Trio Zadig / DR Le Trio Zadig (Boris Borgolotto, violon ; Marc Girard Garcia, violoncelle ; Ian Barber, piano ) a joué le Trio de Ravel (1915). C’est une œuvre en quatre mouvements. Le premier mouvement (Modéré) reprend un thème basque. Le second mouvement (Pantoum) se réfère à cette forme poétique malaise qu’est « le pantoum ». Elle avait déjà été utilisée par Victor Hugo ou Baudelaire. Elle se caractérise par un système de quatrains à rimes croisées (le deuxième et le quatrième vers fournissent les premier et troisième vers du suivant ; le dernier vers de la pièce répète le premier).

Eric Hoeprich /DR En parallèle d’expositions temporaires, l’auditorium d’Orsay, avec son directeur Luc Bouniol-Laffont et sa programmatrice Sandra Bernhard, propose toujours des concerts originaux par le biais d’artistes pas toujours entendus et d’œuvres peu ou pas connus. « Le Romantique Authentique » du 21 février au 13 juin 2017 tel est le programme. Un cycle de quatre concerts permet de découvrir ou redécouvrir, à la manière des baroqueux, un répertoire romantique interprété sur instruments d’époque. Cette recherche « d’authenticité » qu’avaient commencé à entreprendre Harnoncourt, Van Immerseel, Gardiner, avec Beethoven, Berlioz, Schubert et d’autres grands compositeurs romantiques, toute une jeune génération l'a continuée dans ce sens. Ursula Dütscler, pianiste bardée de prix internationaux et Eric Hoeprich, clarinettiste hollandais, ont interprété avec des copies d’instruments d’époque un programme d’œuvres peu jouées.

> L'Histoire du Soldat est un mimodrame composé pour trois récitants (le Lecteur, le Soldat et le Diable) et sept instrumentistes. Elle précède la période néoclassique de Stravinsky. Le u compositeur est alors réfugié en Suisse du fait de la Révolution russe. Le chef d'orchestre Ernest Ansermet le présente à Charles-Ferdinand Ramuz. L’ambiance de l’œuvre comporte plusieurs tableaux et emprunte à la musique de cirque et au jazz. L'argument de la pièce reprend un vieux conte russe compilé par Alexandre Afanasiev. Un soldat pauvre vend son âme (représentée par le violon) au Diable contre un livre qui permet de prédire l'avenir.

Ensemble Vocello © Guy Vivien Le 30 janvier au collège des Bernardins était organisée, dans le cadre de la résidence de Vocello, une soirée-débat autour de deux questions : « Musique contemporaine : une musique trop savante ? » et « La musique contemporaine et ses racines dans le passé : quel rapport entre modernité et tradition ? » Pour y répondre, un groupe animé par le musicologue Jean-Yves Clément : les compositeurs Thierry Escaich et Philippe Hersant, la chanteuse Catherine Simonpietri, le violoncelliste Henri Demarquette, l’architecte Antony Béchu et Emmanuel Hondré, directeur de production à la Philharmonie de Paris. Cela donna lieu à des échanges à la fois libres et… plutôt consonants.

La haute figure de Kaija Saariaho au Festival Présences à la Maison de la Radio

Kaija Saariaho / DR La 27e édition du Festival Présences fut un magnifique arc de triomphe élevé en l'honneur de Kaija Saariaho, dont il avait l'ambition de faire le portrait en quelque 25 œuvres réparties sur 18 concerts, auxquelles il faut ajouter les extraits donnés lors de l'entretien de la compositrice et du producteur Arnaud Merlin. Mais pour faire un portrait en mots, pour tenter de décrire cet univers si particulier, il convient de faire un détour (qui n'en est pas vraiment un) par les sources extra-musicales qui le traversent de part en part.


Lucie Prod'Homme © Jean-MarcVidal
Tombant au beau milieu des vacances scolaires, le concert tout public que programme chaque année le festival Présences de Radio France n'aura peut-être pas accueilli autant d'enfants que souhaité. Il n'en a pas moins réjoui tous ceux qui étaient au studio 104 ce samedi matin de février pour assister à un spectacle de créations qui impliquait plusieurs instances de la Maison Ronde telle que la Maîtrise et le Groupe de Recherche Musicale (INA-GRM). En lever de rideau, c'est une pièce courte autant qu'attachante de Kaija Saariaho, compositrice à l'honneur de cette 27ème édition de Présences, qui est à l'affiche. Horloge, tais-toi convoque la Maîtrise de Radio France et Anne le Bozec au piano, tous dirigés par Jean Deroyer, La pièce a été écrite en 2007 pour le chœur du conservatoire municipal du Centre – où chantait Aliisa, la fille de la compositrice - sur un texte de son fils Aleski, alors âgé de 15 ans. Aussi fraiche que malicieuse, toute ravélienne dans l'âme, la musique joue avec le tic-tac incessant, irritant, obsessionnel de l'horloge que les voix tentent sans succès d'arrêter.

