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Catégorie : Concerts

Un programme rare et particulièrement alléchant, réunissant Joseph Suk, Bohuslav Martinu et Igor Stravinski, pour ce concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio France, au Grand Auditorium, dirigé par le jeune chef tchèque Jakub Hrusa, spécialiste de ce répertoire. Né en 1981, il fut, il y a une dizaine d'années, chef assistant du « Philhar » et devrait tout prochainement prendre la direction de l'Orchestre symphonique de Bamberg. Une soirée  se déroulant autour du fantastique… Scherzo fantastique de Joseph Suk (1874-1935) en ouverture.

 


Jakub Hrusa ©Prague Philharmonia

Un poème symphonique composé en 1903 porteur de tout l'imaginaire fantastique de Bohême où l'on peut sentir l'influence de Dvořák, beau-père de Suk. Une partition à la fois lyrique, dansante et contrastée aux accents slaves, à l'orchestration brillante mettant tout particulièrement en avant l'excellent pupitre de violoncelles et la petite harmonie. Venaient ensuite deux pièces de Bohuslav Martinu (1890-1959). Le concerto pour violoncelle n° 1 interprété par le celliste germano-canadien Johannes Moser, une œuvre virtuose, composée en 1930, révisée et créée dans sa version définitive par Pierre Fournier en 1955. Trois mouvements s'y succèdent, le premier assez abrupt et conflictuel usant d'une étonnante force rythmique faite de ruptures et de syncopes, le second plus serein introduit par un superbe solo de trompette qui s'efface pour laisser place à une cantilène élégiaque du violoncelle, le troisième passionné. Une interprétation marquée par le dynamisme, peut-être un peu aride, la clarté du jeu et l'engagement du soliste qui déchaîna l'enthousiasme du public. Après la pause, Martinu toujours, avec la Symphonie n° 6 que le compositeur avait envisagé d'appeler Nouvelle Symphonie Fantastique, en référence à Berlioz, pour finalement retenir le titre de Fantaisies symphoniques justifié par la liberté formelle et le caractère fantasque et inquiétant de la partition. Une œuvre datant de 1955, dédiée à Charles Munch, qui aligne trois fantaisies très complexes, nécessitant une direction tirée au cordeau, dont Jakub Hrusa donna une lecture à la fois passionnante et tendue menant le Philhar sur des sommets rarement atteints. Enfin pour en terminer avec le fantastique, le Scherzo fantastique de Stravinski (1882-1971) une œuvre de jeunesse composée en 1908, vaguement inspirée par la Vie des abeilles de Maeterlinck mais que le compositeur considéra toujours comme de la musique pure témoignant déjà d'un sens du rythme, des timbres et de l'orchestration hors du commun qui se confirmeront plus tard…. En bref une soirée formidable, au sens étymologique du mot. Bravo à tous !