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Les solistes allemands très expérimentés s’étaient joints : Tobias Hechler (alto) relata le miracle et commenta avec émotion la naissance du Sauveur ; il s’imposa dans l’air si convaincant Bereite dich, Zion, de même que Carsten Krüger (baryton-basse), par son phrasé très étudié et par sa gestique baroque suggestive, mais aussi avec des inflexions théâtrales au gré de la partition et par son Aria Grosser Herr, o starker König.
Le Chœur de chambre, qui respire la joie de chanter sous la direction de son fondateur, chef attentif et exigeant, a interprété les Chorals avec infiniment d’expressivité et de profondeur, par exemple le beau texte de Paul Gerhardt : Wie soll ich dich empfangen ? et a assumé le rôle de la turba (la foule) et notamment des Rois mages (Cantate n°5) : Lasset uns gehen gen Bethlehem (Allons à Bethléhem).
Les instrumentistes ont été très disciplinés conformément aux multiples intentions expressives de Thibault Lam Quang. Au violoncelle, Alice Coquart, vivant intensément la partition, a, avec une grande conscience professionnelle, suivi les chanteurs de près. À l’orgue positif, Helga Schauerte, sur la brèche pendant tout le concert, a assumé le continuo avec précision. Aux timbales, Ludwig Francheskez a soutenu énergiquement l’assise rythmique. À l’orchestre, le violon solo Patrick Olive s’est distingué par son assurance, de même qu’Eva Maria Schlieffer (flûte), Claire Caron et Timothée Oudinot (hautbois) et Jean-Charles Denis (trompette). Dans leurs diverses interventions, ils ont bravé toutes les difficultés techniques exigées par les passages de haute virtuosité.
Le programme comprenait aussi la Cantate n°5 : Ehre sei dir, Gott gesungen sur le thème de la gloire, de la louange et de la reconnaissance. L’introduction, de caractère dansant, a été agrémentée notamment par les sonorités de la flûte à bec (E. M. Schlieffer). Le récit de l’Évangéliste relata l’arrivée des Rois mages à Jérusalem (Matthieu, 2, v. 1 sq.) pour chercher le Roi des Juifs ; ils avaient été guidés par une étoile. L’œuvre se poursuivit sous le signe de l’illumination, puis de la crainte du roi Hérode qui demanda où le Christ devait naître. Cette Cantate persuasive, dynamique et pleine d’entrain, se termina par le Choral Zwar ist solche Herzensstube de Johann Franck (1655) faisant allusion à la grâce divine.
Enfin, la Cantate n°3 : Herrscher des Himmels erhöre das Lallen invite à rendre grâce puisque notre salut est assuré et l’Évangéliste rappelle (Luc 2, 15) qu’après le départ des anges, les bergers décidèrent d’aller à Bethléhem. Sara Magenta Schneyer (soprano) — titulaire du Prix spécial Bach attribué par la Fondation Jean Sébastien Bach de Leipzig, après ses études à Dresde et à Montpellier, d’ores et déjà promise à un bel avenir — s’est fait remarquer dans le Duo convergent (soprano/basse) : Herr, dein Mitleid, dein Erbarmen traduisant d’une voix lumineuse la grâce, l’amour du Seigneur et sa fidélité. Quant au Chœur, il a, avec l’orchestre, contribué à l’éclat et au relief du Choral : Seid froh dieweil et à la reprise du Chœur Herrscher des Himmels erhöre das Lallen. Décidément, Thibault Lam Quang est un chef « pas comme les autres » : il obtient de choristes non professionnels une « sonorité de professionnels », avec ce timbre typique du Chœur de chambre Les Temperamens Variations. L’audition de ces Cantates, qui ont bénéficié de très nombreux rappels enthousiastes, a assurément été, en ce temps de l’Avent, une expérience (ein Erlebnis) intensément vécue par tous.