©Jean-Baptiste-Millot En juillet, à Bagatelle François Dumont nous avait donné une belle prestation, il avait joué Chopin.
Le 16 janvier, à la salle Gaveau à Paris, il donnait un nouveau concert dans une salle comble : Bach, Mozart et Chopin. Toujours agréable d’écouter de la musique dans ce lieu ni trop vaste ni trop exigu, sans démesure ni surcharges, à l’exacte mesure du piano.
Quand Bach compose le Capriccio sur le départ d’un frère bien aimé, il a dix neuf ans. Œuvre de jeunesse, elle célébre le départ de son frère Johann Jakob qui a accepté un poste de hautboïste à la cour de Norvège. Pour ses débuts de compositeur, le jeune Jean Sébastien ose une musique à programme et sous-titre chacun des mouvements : une aubaine pour les pianistes modernes qui peuvent se laisser transporter par les états d’âme des protagoniste de cette fête annuelle de la famille Bach : les plaintes et la douleur des amis qui pleurent le départ, les risques qu’il encourt, les conseils, les cajoleries pour qu’il renonce et enfin la fugue (mais une fugue n’est-elle pas une fuite ?) sur le cor du postillon. Le départ est irrévocable.
François Dumont qui a compris le sens et les circonstances de cette pièce, en évite habilement ses écueils par un jeu rigoureux et un tempo juste, sans sombrer dans la nostalgie ou l’enthousiasme de la jeunesse, sans les fioritures qu’amènera le romantisme, et les deux derniers mouvements ne sont pas exempts d’humour. Comme l’a voulu Bach.
Avant de revenir à Bach, un détour par Mozart, la sonate n°8 K 310 en la mineur. L’emploi de cette tonalité : la mineur, (seules deux sonates sont en mineur) une tonalité qui “suinte“ la tristesse, évoque la mort de sa mère, un moment très difficile dans la vie de Mozart. François Dumont la joue sans effet, avec retenue, un peu comme la jouait Sviatoslav Richter, en faisant chanter les thèmes, l‘andante et le presto particulièrement. Sans oublier en filigrane, le drame et la douleur qu’a vécu Mozart “en tournée“ à Paris où il a vu mourir sa mère.

Le samedi 14 janvier fut donné dans la belle salle de répétition de la Philharmonie de Paris un concert intitulé Bruits. Les fauteurs de troubles n’étaient autres que les musiciens de l’ensemble 2e2m, dirigé par le silencieux Pierre Roullier. D’ailleurs, ceux qui étaient venus entendre des bruits en furent pour leurs frais puisque les six pièces interprétées, toutes pour formations réduites, se signalaient au contraire par leur caractère intimiste. Il fallait même parfois tendre l’oreille ! Ceux également qui pensaient que « bruit » est synonyme de désagrément, tumulte, désordre, sabbat, déplaisir, tohu-bohu, décibels… durent s’ennuyer, car tout dans Bruits s’avérait musique… Eh oui : on peut très bien faire en sorte que même des couacs et, d’une manière générale, tous sons sans hauteur déterminée soient non seulement audibles, mais délectables. Pourquoi ? parce qu’ils sont composés, que leur association constitue une œuvre. Ainsi du beau Tintamarre (2008) de Claire-Mélanie Sinnhuber, le premier morceau joué et l’un des moins tonitruants de la soirée. En effet, tout tintait bien ici : l’association des timbres (flûte, hautbois clarinette, saxophones soprano et alto, guitare, violon contrebasse, percussions), comme le tournoiement incessant de trois notes, lesquelles font référence, de l’aveu de la compositrice, au « Giovinette che fatte all’amore » du Don Giovanni de Mozart.

Une vigoureuse prise en main !