Matthias Goerne & Leif Ove Andsnes. Cycle Schubert au Théâtre des Champs-Elysées : L’eau et le feu.

Matthias Goerne & Leif Ove Andsnes © Hiroyuki Ito. Voilà bien un véritable marathon vocal entrepris par le fameux baryton allemand en compagnie de son comparse le pianiste norvégien Leif Ove Andsnes, duo rodé, s’il en est, connaissant son Schubert sur le bout des doigts. Un tandem qui fonctionne parfaitement, la retenue et la rigueur rythmique de l’un (piano) canalisant la théâtralité parfois exubérante de l’autre (chant). Trois cycles de lieder bien connus en trois récitals voyant se succéder La Belle Meunière, Le Voyage d’hiver et Le Chant du cygne. Trois corpus bien différents exprimant, chacun à leur manière, l’intime et les tourments de l’âme autour de thèmes chers au Romantisme allemand comme le voyage, l’amour, l’espoir, la déception, la tristesse et la mort.

Yannick Nézet-Seguin © Marco Borggreve. Déjà à la tête de l’Orchestre de Philadelphie, de Rotterdam, de l’Opéra de Montréal et tout récemment du Metropolitan Opera de New-York, le jeune chef québécois de 41 ans Yannick Nézet- Séguin, nouvelle étoile « filante » de la direction d’orchestre dirigeait pour ce concert, étape parisienne d’une tournée européenne, la somptueuse phalange européenne créée en 1981 à partir de l’Orchestre des jeunes de l’Union Européenne. Une formation qui a, depuis quelques années, noué des liens étroits avec ce chef talentueux. On se souvient de l’intégrale des symphonies de Mendelssohn donnée ici même avec ce même orchestre l’an passé. Chaque apparition du COE est un évènement musical en soi, tant la qualité artistique est impressionnante.

Mariss Jansons © Hiroyaki Ito A 74 ans, la silhouette peut paraitre fragile, mais c’est d’un pas décidé et un large sourire aux lèvres que le chef letton, Mariss Jansons monte d’un saut rapide sur le pupitre, pour diriger, toujours avec la même excellence, son Orchestre de la Radio Bavaroise dont il est le chef titulaire depuis 2003. Point n’est besoin de présenter, ni même de résumer, ici, une immense carrière reconnue partout de par le monde, expliquant l’affluence des grands soirs à la Philharmonie de Paris. Un programme original, éclectique associant une œuvre peu connue, Antigone de Vladimir Sommer, un célèbre cycle de lieder, les Kindertotenlieder de Gustav Mahler et les Danses Symphoniques de Sergeï Rachmaninov. Autant d’occasions de faire valoir la magnificence de l’orchestre, ainsi que la science de la direction de Mariss Jansons capable de réaliser tout au long de cette soirée la difficile synthèse entre somptuosité orchestrale et pulsion chorégraphique.

Christian Gerhaher © Jimi Rakete Sony Classical Dans le cadre de sa Biennale d’art vocal, la Philharmonie de Paris recevait pour un récital unique, le fameux baryton, Christian Gerhaher, dans un programme de Lieder consacré en totalité à Robert Schumann, le Lied schumannien étant reconnu, entre autres, comme un des domaines de prédilection du chanteur allemand, accompagné comme à son habitude par son complice, le pianiste Gerold Huber. Un programme associant Drei Gesänge op. 83, Fünf Lieder et Gesänge op. 127, Sechs Gedichte und Requiem op. 90, Romanzen und Balladen op. 49, Liederkreis op. 24 et Vier Gesänge op. 142. Le lied occupe une place essentielle dans l’œuvre de Robert Schumann (1810-1856). C’est à partir de 1840, après s’être longtemps consacré au piano, que Robert entreprend ses premiers lieder avec notamment son Liederkreis op. 24.

