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Une œuvre bâtie sur des orchestrations de compositions mozartiennes pour clavier, dans le style « A la manière de… » sorte de réincarnation du passé dans une œuvre moderne d’une grande fidélité à l’esprit mozartien, cantabile et galante, où l’on regrettera la sècheresse relative des cordes compensée par un très beau solo de violon de Luc Héry. Beaucoup plus intéressante fut l’interprétation magnifique de la Symphonie Leningrad. Composée en 1941, en partie sous les bombes lors du siège de la ville par les troupes allemandes, première symphonie de guerre, symphonie mythique, véritable moment d’histoire emblématique de la lutte contre le nazisme. Photographiée, microfilmée, cachée dans une boite de conserve, la partition fut envoyée à New York où elle fut dirigée dès 1942 par Toscanini, par Mvravinski à Novossibirsk, par Samosoud à Kouïbychef, et par Karl Eliasberg à Leningrad où trois instrumentistes moururent de faim avant la fin des répétitions, puis diffusée dans le monde entier. Une œuvre à part dont l’auteur donna plus tard une autre clé de lecture dans ses Mémoires, rappelant les réminiscences et analogies pouvant exister dans son esprit entre la cruauté de ses années de guerre et celle des années de purges staliniennes antérieures…. Constituée de quatre mouvements, il s’agit de la plus longue des symphonie de Chostakovitch dont Neeme Järvi donna une lecture tout à fait passionnante, plutôt dans la lignée d’une vision européenne, plus lente, plus lyrique, moins abrupte que des interprétations russes de référence comme celles de Kondrachine notamment. Un premier mouvement saisissant d’effroi avec un grand crescendo sur un rythme de marche scandé par les roulements obstinés de la caisse claire se terminant sur un murmure préludant à un silence résigné, un second mouvement très ambigu, caractéristique des compositions de Chostakovitch, à la fois lyrique (cantilène du hautbois et du cor anglais) grinçant et burlesque, où les associations de timbres peuvent paraitre surprenantes, comme la clarinette basse associée à la harpe, un troisième mouvement comme une sorte de vaste déploration mêlant flutes, cordes et harpe, espèce de lamento avec contrechant d’altos rapidement interrompu par une marche guerrière avec martèlements et dissonances retombant dans une fausse sérénité avec une longue tenue du dernier accord précédant sans interruption le final apocalyptique. Une interprétation, répétons le, époustouflante, sollicitant tour à tour tous les pupitres d’un National au mieux de sa forme, avec des cuivres divisés, renforçant la clarté du discours. Une dynamique tendue, riche en nuances et contrastes, une parfaite organisation des plans sonores, une direction précise s’appuyant sur une gestique sobre et pertinente. Du grand art pour une interprétation qui restera, à n’en point douter, dans les mémoires.