Emmanuel Krivine © Philippe HurlinEmmanuel Krivine, nouveau directeur musical du « National », succédant au chef italien Daniele Gatti, retrouvait son orchestre pour ce premier concert de la saison 2017 dans un programme, sans surprise et sans grands risques, associant Rachmaninov et Dvorak. Un « National » au mieux de sa forme ayant profité avec bonheur des quelques mois de vacance directoriale pour jouer sous la direction des plus grands chefs du moment, prêt pour cette nouvelle page d’histoire ouverte ce soir avec Emmanuel Krivine. Un orchestre attentif et motivé, soucieux de bien faire, répondant avec entrain aux moindres sollicitations de son nouveau chef…Une direction engagée, un peu exubérante dans sa gestique, menée d’une main vigoureuse, traduisant une volonté de s’imposer d’emblée face à l’orchestre et face au public parisien venu nombreux pour ce premier concert à l’Auditorium de Radio France. En première partie, le célèbre Concerto n° 3 pour piano et orchestre de Rachmaninov. Un concerto connu pour son exceptionnelle virtuosité et son romantisme mélodique, composé en 1909, crée à New York la même année sous les doigts du compositeur, véritable « chant du piano avec un accompagnement orchestral qui n’assourdirait pas ce chant… ».

Maxim Vengerov & Roustem Saïtkoulov à la Philharmonie de Paris

Maxime Vengerov & Roustem Saïtkoulov © Fiona HamilVioloniste prodige comme il en existe « un seul tous les cent ans » on se souvient de sa virtuosité époustouflante, flamboyante et parfois un peu tapageuse. Entravé dans sa carrière par des soucis de santé l’ayant probablement obligé à se tourner un temps vers la direction d’orchestre, c’est avec un immense plaisir que l’on retrouvait le violoniste russe, Maxim Vengerov en compagnie de l’excellent pianiste Roustem Saïtkoulov pour ce récital dans la grande salle de la Philharmonie de Paris. La silhouette a changé sans doute, peut être un peu alourdie, mais le jeu reste d’une fascinante maitrise, la sonorité de son Stradivarius ex-Kreutzer de 1727 toujours aussi séduisante par son grain et son ampleur. Le programme de cette soirée convoquant Schubert, Beethoven, Ravel, Ernst et Paganini permit de mettre en avant son incomparable science du violon, son sens de la ligne, la pureté de son style et sa transcendante virtuosité toujours au service de la musique.

Orchestre Français des Jeunes, dir. Dennis Russell Davies. Marc Coppey, violoncelle. Salle des Concerts. Philharmonie de Paris.

Marc Coppey © Photo Ji.Malgré les changements de dernière minute (David Zinman remplacé par Dennis Russell Davies et Marc Coppey remplaçant Truls Mork initialement prévu), talent et plaisir de jouer étaient bien au rendez vous pour ce concert donné par l’OFJ dans la salle des concerts de la Philharmonie de Paris. Un programme lui aussi modifié comprenant Canzone a tre cori de Giovanni Gabrieli (1557-1612) dans une transcription de Bruno Maderna (1920-1973) en lieu et place de Rugby de Honegger, associée au Concerto pour violoncelle et orchestre « Tout un monde lointain… » d’Henri Dutilleux et à la Symphonie n° 3 de Rachmaninov. On ne s’étendra pas sur l’œuvre de Gabrieli orchestrée par Maderna, sans autre intérêt que d’attirer l’attention du public sur la qualité orchestrale, évidente dès les premières mesures…Un plaisir d’écoute, un ravissement orchestral qui ne se démentira pas tout au long de la soirée. Tout un monde lointain de Dutilleux (1916-2013) fut créé en 1970 au festival d’Aix-en-Provence par Rostropovitch, repris à Paris en 1971 au Théâtre des Champs-Elysées le 30 novembre 1971 par le celliste russe,

Orchestre Philharmonique de Vienne & Daniel Barenboïm au Théâtre des Champs-Elysées !

Daniel Barenboïm © DRConcert de gala et grosse affluence du public avenue Montaigne pour ce désormais traditionnel passage des Wiener Philharmoniker à Paris, étape incontournable d’une tournée européenne conduite cette année par Daniel Barenboïm qui retrouvait pour l’occasion la célèbre phalange viennoise qu’il n’avait pas dirigée à Paris depuis près de vingt ans. Un programme unique et assez court, Ma Vlast (Ma patrie) de Bedrich Smetana (1824-1884). Un cycle de six poèmes symphoniques, rarement donné dans son intégralité, composé sur plusieurs années (1874-1879) assez disparate dans sa conception mêlant avec un bonheur parfois discutable hymne à la nature tchèque et éléments historiques parfois un peu grandiloquents. Une partition sans doute difficile à diriger du fait de la multiplicité des climats évoqués, entre épopée, danse slave ou atmosphère agreste, nécessitant un chef aguerri dont Daniel Barenboïm constitue assurément l’archétype.

