Imprimer

différentiation dynamique. Sans parler d'une extrême complexité. La lecture de Salonen est d'une précision au scalpel dans ces diverses séquences aux courts développements, avec des retours en arrière et de constants changements de tempo, des blocs qui se font et se défont. Où apparait comme un refrain, anticipation du thème du choral final. Les instrumentistes anglais sont d'une prodigieuse tenue offrant une palette irrésistible. La Troisième Symphonie de Beethoven forme un contraste on ne peut plus marqué. Avec l'entrée de l'entier orchestre symphonique, bien sûr, mais aussi par le ton adopté. La vision de Salonen est d'un classicisme revisité proche de cette musique révolutionnaire qui n'évite pas un certain ascétisme, amplement défendu par un orchestre dont la cohésion éclate à chaque mesure. L'allegro con brio installe une fulgurance qui ne se démentira jamais ensuite. À la différence de Simon Rattle qui privilégie une manière souple, proche de la danse, Salonen s'avère plus au pied du rythme, presque sec en apparence, quoique le résultat ne donne jamais le sentiment de rudesse. La « marcia funebre » a un caractère solennel plus que triste et on aura remarqué la sûreté des trois cors, l'agilité du timbalier et surtout l'ensemble des pupitres des bois d'une étonnante clarté. Le vivace du scherzo trace des traits joyeux et le finale est justement grandiose sans inutile opulence.   

 

 

En seconde partie, La Cinquième Symphonie de Sibelius (1919) découvre d'autres perspectives que la direction très physique du chef va transfigurer. Au sortir de la Grande guerre, le compositeur finnois propose une nouvelle symphonie qui eu égard à sa tonalité de mi bémol peut se situer dans le droit fil de l'Héroïque de Beethoven. En tout cas bien des commentateurs ont voulu y voir quelque lointaine parenté. On a souvent décrié la musique symphonique de Sibelius. Si elle est éloignée des schémas classiques, elle en créé d'autres, ancrée dans l'évocation de la terre natale du compositeur, de ces contrées nordiques et leurs immensités, ce que Salonen sent bien sûr du dedans. D'où une foison de thèmes basés sur le timbre plus que sur la stricte forme, une mouvance du discours et des enchaînements presque improbables. L'interprétation haletante souvent, voire incandescente aux ultimes pages du premier mouvement, mais aussi contemplative (« andante mosso, quasi allegretto » médian), vibre au son de l'orchestre anglais dont Salonen forge le son de manière aussi singulière qu'il le fit à Aix, l'été dernier, dans le Pelléas et Mélisande de Debussy ou Oedipus Rex de Stravinski. Là encore, une «  association » chef-orchestre qui a valeur de référence. En bis est donné un extrait d'Apollon musagète, la « danse d'Apollon » que tressent les seules cordes. Joli coup que de finir par Stravinski et par les cordes là où l'on avait débuté avec les vents. Une ultime remarque : une salle loin d'être pleine comme on aurait pu le penser avec un tel chef et pareil orchestre. L'attrait de la Philharmonie de Paris jouerait-il un mauvais tour à la salle de l'avenue Montaigne ? Une réflexion à creuser au fil de la saison.