du Russian National Orchestra à la Philharmonie de Paris.

En remplaçant au pied levé Guennadi Rozhdestvensky, au pupitre, Mikhail Pletnev sauva le concert de son orchestre, l’Orchestre National de Russie qu’il fonda en 1990 et dont il est encore aujourd’hui le directeur musical. Ce n’est que dans les toutes dernières minutes précédant le concert qu’une annonce du speaker informa le public, qu’une fois de plus (il avait déjà annulé son concert l’an dernier avec l’Orchestre de Paris) le fameux chef d’orchestre russe Guennadi Rozhdestvensky se trouvait dans l’incapacité de diriger cette soirée où Mikhail Pletnev ne devait, initialement, assurer que la partie soliste dans le Concerto pour piano de Scriabine. Afin de ne pas annuler le concert le pianiste russe réendossa sa casquette de chef d’orchestre, acceptant d’assurer la direction de la Symphonie n° 1 de Prokofiev et de la Symphonie n° 9 de Chostakovitch tandis que le premier violon, Alexey Bruni, le remplacerait au pupitre durant le concerto de Scriabine. Un jeu de chaise musicale qui ravit le public venu très nombreux à la Philharmonie de Paris pour ce concert totalement russe, programme et intervenants. Si Guennadi Rozhdetsvensky est assurément une figure majeure de la direction d’orchestre, Mikhail Pletnev ne fut pas en reste, assumant totalement sa double carrière, dirigeant avec brio la Symphonie n° 1 dite « classique » (1917) de Prokofiev d’une main précise, sure, peine de clarté et d’allant, faisant magnifiquement sonné l’orchestre et tout particulièrement la petite harmonie, assumant totalement sa filiation russe au risque de s’éloigner d’une hypothétique tradition classique viennoise.

Le Concerto pour piano et orchestre (1896) de Scriabine fut, quant à lui, le maillon faible de la soirée, œuvre de jeunesse, son attrait résidant plutôt dans la rareté de sa présence à l’affiche ainsi que dans la qualité de l’interprétation de Mikhail Pletnev. Force est d’avouer que la direction d’Alexey bruni nous parut bien laborieuse, pénalisée encore par la pauvreté de l’orchestration, fade et insipide, sommaire pour ne pas dire indigente avec, toutefois, quelques beaux moments comme les superbes et multiples interventions du cor et de la clarinette. C’est donc tout naturellement le piano de Mikhail Pletnev qui retint notre attention. Largement prédominant déroulant de longs monologues sans cadence vraie, un piano tout en délicatesse et élégance pour une interprétation superbe, très intériorisée, inventive et empreinte de liberté. En deuxième partie, le pianiste retrouvait l’estrade et la baguette pour une très belle interprétation de la Symphonie n° 9 de Chostakovitch (1945) la dernière des symphonies de guerre. Une œuvre déroutante qui surprit Staline lui-même par son caractère ambigu, léger et ironique alors que le « petit père » s’attendait à un chant de louanges, sorte d’apothéose couronnant la victoire. Mélodie prégnante, orchestration brillante, grotesque parodique, introspection élégiaque, drame, tension, autant d’éléments qui en font la chair et autant d’occasions pour ce superbe orchestre de briller de mille feux (clarinette, basson, trombone, piccolo et cordes) sous la direction savante du chef russe usant de subtiles transitions notamment dans les trois derniers mouvements enchainés. Bravo et merci maestro !
Patrice Imbaud