Imprimer
Catégorie : Concerts

 Féru de recherches musicologiques, l'argentin Leonardo García Alarcón avait convié, salle Gaveau, à cheminer à travers la musique baroque d'Amérique du sud. Pour montrer les influences réciproques existant entre Europe et continent sud américain. Un mouvement actif des deux côtés de l'Atlantique, explique-t-il dans un mot d'introduction, le mouvement ne s'étant pas fait à sens unique, de l'est vers l'ouest, mais bien plus sûrement de l'un vers l'autre continent.

Si l'Espagne et le Portugal ont avec la conquête des Amériques, transporté leur culture, ils ont trouvé en ces lointaines contrées un terrain propice pour édifier un corpus qui va s'enrichir rapidement pour devenir une source inestimable de richesses. Comme il en ressort de ces manuscrits découverts dans les bibliothèques des églises, du Mexique à l'Argentine. La musique qui voit le jour en Amérique du sud, depuis le XVI ème siècle offre ces deux caractéristiques d'impliquer aussi bien le mental que le physique et de ne connaître pratiquement pas de limite entre chants populaires et sacrés. Aussi le programme mêle-t-il adroitement pièces profanes et morceaux religieux. Autre particularité encore : celle qui veut que la langue autochtone soit utilisée dans la musique sacrée. Comme il en va de la pièce qui ouvre la soirée, « Hanacpachap » à quatre voix, écrite en langue locale, le quechua, d'un auteur anonyme, qui est un chant à la gloire du Créateur. Vont ensuite alterner des pièces profanes de Matheo Romero (c.1575-1647), Gaspar Fernandez (c. 1555-1629), Juan de Araujo (c. 1646-1712), Mateo Flecha (1481-1553) ou Tomas Luis Torrejon y Velasco ( 1644-1728), et sacrées, du même Juan de Araujo ou de Tomas Luis de Victoria (c. 1548-1611), le plus célèbre sans doute de ces musiciens. Les enchaînements sont diaboliquement pertinents : contrastes d'atmosphères, de modes, de rythmes. Bien sûr, les morceaux de style populaire provoquent une adhésion immédiate tant on est vite imprégné de cette rythmique dansée endiablée qui pousse au déhanchement, comme « Vaya de gira, vaya de chanza » (Ah ! Que de tours, de plaisanteries, de plaisirs !), ou « La Bomba », mini tranche de vie racontant un naufrage. Mais le « Salve Regina », sous la plume de Juan de Araujo ou de Tomas Luis de Victoria, et le « Magnificat » de Francesco Correa de Araujo dispensent des joies tout aussi profondes. Car l'Ensemble Cappella Mediterranea, que García Alarcón a fondé en 2005 à Genève, et ses admirables solistes, comme l'ensemble instrumental Clematis en sont les dévoués serviteurs sous la houlette d'un chef dont on ne peut un instant mettre en doute la sincérité de la démarche. On admire les instrumentistes, en particulier Quito Gato qui se partage entre théorbe, guitare et percussions, Monica Pustilnik, vihuela, ou Marie Bournisien à la harpe baroque. Mais la palme revient nul doute à la douzaine de chanteurs du Chœur de Chambre de Namur dont l'engagement quasi scénique n'a d'égal que la vocalité immaculée. Justement fêtés, ils donneront trois bis dont deux duos. Ceux-ci, explique García Alarcón, démontrent la vitalité actuelle du style baroque en Amérique du sud, les compositeurs contemporains se plaçant dans les traces de leurs aînés. La chanson samba « Alfonsina y el mar », de Ariel Ramirez, auteur de la Misa Criolla, hommage à la poétesse Alfonsina Storni qui se suicida dans les flots de Mar del Plata, est un moment de grâce et d'émotion grâce à la symbiose entre la voix intense de la soprano Mariana Flores et le son intimiste du guitariste Quito Gato. Une belle soirée de découvertes musicales.