Leonidas Kavakos & Yuja Wang © Nicolas Brodard. Deux solistes prestigieux reconnus de part le monde, réunis pour un superbe récital dans la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. Un concert au programme audacieux certainement, intéressant assurément, et quelque peu ardu, associant des œuvres de musique de chambre de Janacek, Schubert, Debussy et Bartók. Quatre sonates magnifiques qui prirent sous les doigts des deux solistes des notes irisées, pleines de charme et de poésie, passant avec une confondante facilité de l’intimité de la confidence au flamboiement virtuose. La Sonate pour violon et piano de Leos Janacek (1854-1928) datant de 1922 ouvrait la soirée, œuvre de la maturité, en quatre mouvements se déroulant dans une ambiance intimiste, au discours nourri de mélancolie et de liberté, très contrastée, laissant de larges intervalles au silence, qui aurait sans doute tiré bénéfice d’un cadre plus restreint que le grand vaisseau de la Philharmonie, d’autant que la lecture qui nous en fut faite sembla parfois se resserrer dans un étroit dialogue aux sonorités un peu retenues.

Trio Chromosphère et le compositeur Benoit Sitzia © Charles Bodinier Preuve de sa vitalité et de son rayonnement, l'École Supérieure de la Musique Bourgogne Franche-Comté (ESM) dirigé par Bernard Descôtes fait chaque année à la même date son festival sur plusieurs journées (du 2 au 5 février) fédérant les forces vives des étudiants, toutes disciplines confondues. C'est dans la luxueuse et bien sonnante Salle de Flore du Palais des Ducs et des États de Bourgogne qu'avait lieu la majorité des concerts, tous fort bien suivis par un public fervent et chaleureux.

Valery Gergiev © Alberto Venzago Le public était venu en nombre pour ce premier concert des Münchner Phiharmoniker à la Philharmonie de Paris, conduits par leur nouveau chef principal, le fougueux et très médiatique Valery Gergiev. Une affluence motivée également par la curiosité, et sous tendue par la question de savoir comment allait évoluer désormais cette prestigieuse phalange, naguère dirigée par les plus grands, et notamment par l’emblématique Sergiu Celibidache, entre les mains du chef russe qui la dirige depuis 2016. Un chef discuté, sinon discutable, assez irrégulier dans ses interprétations, capable du meilleur comme du pire, dont les dernières prestations ne soulevèrent pas toujours l’enthousiasme…Un programme copieux, maintes fois rabâché (Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, Concerto pour piano n° 3 de Rachmaninov et Symphonie n° 1 « Titan » de Gustav Mahler) qui permit rapidement de tirer les trois enseignements de la soirée, qualité indiscutable de

©Jean-Baptiste-Millot En juillet, à Bagatelle François Dumont nous avait donné une belle prestation, il avait joué Chopin.
Le 16 janvier, à la salle Gaveau à Paris, il donnait un nouveau concert dans une salle comble : Bach, Mozart et Chopin. Toujours agréable d’écouter de la musique dans ce lieu ni trop vaste ni trop exigu, sans démesure ni surcharges, à l’exacte mesure du piano.
Quand Bach compose le Capriccio sur le départ d’un frère bien aimé, il a dix neuf ans. Œuvre de jeunesse, elle célébre le départ de son frère Johann Jakob qui a accepté un poste de hautboïste à la cour de Norvège. Pour ses débuts de compositeur, le jeune Jean Sébastien ose une musique à programme et sous-titre chacun des mouvements : une aubaine pour les pianistes modernes qui peuvent se laisser transporter par les états d’âme des protagoniste de cette fête annuelle de la famille Bach : les plaintes et la douleur des amis qui pleurent le départ, les risques qu’il encourt, les conseils, les cajoleries pour qu’il renonce et enfin la fugue (mais une fugue n’est-elle pas une fuite ?) sur le cor du postillon. Le départ est irrévocable.
François Dumont qui a compris le sens et les circonstances de cette pièce, en évite habilement ses écueils par un jeu rigoureux et un tempo juste, sans sombrer dans la nostalgie ou l’enthousiasme de la jeunesse, sans les fioritures qu’amènera le romantisme, et les deux derniers mouvements ne sont pas exempts d’humour. Comme l’a voulu Bach.
Avant de revenir à Bach, un détour par Mozart, la sonate n°8 K 310 en la mineur. L’emploi de cette tonalité : la mineur, (seules deux sonates sont en mineur) une tonalité qui “suinte“ la tristesse, évoque la mort de sa mère, un moment très difficile dans la vie de Mozart. François Dumont la joue sans effet, avec retenue, un peu comme la jouait Sviatoslav Richter, en faisant chanter les thèmes, l‘andante et le presto particulièrement. Sans oublier en filigrane, le drame et la douleur qu’a vécu Mozart “en tournée“ à Paris où il a vu mourir sa mère.