Riccardo MUTI & le Chicago Symphony Orchestra à la Philharmonie de Paris.

Riccardo Muti © Tod Rosenberg.Le Chicago Symphony Orchestra était de passage à Paris, dans le cadre d’une tournée européenne, pour un concert unique dans la grande salle Pierre Boulez, de la Philharmonie, conduit par son directeur musical, l’emblématique chef italien, Riccardo Muti. Un concert que l’on pourrait résumer par un seul mot : excellence. Excellence du CSO, membre du « Big Five » des orchestres américains, reconnu pour l’exceptionnelle qualité de ses pupitres et notamment de ses cuivres, excellence du programme choisi, éclectique, rare, intelligent faisant valoir tous les pupitres de cette somptueuse phalange, associant Hindemith, Elgar, Moussorgski, Ravel et un inattendu Verdi… Excellence enfin de la direction du maestro italien capable de susciter une véritable dramaturgie orchestrale haletante, par sa science rythmique, sa passion mélodique et la clarté de sa mise en place. Entame de concert appropriée avec le Konzertmusik pour cordes et cuivres (1931) de Paul Hindemith qui trouve ici le cadre idéal au déploiement de ses associations et oppositions timbriques, dans un équilibre parfait entre l’éloquence flamboyante

London Symphony Orchestra, dir. Simon Rattle. Philharmonie de Paris.

Sir Simon Rattle © Monika Rittershaus« Ma sixième symphonie va poser au public des énigmes auxquelles seule pourra s’attaquer une génération qui aura digéré et assimilé les cinq premières…. ». Sentence prémonitoire de Gustav Mahler qui se vérifia dans les faits tant cette symphonie « Tragique » sembla pendant de longues années en décalage tant avec son œuvre antérieure qu’avec le climat heureux et serein de sa vie lors de sa composition. Enigme résumée en ce mot d’Adorno : « Tout est mal qui finit mal ». Une assertion qui a le mérite de la concision oui, mais…Une interprétation plus récente vient sans doute éclairer d’un jour nouveau et probablement plus judicieux cette étrange symphonie. En effet, Mahler connaissait bien les écrits de Nietzsche et le terme « tragique » serait à prendre dans le sens de son rattachement à la tragédie grecque. La symphonie revêt alors un tout autre éclairage, car après l’exposé de toutes les forces du destin, la musique comme la tragédie, par son effet cathartique, permet de retrouver force et courage pour dire « oui à la vie ». Si tel était le cas, cela permettrait d’expliquer certains aspects déroutants de l’œuvre.

Cycle Mozart / Bruckner (2e volet) à la Philharmoie de Paris. Barenboïm convaincant !

Daniel Barenboïm © picture alliance / dpaPoursuite du cycle Mozart / Bruckner entrepris, à la Philharmonie de Paris, par Daniel Barenboïm à la tête de la Staatskapelle de Berlin. Un cycle présentant les derniers concertos pour piano et quelques autres œuvres choisies de Mozart associés à une intégrale des symphonies de Bruckner. Rappelons que le chef et pianiste israélo-argentin a déjà enregistré une intégrale des concertos de Mozart avec l’English Chamber Orchestra et deux intégrales des symphonies de Bruckner avec le Philharmonique de Berlin et le Chicago Symphony Orchestra. La présente intégrale faisant l’objet d’un enregistrement « live ». C’est dire que sa légitimité peut difficilement être contestée, expliquant sans doute le succès de ce cycle auprès du public. Un marathon orchestral commencé en septembre 2016 (Lettre d’information EM n° 107 Octobre 2016. www.leducation-musicale.com) se poursuivant en ce début d’année 2017 par les premières symphonies de Bruckner pour se conclure en septembre prochain par les dernières symphonies du maitre de Saint-Florian. Pour l’heure intéressons nous à ce premier concert de cette deuxième cession présentant la Symphonie concertante pour violon et alto de Mozart et la Symphonie n° 1 d’Anton Bruckner.

