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Catégorie : Concerts

Affluence des grands jours à la Légion d'Honneur pour le concert de musique de chambre consacré à Brahms dans le cadre du festival 2016. C'est que se produisaient le violoniste Renaud Capuçon qui, comme peu aujourd'hui, peuvent assurer une salle pleine, mais aussi le non moins réputé Nicholas Angelich au piano, et last but not least, la chanteuse Karine Deshayes. Un trio à chérir. All Brahms programm donc pour ce concert vespéral sous l'œil de Napoléon. La Sonate pour violon et piano N° 2 en la majeur, op. 100, est composée en 1886, au bord du lac de Thun où le musicien coulait des jours heureux. Contrairement à la mélancolique Première sonate, l'atmosphère est ici celle d'un rêve poétique. Qu'aucune ombre ne vient troubler.

L'interprétation de Capuçon et Angelich est méditative, retenue, presque grave. Ce qui transparait dès l'allegro amabile, en particulier dans le développement. Impression que confirme l'andante tranquillo. Ce mouvement qui comme souvent chez Brahms, cumule les fonctions d'andante et de scherzo, débute par un thème heureux énoncé par le violon, repris au piano. Le mouvement se révèle quelque peu fantasque avec un épisode vivace et un usage du mode cyclique qui remet en boucle le thème d'origine. Les deux protagonistes montrent une complicité qu'on sent déjà bien établie. Le finale allegretto grazioso, un rondo en trois séquences, prolonge le sentiment de tendresse et de ballade élégiaque qui aura baigné toute la composition. Venaient ensuite les Zwei Gesänge (deux chants) op. 91 pour voix grave, alto et piano. Datant de 1884, peu après la Troisième symphonie, ils offrent une combinaison unique en son genre chez Brahms. Mais somme toute idéale pour traduire la mélancolie au cœur de sa musique. Ce sont deux duos pour voix d'alto et alto avec accompagnement de piano. Le premier, « Gestillte Sehnsucht » (désir apaisé), sur un poème de Friedrich Rückert, est un adagio espressivo évoquant la douce atmosphère d'une journée au crépuscule qui n'apaise peut-être pas les battements d'un cœur enamouré. Après une large introduction de l'alto, que joue Capuçon, la voix s'élève et ouvre un dialogue ému avec celui-ci. Karine Deshayes y sera bouleversante de simplicité, le regardant fascinée. La seconde mélodie « Geistliches Wiegenlied» (berceuse sacrée), un andante con moto sur un texte traduit de Lope de Vega, est inspirée d'un chant de Noël du XVI ème siècle et trouve son origine chez Brahms dans une pièce  « Geistliches Wiegenlied », de 1864. Là encore les entrelacs de la voix grave et de l'alto sont une merveille d'émotion. L'interprétation de Karine Deshayes dont le timbre moiré et velouté, est au plus près de cette prière intime. L'intensité du jeu de Capuçon et le perspicace accompagnement d'Angelich complètent un moment de grâce qui vaudra d'être bissé en fin de concert.

 

Il se poursuivait par la Troisième Sonate pour violon et piano op.108 (1888). La plus développée, dont la richesse thématique sans cesse se renouvelle. Ainsi de l'allegro qui va jusqu'à introduire de nouveaux matériaux dans le développement lequel présente cette autre particularité d'être bâti sur l'idée originale d'une pédale de dominante tenue par la main gauche du piano. La vision de Capuçon et Angelich est énergique, comme exprimé durant la large coda. L'adagio, une des inspirations mélodieuses les plus abouties de Brahms, les trouve au sommet de leur art : une rêverie à l'état pur. Le court scherzo formera un intermède joyeux dans sa rythmique capricieuse, le ''con sentimento'' ajoutant une note aérienne. Ils abordent le finale presto agitato on ne peut plus engagé, jusqu'à la brillante coda. La paire fonctionne décidément à la perfection et on aura admiré combien le violon solaire de Capuçon sait se tinter de belles couleurs mordorées dans le médium et le grave, et comme le piano d'Angelich est plus qu'une réplique.