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Catégorie : Concerts

Au festival Chopin de l'Orangerie de Bagatelle, François Dumont a donc joué Chopin. On sait que Chopin excella dans les pièces brèves, François Dumont a donc concocté un programme de pièces brèves. Pas d'intégrales ni de longs morceaux. Et c'est une gageure de jouer devant un public averti un répertoire entendu et réentendu mille fois. Le pianiste a d'abord précisé qu'il enchaînerait les œuvres sans interruption ni évidemment applaudissements qui viendraient rompre le cours de ce concert qu'il considère comme une longue invitation à la rêverie. François Dumont est français et on peut affirmer qu'il joue Chopin à la française, en privilégiant le côté raffiné et élégant de cette musique tout en préservant ses solides racines slaves. Dans ce récital, les Nocturnes ont une place de choix.

Le Nocturne en ut dièse mineur est le plus sombre de tous et le pianiste dont une des très grandes qualités est de faire sonner clairement des basses puissantes, en use judicieusement pour rythmer ce morceau qui exalte la passion et gronde avant de se laisser mourir dans une caresse. Les autres Nocturnes sont faits de désolation et de poésie mais François Dumont, grâce à la fluidité de son jeu et à l'économie de ses gestes, échappe au sentimentalisme et fait mentir Field, lui qui regrettait que les Nocturnes ne soient rien de plus que de « la musique de chambre de malade ».

 

 

La Première Ballade, ce chant d'un amour brisé entre Chopin et Marie Wodzinska, tout en nuances entre la fougue et le désespoir, entre arpèges et petites notes, François Dumont l'interprète en épurant le romantisme et, comme le voulait Chopin, il ne joue ni les forte ni les piano avec la pédale mais avec les doigts. Dans la Deuxième Ballade, véritable flot d'harmonies dissonantes et d'appogiatures, François Dumont charge chaque note d'émotion et respecte la règle du compositeur qui voulait que « la main gauche soit le maître de chapelle » et que la main droite joue sa partie en la suivant ad libitum. Un des plus beaux morceaux du concert. Dans la Valse en ut dièse mineur, on retrouve la manière  délicate et feutrée d'un Dinu Lipatti,  dont on écoutait jadis le microsillon dans les salons des notaires et des médecins de province. Musique intemporelle, interprétation intemporelle. Avec les deux impromptus (n° 1 et n°3), musique de salon par excellence, on se croirait invité chez Chopin, place Vendôme. Ici le rubato cher au compositeur est roi et François Dumont le maîtrise parfaitement, ce rubato si subtil qui étire la mesure comme si le morceau était une improvisation sans cesse recommencée, de ces improvisations dont raffolait Chopin. Avec son  toucher délicat, François Dumont, termine par La Berceuse, à la basse obstinée, en jetant un voile "d'ingénuité pur comme le souffle d'un enfant". Puis il revient combler un public enthousiaste avec trois bis :  une Étude et deux Valses Brillantes. Ah ! J'oubliais, à la fin d'une des Ballades, le cri strident d'un des fameux paons du parc de Bagatelle était exactement dans le ton