Vendredi 13 janvier 2017, Musée Dapper 75016 Paris, Micah McLaurin, pianiste.
Dans la belle salle du musée à l’acoustique propice à écouter du piano, ce jeune américain de 22 ans a choisi un récital des plus classiques. C’est un grand romantique à la technique très sûre ; il l’a prouvé dans La Méphisto Valse n°1 de Franz Liszt. Mais jouer des extraits des Goyescas de Enrique Granados, le nocturne n°13 et la fantaisie op. 49 de Chopin dégoulinant de mièvrerie était surprenant de la part de ce jeune pianiste, il nous ramenait à plus de vingt ans en arrière pour Chopin et une erreur de lecture de Granados. (Dumont à Gaveau deux jours plus tard a interprété Chopin avec sobriété, intelligence, limpidité, sans pathos). Le concert de McLaurin a été sauvé de justesse par une interprétation sobre et juste de la fantaisie op. 17 de Schumann mais son bis de rêverie, de ce même compositeur, avait l’allure d’un bonbon trop sucré. Espérons que ce ne sont que des erreurs de jeunesse et qu’il va rectifier le tir ! Il devrait lire les lettres de Chopin et de George Sand où les termes « de sensibilité gracieuse, tendresse et sérénité » cités dans ces textes, et qui marquent souvent les œuvres de ce grand compositeur, ne sont pas synonymes d’alanguissement, langueur, amollissement. C’est cette caricature de la féminité contre laquelle George Sand se révoltait. Bonne lecture cher Micah !

Les Ondes Martenot à l'honneur

Après l’annulation en raison de la cessation inopinée d’activité du Théâtre Adyar de sa manifestation du 4 décembre dernier, la Fédération des Enseignements Artistiques Martenot organise le dimanche 19 février 2017 un Concert-Expo à l’auditorium MPAA/ Saint Germain 4, rue Félibien 75006 Paris intitulé « Ondes en Seine ». A 17h Expo / vernissage : - 17h – Expo / vernissage des Arts Plastiques – Stands de présentation de la Formation Musicale Martenot, de de la Méthode de piano et de la Relaxation Active Martenot – Stand de présentation des publications martenot , ainsi que de la réédition du livre de Jean Laurendeau : Maurice Martenot, Luthier de l’électronique et du film de Caroline Martel Le chant des Ondes – Maurice Martenot. – Présentation de l’Ondomo, nouvel instrument d’ondes, par son réalisateur.
- 18h Concert : le concert est consacré principalement à la création d’œuvres courtes pour Ondes Martenot et divers instruments écrites spécialement par les compositeurs :
Marie-Hélène BERNARD, Damian CHARRON, Jean-François DEMOULINS, Patrick LENFANT, Laurent MELIN, Arnaud MILLAN, Brigitte NERAT, Martial ROBERT, Roger TESSIER, Olivier TOUCHARD, Jean-Pierre TOULIER, Nicolas VERIN.
- 20h rencontre avec les artistes, compositeurs, musiciens, peintres, suivi d’un pot amical offert.
Prix des places : 20 € plein tarif, 15 € adhérents à la FEAM,10 € étudiants / chômeurs. Gratuit pour les moins de 12 ans.
Il est instamment recommandé de prendre ses places sur la billetterie en ligne sécurisée :
Soit en passant par le site de la Fédération :
http://federation-martenot.fr/Ondes-en-Seine
ou directement à :
https://www.helloasso.com/associations/federation-des-enseignements-artistiques-martenot/evenements/ondes-en-seine-5

