L’ensemble Nikel interprétait samedi 20 Juillet 2018 à Darmstadt des créations de Clara Iannotta et Simon Løffler sur des images de Peter Tscherkassky. Fidèle aux esthétiques d’avant-garde de Darmstadt, ce concert met l’accent sur le multimédia: instruments, électronique, et vidéos sont traités comme trois lignes de conduites autonomes, écrites par trois artistes, en contrepoint.

L’ensemble Nickel fait preuve d’une virtuosité magistrale dans la mise en place, le choix des timbres, et leur équilibre. Leur interprétation témoigne d’une nouvelle façon de penser la musique instrumentale: fortement amplifiés, les musiciens jouent aussi bien sur leur propre instruments que sur diverses formes d’objets, comme le brillant pianiste Antoine Françoise, qui n’a pas joué de claviers cette soirée. La musique de Simon Løffler surtout, exige l’interprète un jeu particulier: les musiciens s’emparent d’un dispositif d’objets sonorisés, de robots, faits de baguettes et de crotales accordés sur une échelle diatonique, afin de repenser le geste instrumental humain. L’oeuvre surprend par la fraîcheur de son approche, mais malgré quelques surprises révélées avec parcimonie tout au long de la pièce, cette dernière perd une partie de sa magie sur la fin. L’œuvre de Clara Iannotta, de caractère plus sombre, est sur plusieurs points, radicalement moderne. Elle hérite de Lachenmann une écriture basée sur les timbres plus que sur les hauteurs, ce qui lui permet un mélange particulièrement réussi avec l’électronique. L’univers sonore de Iannotta se fondait également bien aux images qui évoquent une certaine violence.

Jonathan Bell

 

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