fête ses 70 ans à la Philharmonie de Paris.

 La Philharmonie de Paris consacrait tout un week-end à l’œuvre du compositeur américain John Adams à l’occasion de son 70e anniversaire. Un évènement musical capital, en forme de portrait, présentant au public parisien un florilège de compositions comme autant de jalons représentatifs d’une œuvre particulièrement abondante et protéiforme abordant tous les domaines musicaux, musique de chambre, musique chorale, opéra, musique symphonique et concertante. Une sélection difficile comprenant plusieurs créations françaises comme le Quatuor à cordes n° 2, le Concerto pour saxophone, la Symphonie dramatique Sheherazade. 2. pour violon et orchestre et d’autres partitions plus connues comme le Quatuor à cordes n° 1, l’oratorio El Niño, ou le célèbre Shaker Loops. Magnifique programme permettant de retrouver les différentes influences dont sut s’inspirer le compositeur américain, musique classique, jazz, premier courant minimaliste à la suite de Steve Reich, mouvement qu’il quittera bientôt pour trouver son propre langage où se fondent également la musique française du début du XXe siècle et les musiques du monde. Une œuvre très originale faisant de John Adams le plus grand compositeur américain actuel, figure majeur de la création musicale mondiale.
Compositeur mais également chef d’orchestre John Adams dirigeait ce soir le London Symphony Orchestra dans un très beau et très rare programme associant Bela Bartok dans ses Images hongroises, Stravinski pour Orpheus et en création française attendue de Sheherazade. 2. avec la violoniste Leila Josefowicz en soliste qui la créa à New York en 2015. Les Images hongroises furent composées entre 1908 et 1910, orchestrées plus tardivement en 1931. Tirées des milliers de pièces folkloriques hongroises, slovaques et roumaines que Bartok recueillit dans la Grande Hongrie, sorte d’antidote au post romantisme germanique, ces Images appartiennent à la période de maturité du compositeur, en forme d’arche, en cinq mouvements comprenant un mouvement lent lyrique central entouré de deux scherzos grotesques, précédés par une ouverture appartenant au folklore imaginaire de Bartok et suivis d’un final extrait d’un air populaire authentique très dansant. Une œuvre pleine de fraicheur, de vitalité et d’ironie, belle occasion d’apprécier l’exceptionnelle magnificence de l’orchestre londonien (petite harmonie et cordes). Une excellence orchestrale qui se confirmera dans l’Orpheus de Stravinski, ballet en trois tableaux (1948) résultant d’une commande de Balanchine pour la Ballet Society de New-York. Malgré un tempo un peu lent et une lecture assez plate, peu narrative de John Adams, on put y juger de la qualité de l’orchestration et du travail important sur les associations timbriques (hautbois, harpes, cordes, petite harmonie et cuivres) ainsi que de la parfaite mise en place. La Symphonie dramatique Scheherazade. 2 pour violon et orchestre occupait à elle seule toute la seconde partie de ce concert. Une œuvre grandiose de près d’une heure, écrite à la suite d’une visite de l’auteur à l’Institut de Monde Arabe à Paris où le compositeur traite du thème des Mille et Une Nuits pour interroger la condition féminine à travers la personne de Scheherazade (violon). Sujet très adamsien entrelaçant mythe et actualité. Une composition en quatre mouvements (Tale of the Wise Young Woman, A lond Desire, Scheherazade and the Men with Beards, Escape, Flight, Sanctuary) très tendue, puissamment narrative, méditative, enflammée, violente, chaotique, urgente et élégiaque où le Guarnerius de Leila Josefowicz sembla répondre et se défendre face à un orchestre souvent véhément et accusateur. Une très belle œuvre à l’orchestration savante et profuse (cymbalum omniprésent) parfaitement conduite, de façon claire malgré sa complexité structurelle, par la main experte de John Adams, merveilleusement servie par le violon de Leila Josefowicz, modèle de lyrisme, de rage et d’amour, bouleversante de bout en bout, soutenue par un LSO des grands jours ! Bravo !