Sur dix jours – 10-19 février – et en dix-huit concerts, le Festival Présences brossera le portrait de Kaija Saariaho. Cette compositrice d'origine finlandaise, installée en France dans les années 1980, est devenue une figure centrale de la scène musicale contemporaine, après être passée par les cours d'été de Darmstadt et l'Ircam. Il faut d'emblée souligner, comme chez tous les grands, l'originalité de ses compositions : il y a un univers et une marque de fabrique « Saariaho », identifiables dès les premières mesures de chacune de ses œuvres. Son esthétique, à la croisée de la musique spectrale et de la composition assistée par ordinateur, est le fruit de l'heureux mariage d'un véritable lyrisme poétique, d'un grand sens de la narration et de la forme et d'une attention permanente portée aux jeux de la voix et des instruments. Présences fera entendre des pièces très diverses, dressant ainsi un panorama assez complet : Graal Théâtre et Adiana Songs (orchestre philharmonique de Radio France, Dima Slobodeniouk dir., Nora Gubish mezzo-soprano), Springs and Spells (Ingrid Schœnlaub violoncelle), Œuvre pour flûte et kantele et Dolce Tormento (Camilla Hoitenga flûte, Eija Kantaanranta kantele), Horloge, tais-toi ! (maîtrise de Radio France, Morgan Jourdain dir.), Offrande (Anssi Karttunen violoncelle, Olivier Latry orgue), ou encore Lichtbogen (sous forme d'installation audiovisuelle). Ce tableau sera complété par l'entretien public de la musicienne et d'Arnaud Merlin. L'occasion, pour le producteur à France Musique, de présenter l'ensemble du programme du festival.
D'autres créateurs seront bien sûr présents : de très célèbres, tels Olivier Messiaen, Henri Dutilleux, Iannis Xenakis, Tristan Murail ou Pascal Dusapin, et d'autres, à découvrir ou approfondir : Raphaël Cendo, Lucie Prod'homme, Núria Giménez-Comas, Martin Matalon, Misato Mochizuki, Jérôme Combier, Jeremias Iturra... Au total : 40 compositeurs et 78 œuvres – dont 25 commandées par Radio France et 31 créations mondiales. Tous les concerts seront diffusés sur France Musique. Bref, l'ouverture, la curiosité et le cosmopolitisme feront à coup sûr de cette 27e édition de Présences, non seulement une fête réussie, mais aussi un événement incontournable pour tous les mélomanes curieux de la musique de leur temps !
http://www.maisondelaradio.fr/page/festival-presences-portrait-de-kaija-saariaho-du-10-au-19-fevrier-2017

 

Le violoniste Vadim Gluzman

Trop rare, bien trop rare sur les scènes parisiennes, le violoniste israélien a livré au public parisien un Concerto n° 2 pour violon et orchestre de Prokofiev d’anthologie, magnifiquement accompagné par un Orchestre de Paris rutilant et motivé sous la direction souple du chef slovaque, Juraj Valcuha, dans un très beau programme affichant des œuvres rarement données comme les Quatre pièces pour orchestre de Bela Bartok et la Sinfonietta pour orchestre de Leos Janacek. Composées initialement (1910) pour le piano, les Quatre pièces pour orchestre furent orchestrées secondairement en 1921. Il s’agit d’une œuvre très innovante, tant au plan de l’orchestration, qu’au niveau de l’invention rythmique, comprenant quatre mouvements, un Préludio rappelant par sa verve le Prince de bois (1916), un Scherzo se rapprochant du Mandarin merveilleux (1923) un Intermezzo élégiaque et une Marche funèbre semblant un épilogue de l’opéra Le Château de Barbe-Bleue. Un exercice d’orchestre tendu comme un pont vers différentes œuvres du compositeur hongrois qui pâtit de la direction assez terne du chef slovaque, une lecture menée sur un tempo un peu lent à laquelle, dans les deux premiers mouvements, manquaient une lisibilité et une approche qu’on aurait souhaitée plus analytique susceptible de magnifier la richesse de l’orchestration bartokienne. Une réserve qui ne se vérifia pas dans la Sinfonietta pour orchestre (1926) de Leos Janacek que Juraj Valcuha dirigea, cette fois, avec un brio et une clarté exemplaires. Dernière œuvre orchestrale du compositeur tchèque dont l’idée originelle était celle d’une

Admirable Sol Gabetta !

Orchestre National de France, dir. David Afkham. Auditorium de Radio France

« Soirée maritime » au grand Auditorium de Radio France, avec un programme particulièrement intéressant centré sur le thème de la mer, convoquant successivement Ravel, Elgar, Britten et Debussy. Une barque sur l’océan de Ravel pour ouvrir ce concert. Une œuvre composée initialement pour piano en 1904, orchestrée en 1906 et créée en 1907 par l’Orchestre Colonne dirigé par Gabriel Pierné. Une partition très narrative toute habitée par le balancement continu de la houle qui se fait progressivement tempétueuse où l’on peut noter immédiatement la richesse et la délicatesse de l’orchestration typiquement ravélienne (glissandos de harpes et scintillements des bois). Le Concerto pour violoncelle et orchestre d’Edward Elgar lui faisait suite. Composé en 1919 lors de la convalescence du compositeur dans le Sussex, au bord de mer. Concentré du style « elgarien » fait de facilité mélodique, d’intensité émotive, de couleurs brillantes et d’intériorité, un concerto célèbre que la celliste argentine servit avec son brio habituel où se mêlèrent intimement lyrisme, fougue et virtuosité dans une admirable lecture marquée du sceau de la sincérité, très engagée, en symbiose totale avec l’orchestre, arguant d’une belle sonorité ronde et alternant avec le plus bel à propos de subtiles nuances, tantôt sobrement méditatives, tantôt violentes, ailleurs énigmatiques ou élégiaques avant que le chant du violoncelle ne

