Le quatuor Arditti, intimement lié à l’histoire de Darmstadt, y a donné les 21 et 22 juillet derniers trois concerts de créations. Le premier concert proposait le "Livre pour quatuor" (1948/48, 2017), une œuvre de jeunesse de Boulez qui a difficilement convaincu son audience. L’œuvre, inachevée, dure plus d’une heure après la reconstitution des six mouvements réalisée par Philippe Manoury et Jean-Louis Leleu (2017). Malheureusement l’interprétation quelque peu austère des Arditti - ou peut être la musique elle-même - nous rappelle que le langage sériel, qui prit tant d'importance à Darmstadt dans les années 50, a fait son temps. La seconde partie du concert présentait Evil Nigger (1979) de Julius Eastman, dont le minimalisme diatonique se transformait graduellement en textures plus dissonantes. Cette oeuvre, qui surprend incontestablement, reste profondément marquée par son contexte historique et social, celui d'un compositeur noir américain au destin tragique.

Le concert du 22 juillet, mieux reçu, s'ouvrait par un solo magistral de Lucas Fels: In Nomine after Christopher Tye, une création de Brian Ferneyhough, qui fut avec Helmut Lachenmann une des personnalités les plus importantes du Darmstädter Ferienkurse. Le concert s'achevait avec un quatuor d'Ashley Fure (1982): Anima (2017), qui utilisait les instruments augmentés de l'Ircam. Malgré quelques difficultés techniques, cette pièce proposait une piste intéressante d'hybridation entre électronique et instruments acoustiques.



Le quatuor Arditti fut longtemps un vecteur incontournable de la création contemporaine, mais le public exigeant de Darmstadt semble aujourd’hui questionner sa suprématie. Leur jeu extrêmement virtuose, aux sforzandi agressifs, a longtemps forgé le son et le caractère de la musique contemporaine, mais la jeune génération, irrévérencieuse, semble se tourner vers d'autres esthétiques, peut-être pour s'émanciper de l'illustre tradition liée au quatuor à cordes?

Jonathan Bell

 

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