Le Concerto pour piano et orchestre (1896) de Scriabine fut, quant à lui, le maillon faible de la soirée, œuvre de jeunesse, son attrait résidant plutôt dans la rareté de sa présence à l’affiche ainsi que dans la qualité de l’interprétation de Mikhail Pletnev. Force est d’avouer que la direction d’Alexey bruni nous parut bien laborieuse, pénalisée encore par la pauvreté de l’orchestration, fade et insipide, sommaire pour ne pas dire indigente avec, toutefois, quelques beaux moments comme les superbes et multiples interventions du cor et de la clarinette. C’est donc tout naturellement le piano de Mikhail Pletnev qui retint notre attention. Largement prédominant déroulant de longs monologues sans cadence vraie, un piano tout en délicatesse et élégance pour une interprétation superbe, très intériorisée, inventive et empreinte de liberté. En deuxième partie, le pianiste retrouvait l’estrade et la baguette pour une très belle interprétation de la Symphonie n° 9 de Chostakovitch (1945) la dernière des symphonies de guerre. Une œuvre déroutante qui surprit Staline lui-même par son caractère ambigu, léger et ironique alors que le « petit père » s’attendait à un chant de louanges, sorte d’apothéose couronnant la victoire. Mélodie prégnante, orchestration brillante, grotesque parodique, introspection élégiaque, drame, tension, autant d’éléments qui en font la chair et autant d’occasions pour ce superbe orchestre de briller de mille feux (clarinette, basson, trombone, piccolo et cordes) sous la direction savante du chef russe usant de subtiles transitions notamment dans les trois derniers mouvements enchainés. Bravo et merci maestro !
Patrice Imbaud