Poursuivant la tradition qu’il a, pour le temps de l’Avent et de Noël, lancée à l’Église Protestante Allemande de Paris, Thibault Lam Quang et son remarquable Chœur de chambre Les Temperamens Variations ont proposé 3 Cantates de l’Oratorio de Noël (BWV 248). Les Concerts ont eu lieu les 3 et 4 décembre 2016 avec le soutien de l’Ambassade de la République Fédérale d’Allemagne, de l’Association Pro Musica (Église allemande) et de la Neue Bach Gesellschaft. Dès l’introduction, la première Cantate Jauchzet, frohlocket a créé l’atmosphère fracassante, irrésistible et éclatante de joie émanant de cette œuvre interprétée pour la première fois à Leipzig, le jour de Noël 1734. Réalisant un « son » exceptionnel, les choristes — attentifs au moindre des gestes très étudiés de leur chef — se sont imposés non seulement par une prononciation allemande et une diction impeccables tenant scrupuleusement compte des accents principaux et secondaires, mais encore par leur force de persuasion très contagieuse.
Protagoniste principal, l’Évangéliste Jan Hübner (ténor) a su trouver les accents justes pour, du haut de la chaire, animer le récit chanté (d’après Luc, 2, v. 1-6, puis 7), insister sur les mots importants ; au fil de l’action, il suscita aussi bien l’émotion que l’intériorité et la joie.

Grandes héroïnes françaises des XVIIè et XVIIIè siècles

Pour leur concert parisien au Théâtre des Champs Elysées, le Concert d'Astrée et leur cheffe Emmanuelle Haïm avaient convié Magdalena Kožená. Pour un voyage au cœur des grandes tragédies françaises de Rameau et de Charpentier. Et au fil d'un programme fort adroitement conçu en quatre « suites » ou concentré des opéras célèbres que sont Hippolyte et Aricie, Dardanus, Médée et Les Indes galantes. Découpage ayant en outre pour avantage de replacer les airs dans leur contexte et de les faire précéder d'extraits purement instrumentaux significatifs. Le baroque français est pour la mezzo-soprano Magdalena Kožená un domaine bien connu, qui lui avait valu une première collaboration avec Emmanuelle Haïm en 2015 autour de la thématique « Médée trahie ». On se souvient aussi d'une interprétation scénique de l'héroïne de Charpentier au Théâtre de Bâle en 2015 (cf. NL de 2/2015). Cette soirée de concert, elle la vouait à ces femmes tragiques hors norme chantant un amour démesuré teinté tour à tour de fureur et de désespoir, de haine ou d'infinie tendresse, à l'aune de ce vers de Dardanus « Cesse cruel amour de régner sur mon âme ». Elle s'ouvrait par la « suite » d'Hippolyte et Aricie qui donnait à entendre l'Ouverture puis diverses danses entrecoupées de trois airs. Kožená s'y révèle grandiose : déclamation assurée, diction impeccable, en particulier dans les deux airs de Phèdre.

Pour sauver La Petite Bande

Fondée en 1972, à l'initiative du label Deutsche Harmonia Mundi, La Petite Bande s'est vite inscrite dans le paysage baroque européen. Ses multiples enregistrements dont l'intégrale des cantates de Bach ou, par deux fois, les Concertos Brandebourgeois, et ses innombrables concerts ont mis à l'honneur une interprétation historique revisitée qui connait peu d'équivalents actuellement. Ses caractéristiques : la pratique d'une technique de violon baroque sans mentonnière, le choix d'un instrument par partie, l'introduction d'instruments originaux comme le violoncello da spalla, c'est à dire joué à l'épaule, l'instrument étant disposé en bandoulière. A noter encore le fait pour un même musicien de pratiquer plusieurs instruments, comme le violon et la viole de gambe, l'alto et le violoncelle d'épaule, la flûte traversière et le traverso. Au milieu de ceux de la première heure, comme les membres de la famille Kuijken, on remarque quelques jeunes pousses dont le talent n'a rien à envier à celui de leurs aînés. Mais cette merveilleuse institution, basée à Louvain, connait une situation précaire depuis que les autorités belges lui ont coupé toutes subventions. Leur ''concert de soutien'' donné à la Salle Gaveau était l'occasion d'un fund raising, les musiciens jouant gratuitement et les bénéfices de la billetterie étant destinés à renflouer les caisses. L'évènement avait attiré un public fort nombreux, pour ne pas dire une salle comble.

