Qu'il est rare d'entendre cet ensemble si harmonieux, la féerie shakespearienne portée par la merveilleuse musique de Mendelssohn. Ce fut le cas, à Londres, en cet endroit magique qu'est Middle Temple Hall. Ce lieu paisible, au demeurant très dickensien, situé dans le quartier de la Loi, est l'un des plus beaux exemples architecturaux élisabéthains. On peut admirer notamment le plafond en bois de chêne de Windsor Forest. L'acoustique y est donc excellente. Cette soirée était l'occasion de célébrer le 400e anniversaire de la mort de Shakespeare qui a probablement écrit sa comedy vers 1594/96. Elle a été conçue pour commémorer la Fête de St Jean du 24 juin. Mendelssohn a composé sa musique en deux temps. D'abord en 1826, à

ses débuts, il concevait une Ouverture, opus 21 ; puis, en 1842, il réalisait ce que d'aucuns nomment une « musique de scène », opus 61, à l'occasion d'une production de la pièce donnée à Postdam l'année suivante. Or, il s'agit de bien plus que d'une « musique de scène ». Mendelssohn était un homme de haute culture et de grande imagination. Sa connaissance de la culture et de la civilisation anglaises lui a permis d'entrer dans ce monde extraordinaire et unique, ce « théâtre du monde » conçu par Shakespeare. L'œuvre du barde est complexe, cette « comédie », en particulier. Elle ne saurait être traitée à la légère. Elle est issue d'une longue tradition folklorique avec un riche symbolisme à travers lequel de nombreux « mondes » s'interpénètrent de même que le tragique et le comique. Mendelssohn a bien saisi cela. Les musiciens de notre soirée aussi. En l'occurrence, il s'agissait de jeunes interprètes : The Outcry Ensemble dirigé par James Henshaw, ancien étudiant de Clare College, Cambridge. Les chanteurs, excellents, étaient conduits par Aidan Oliver, Director of Music de St Margaret's Church Westminster, l'Église du Parlement. Les comédiens, également jeunes pour la plupart, ont fait preuve de talent dans cette salle où la scène était située au milieu devant l'orchestre. La mise en scène de Michael Vivian rendait justice à l'esprit d'une féerie qui, pourtant, ne doit absolument rien à Walt Disney. Le rôle de Puck est essentiel et c'est généralement là que le bât blesse. Le plus souvent, on en fait un charmant, espiègle lutin. Pourtant, c'est tout le contraire. Il est l'incarnation du mal en soi. L'acteur et marionnettiste Joe Sleight qui l'incarnait n'a malheureusement pas très bien saisi cette difficulté. Quoi qu'il en soit, cette production était remarquable et, alors, je ne me doutais pas que deux soirs plus tard, j'allais assister à une représentation détestable de cette pièce au Globe. Mais ce sera pour après …