l’émotion pure. Les Six Etudes en forme de canon de Robert Schumann, transcrite par Debussy pour deux pianos, rappelaient la vénération de Schumann pour J.S Bach, mêlant dans un syncrétisme parfait, sous les doigts de Lilya Zilberstein et Akane Sakai, l’élévation céleste du Cantor et les tourments romantiques de Schumann. Le Trio pour piano et cordes n° 2 de Chostakovitch (Martha Argerich au piano, Renaud Capuçon au violon et Edgar Moreau au violoncelle) concluait en beauté cette première parie sur une allégorie du temps, suspendu dans le premier mouvement, fracassé dans le second, élégiaque dans le troisième, obsédant et macabre dans le dernier. Après la pause, La Valse de Ravel, dans sa version pour deux pianos, permettait à Gvantsa et Khatia Buniatishvili de faire montre de leur incroyable virtuosité dans cette apothéose de la valse viennoise où se conjuguent tournoiement fantastique et issue fatale, le compositeur français masquant, ici, sous la pudeur d’un grand art, les sentiments tragiques ressentis à la fin de la Grande Guerre. Rarement donnée, la Sonate pour violoncelle et piano de Szymon Laks (1901-1983), interprétée par Edgar Moreau et Akane Sakai, fut une découverte pour beaucoup. Son étonnant troisième mouvement, Presto, par son rythme envoûtant préfigure l’expérience minimaliste que Steve Reich développera quelques années plus tard. Enfin, au terme d’une longue soirée, Martha Argerich entourée de Nicolas Angelich et de Jean Claude Gengembre et Camille Baslé aux percussions, retrouvait la Sonate pour deux pianos et percussions de Béla Bartók comme une vieille connaissance puisqu’elle en a enregistré la version de référence avec Stephen Kovacevich il y a plus de quarante ans ! Une œuvre complexe réussissant la difficile synthèse entre un piano percussif et la richesse timbrique des percussions, visant avant tout chose une homogénéité sonore dont l’interprétation enthousiasmante fit lever la salle. Un magnifique concert et un triomphe bien mérité pour la grande dame du piano.