LES PIANISSIMES

Mercredi 7 décembre 2016
Couvent des Récollets
148 rue du Fbg St Martin 75010 Paris

Duo Jatekok
  Deux jeunes et talentueuses pianistes face à face sur un double piano Pleyel ce n’est pas tous les jours que l’on peut apprécier ce genre de récital. Olivier Bouley a réussi à dénicher cet instrument, devenu une pièce de musée, en Haute Alsace. Comme deux sœurs Naïri Badal et Adélaïde Panaget jouent ensemble depuis presque dix ans. Pour le concert aux Récollets elles ont conçu un récital très classique dans le choix des œuvres. Claude Debussy « Prélude à l’Après-Midi d’un Faune », « Points on Jazz » de Dave Brubeck, la « Rhapsodie Espagnole » et « La Valse » de Maurice Ravel et une partie de « West Side Story » de Léonard Bernstein. La danse et ses différentes facettes étaient leur fil rouge. Tantôt l’une, tantôt l’autre jouait la partie orchestrale de la transcription. Energie, tendresse, vélocité, sincérité, joie de jouer sont les maîtres mots de ce récital et de ce duo. L’avantage que l’on a aux Récollets c’est que nous sommes dans le piano et on peut mieux remarquer la complexité de certaines transcriptions. « West Side Story » par exemple n’est pas qu’une simple musique de comédie musicale mais Bernstein s’est nourri de la musique contemporaine pour l’écriture de certains morceaux dont l’ouverture, la Transcription de « La Valse » écrite par Ravel lui-même est d’une complexité inimaginable lorsque l’on voit ces deux artistes l’interpréter. On aurait voulu les entendre dans un répertoire plus contemporain, elles nous ont mis l’eau à la bouche. En bis elles ont interprété une transcription d’une cantate de Bach faite par Kurtag d’une grande intériorité et une vertigineuse et endiablée interprétation d’ « America » extrait de West Side Story. Au plaisir de vous réentendre mesdemoiselles !
Le 13 janvier un nouveau récital Pianissimes est offert au Musée Dapper, 35 bis rue Paul Valéry, 75116 Paris avec le tout jeune pianiste Micah McLaurin.
Pour en savoir plus et pour participer financièrement à l’aventure des Pianissimes Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. - www.lespianissimes.com

MAÎTRISE DE RADIO FRANCE

Auditorium
Samedi 10 décembre 2016, 20h
Paris Brass Band
Class Cham du CRR de Créteil
Bruno Perbost, piano
Florent Didier, Morgan Jourdain, direction

  Impressionnant tel est le mot qui vient à la sortie de l’Auditorium ! Impressionnant de voir cette centaine d’enfants de huit à quinze ans chanter ces œuvres dont certaines sont très complexes, comme s’ils chantaient Au Clair de la Lune. Mais pour eux c’est pareil, ils n’ont pas de problème, ils ne sont pas encore pollués par l’ambiance sonore ou simplement par le monde qui les entoure, chanter c’est comme respirer, c’est normal et cela se voit et cela s’entend. La première œuvre au programme était une composition pour brass band d’Olivier Waespi : « Hypercube ». C’est une composition toute récente (janvier 2016) créée pour le Paris Brass Band. Waespi est habitué à écrire pour les cuivres et on s’en rend compte ; ils sont tous mis dans la lumière. En introduction un thème assez violent, suit une musique plus calme, puis le matériau se déploie en un développement dramatique et virtuose jusqu’au vertige. Après quelques solos plus lyriques, l’œuvre s’achève dans une folle accélération. La sonorité et la qualité des instrumentistes sont mises en valeur, on aurait préféré finir dans les nuages plutôt que cette fin apocalyptique ascendante.
Suivie une œuvre pour la chorale de Morten Lauridsen : « O Magnum Mysterium ». Elle a été créée en 1994 à Los Angeles. Le texte avait été déjà mis en musique par Byrd, Palestrina et même Poulenc. C’est une affirmation de la grâce de Dieu envers les doux et de l’adoration de la Sainte Vierge. Œuvre charmante tout en douceur que la chorale interpréta avec tranquillité. Composé en 1987 « Le Berger de lumières » de Roger Calmel est une musique pour la justice et la paix. Roger Calmel a beaucoup œuvré pour la maîtrise dont il s’est occupé. Œuvre charmante, dans l’esprit des chorales d’antan. C’est une composition du Suisse Emile Jaques-Dalcroze « Chanson à la Lune » écrite en 1904, chanson d’un autre temps, au croisement de la mélodie française et le lied allemand, qui a été interprétée avec beaucoup de charme par les enfants.