Le samedi 14 janvier fut donné dans la belle salle de répétition de la Philharmonie de Paris un concert intitulé Bruits. Les fauteurs de troubles n’étaient autres que les musiciens de l’ensemble 2e2m, dirigé par le silencieux Pierre Roullier. D’ailleurs, ceux qui étaient venus entendre des bruits en furent pour leurs frais puisque les six pièces interprétées, toutes pour formations réduites, se signalaient au contraire par leur caractère intimiste. Il fallait même parfois tendre l’oreille ! Ceux également qui pensaient que « bruit » est synonyme de désagrément, tumulte, désordre, sabbat, déplaisir, tohu-bohu, décibels… durent s’ennuyer, car tout dans Bruits s’avérait musique… Eh oui : on peut très bien faire en sorte que même des couacs et, d’une manière générale, tous sons sans hauteur déterminée soient non seulement audibles, mais délectables. Pourquoi ? parce qu’ils sont composés, que leur association constitue une œuvre. Ainsi du beau Tintamarre (2008) de Claire-Mélanie Sinnhuber, le premier morceau joué et l’un des moins tonitruants de la soirée. En effet, tout tintait bien ici : l’association des timbres (flûte, hautbois clarinette, saxophones soprano et alto, guitare, violon contrebasse, percussions), comme le tournoiement incessant de trois notes, lesquelles font référence, de l’aveu de la compositrice, au « Giovinette che fatte all’amore » du Don Giovanni de Mozart.

Une vigoureuse prise en main !

Emmanuel Krivine © Philippe HurlinEmmanuel Krivine, nouveau directeur musical du « National », succédant au chef italien Daniele Gatti, retrouvait son orchestre pour ce premier concert de la saison 2017 dans un programme, sans surprise et sans grands risques, associant Rachmaninov et Dvorak. Un « National » au mieux de sa forme ayant profité avec bonheur des quelques mois de vacance directoriale pour jouer sous la direction des plus grands chefs du moment, prêt pour cette nouvelle page d’histoire ouverte ce soir avec Emmanuel Krivine. Un orchestre attentif et motivé, soucieux de bien faire, répondant avec entrain aux moindres sollicitations de son nouveau chef…Une direction engagée, un peu exubérante dans sa gestique, menée d’une main vigoureuse, traduisant une volonté de s’imposer d’emblée face à l’orchestre et face au public parisien venu nombreux pour ce premier concert à l’Auditorium de Radio France. En première partie, le célèbre Concerto n° 3 pour piano et orchestre de Rachmaninov. Un concerto connu pour son exceptionnelle virtuosité et son romantisme mélodique, composé en 1909, crée à New York la même année sous les doigts du compositeur, véritable « chant du piano avec un accompagnement orchestral qui n’assourdirait pas ce chant… ».

Maxim Vengerov & Roustem Saïtkoulov à la Philharmonie de Paris

Maxime Vengerov & Roustem Saïtkoulov © Fiona HamilVioloniste prodige comme il en existe « un seul tous les cent ans » on se souvient de sa virtuosité époustouflante, flamboyante et parfois un peu tapageuse. Entravé dans sa carrière par des soucis de santé l’ayant probablement obligé à se tourner un temps vers la direction d’orchestre, c’est avec un immense plaisir que l’on retrouvait le violoniste russe, Maxim Vengerov en compagnie de l’excellent pianiste Roustem Saïtkoulov pour ce récital dans la grande salle de la Philharmonie de Paris. La silhouette a changé sans doute, peut être un peu alourdie, mais le jeu reste d’une fascinante maitrise, la sonorité de son Stradivarius ex-Kreutzer de 1727 toujours aussi séduisante par son grain et son ampleur. Le programme de cette soirée convoquant Schubert, Beethoven, Ravel, Ernst et Paganini permit de mettre en avant son incomparable science du violon, son sens de la ligne, la pureté de son style et sa transcendante virtuosité toujours au service de la musique.

Orchestre Français des Jeunes, dir. Dennis Russell Davies. Marc Coppey, violoncelle. Salle des Concerts. Philharmonie de Paris.

