprit, puis une aria d'Ariodante de Haendel, avec moult vocalises là encore sur le versant amusé, pour conclure sur un magistral lamento de Monteverdi, accompagnée par Haïm au clavecin avec la basse continue et un pénétrant solo de violon. Merveilleuse soirée saluée par un public attentif, assurément de connaisseurs.