CENTRE DE MUSIQUE DE CHAMBRE DE PARIS

Salle Cortot 78 rue Cardinet
17 décembre 2016 20h - 21h30
  Pour sa seconde saison le Centre de Musique de Chambre de Paris a offert du 1er décembre au 17 décembre le « 7éme Quatuor » de Beethoven interprété par le quatuor Hanson et « Le Bal Masqué » de Francis Poulenc par la troupe du Centre. Jérôme Pernoo, le directeur artistique du centre, a eu cette idée magnifique de faire interpréter une œuvre plusieurs fois comme cela se fait à l’opéra, au cinéma ou au théâtre.
Le quatuor Hanson a donc joué du jeudi au samedi soit neuf fois le « Quatuor à cordes op.59 n°1 ». Il est le premier des trois quatuors dédiés au prince Andrei Razumovsky dont il porte le nom.. L’année de sa création est très fertile pour Beethoven, il écrit deux autres quatuors, le concerto pour violon, le quatrième concerto pour piano et la quatrième symphonie ! Ce quatuor était supposé injouable ! Comme les deux autres Razumovsky ils ont suscités à leur époque, l'incompréhension aussi bien du public, des critiques que des exécutants. Au violoniste Radicati qui lui déclarait que ce n'était pas de la musique, Beethoven répondit : « Ce n'est pas pour vous ! C'est pour les temps à venir. ». Et à Schuppanzigh qui se plaignait de la difficulté technique du quatuor, il aurait répondu : « Croyez-vous que je pense à vos misérables cordes quand l'esprit me parle ? Aujourd’hui lorsqu’on le regarde interprété on peut s’apercevoir de la difficulté, de l’énergie qu’il faut pour l’interpréter. On peut dire que la version des Hanzon est impressionnante. Après neuf exécutions ils l’ont dans les doigts mais ils sont exténués après les quarante minutes de tension qu’il dure. Ce 17 décembre après un Allegro d’une violence inouïe, leur Allegretto était de toute beauté et l’Allegro final exténuant ! Ce tout jeune quatuor, né en 2013, a un grand avenir devant lui. Il est composé par Anton Hanson, Jules Dussap, violons, Gabrielle Lafait, alto, Simon Dechambre, violoncelle.

Suprêmes couleurs automnales pour un intense Voyage d'hiver

Christian Gerhaher & Gerold Huber ©Michael Gregonowits Christian Gerhaher est de ceux dont les apparitions au concert s'inscrivent d'emblée dans la mémoire. Comme son aîné Dietrich Fischer Dieskau, dont le timbre et la manière apparaissent à plus d'un titre en filigrane. Le baryton allemand avait inscrit au programme de son récital, dans le cadre du Festival d'automne de Baden-Baden, le Winterreise D 911 de Schubert. « Le plus beau cycle de lieder du monde », selon Thomas Mann, a été écrit par le musicien sur des poèmes de Wilhelm Müller avec qui il avait déjà collaboré pour La belle Meunière. Et on peut avancer que jamais poète et compositeur ne se sont si bien compris : la fusion du chant et de l'accompagnement de piano atteint une sorte de génial aboutissement et crée une rare unité de climat. Vingt quatre mélodies la composent, selon deux parties de 12 chacune pour un monologue pessimiste de l'amoureux délaissé qui au cœur d'un profond hiver réfléchit sur sa situation et ne voit aucune autre issue que la mort. L'hiver et surtout la nature comme miroir de l'âme occupent dans ce cycle un rôle essentiel.