Marc Coppey © Photo Ji.Malgré les changements de dernière minute (David Zinman remplacé par Dennis Russell Davies et Marc Coppey remplaçant Truls Mork initialement prévu), talent et plaisir de jouer étaient bien au rendez vous pour ce concert donné par l’OFJ dans la salle des concerts de la Philharmonie de Paris. Un programme lui aussi modifié comprenant Canzone a tre cori de Giovanni Gabrieli (1557-1612) dans une transcription de Bruno Maderna (1920-1973) en lieu et place de Rugby de Honegger, associée au Concerto pour violoncelle et orchestre « Tout un monde lointain… » d’Henri Dutilleux et à la Symphonie n° 3 de Rachmaninov. On ne s’étendra pas sur l’œuvre de Gabrieli orchestrée par Maderna, sans autre intérêt que d’attirer l’attention du public sur la qualité orchestrale, évidente dès les premières mesures…Un plaisir d’écoute, un ravissement orchestral qui ne se démentira pas tout au long de la soirée. Tout un monde lointain de Dutilleux (1916-2013) fut créé en 1970 au festival d’Aix-en-Provence par Rostropovitch, repris à Paris en 1971 au Théâtre des Champs-Elysées le 30 novembre 1971 par le celliste russe,

Orchestre Philharmonique de Vienne & Daniel Barenboïm au Théâtre des Champs-Elysées !

Daniel Barenboïm © DRConcert de gala et grosse affluence du public avenue Montaigne pour ce désormais traditionnel passage des Wiener Philharmoniker à Paris, étape incontournable d’une tournée européenne conduite cette année par Daniel Barenboïm qui retrouvait pour l’occasion la célèbre phalange viennoise qu’il n’avait pas dirigée à Paris depuis près de vingt ans. Un programme unique et assez court, Ma Vlast (Ma patrie) de Bedrich Smetana (1824-1884). Un cycle de six poèmes symphoniques, rarement donné dans son intégralité, composé sur plusieurs années (1874-1879) assez disparate dans sa conception mêlant avec un bonheur parfois discutable hymne à la nature tchèque et éléments historiques parfois un peu grandiloquents. Une partition sans doute difficile à diriger du fait de la multiplicité des climats évoqués, entre épopée, danse slave ou atmosphère agreste, nécessitant un chef aguerri dont Daniel Barenboïm constitue assurément l’archétype.

Riccardo MUTI & le Chicago Symphony Orchestra à la Philharmonie de Paris.

Riccardo Muti © Tod Rosenberg.Le Chicago Symphony Orchestra était de passage à Paris, dans le cadre d’une tournée européenne, pour un concert unique dans la grande salle Pierre Boulez, de la Philharmonie, conduit par son directeur musical, l’emblématique chef italien, Riccardo Muti. Un concert que l’on pourrait résumer par un seul mot : excellence. Excellence du CSO, membre du « Big Five » des orchestres américains, reconnu pour l’exceptionnelle qualité de ses pupitres et notamment de ses cuivres, excellence du programme choisi, éclectique, rare, intelligent faisant valoir tous les pupitres de cette somptueuse phalange, associant Hindemith, Elgar, Moussorgski, Ravel et un inattendu Verdi… Excellence enfin de la direction du maestro italien capable de susciter une véritable dramaturgie orchestrale haletante, par sa science rythmique, sa passion mélodique et la clarté de sa mise en place. Entame de concert appropriée avec le Konzertmusik pour cordes et cuivres (1931) de Paul Hindemith qui trouve ici le cadre idéal au déploiement de ses associations et oppositions timbriques, dans un équilibre parfait entre l’éloquence flamboyante

London Symphony Orchestra, dir. Simon Rattle. Philharmonie de Paris.

Sir Simon Rattle © Monika Rittershaus« Ma sixième symphonie va poser au public des énigmes auxquelles seule pourra s’attaquer une génération qui aura digéré et assimilé les cinq premières…. ». Sentence prémonitoire de Gustav Mahler qui se vérifia dans les faits tant cette symphonie « Tragique » sembla pendant de longues années en décalage tant avec son œuvre antérieure qu’avec le climat heureux et serein de sa vie lors de sa composition. Enigme résumée en ce mot d’Adorno : « Tout est mal qui finit mal ». Une assertion qui a le mérite de la concision oui, mais…Une interprétation plus récente vient sans doute éclairer d’un jour nouveau et probablement plus judicieux cette étrange symphonie. En effet, Mahler connaissait bien les écrits de Nietzsche et le terme « tragique » serait à prendre dans le sens de son rattachement à la tragédie grecque. La symphonie revêt alors un tout autre éclairage, car après l’exposé de toutes les forces du destin, la musique comme la tragédie, par son effet cathartique, permet de retrouver force et courage pour dire « oui à la vie ». Si tel était le cas, cela permettrait d’expliquer certains aspects déroutants de l’œuvre.