Salle Cortot 75017 Paris mois de janvier 2017
Avec Jérôme Pernoo, l’initiateur de ce centre, il se passe toujours des événements pas classiques du tout. C’est là que s’inventent les concerts de demain et où le public fait partie du spectacle ; car c’est toujours un vrai spectacle que Jérôme met en scène. Ainsi les deux jeunes et excellents pianistes que sont Guillaume Bellom et Ismaël Margain ont interprété avec fougue, élégance, la suite pour piano n°1 de Rachmaninov après l’avoir présenté avec beaucoup d’humour, car ici on ne se prend pas au sérieux mais on interprète sérieusement les œuvres ; bien sûr ils avaient cette suite dans les mains car, et c’est le principe du Centre, ils l’avaient exécutée du 5 au 14 janvier. A 21h30 du 5 au 21 janvier c’était un autre spectacle qui était donné, intitulé « La Mort du Poète ». Irène Duval et Brieuc Vourch au violon, Léa Hennino à l’alto, Adrien Bellom, au violoncelle, et Yedam Kim au piano, ont successivement interprété de Robert Schumann « Gesänge « der Frühe – Bewegt » pour piano, « Romance op.94 » pour violoncelle et piano, de Clara la « 1ère Romance op.22 » pour violon et piano, de Robert « Märebenbilder op.113 n°3  pour alto et piano 3.Rasech » et pour finir tous ensemble le « Quintette avec piano op.44 ». Pernoo avait proposé des textes de Robert et Clara dit en intermède par Florian Hille et Line Wies. Chaque œuvre interprétée était en phase avec les morceaux choisis ; Les musiciens ont joué, même le quintette, sans partition, un bel exploit rarement fait en musique de chambre ; mais comme le dit justement Jérôme Pernoo c’est ainsi pratiqué au théâtre, à l’Opéra. Le quintette œuvre de Robert pour son amour pour Clara (elle tenait le piano) est violente, énergique, passionnelle, folle à jouer et demande une puissance et une émotion contenue pour l’interpréter et c’est ce que l’on a pu ressentir dans le jeu de ses jeunes musiciens ! Merci jeunes gens, merci Jérôme de ces spectacles musicaux originaux. Pour connaître les programmes du Centre de Musique de Chambre de Paris
http://www.centredemusiquedechambre.paris

Le compositeur américain John Adams

fête ses 70 ans à la Philharmonie de Paris.

 La Philharmonie de Paris consacrait tout un week-end à l’œuvre du compositeur américain John Adams à l’occasion de son 70e anniversaire. Un évènement musical capital, en forme de portrait, présentant au public parisien un florilège de compositions comme autant de jalons représentatifs d’une œuvre particulièrement abondante et protéiforme abordant tous les domaines musicaux, musique de chambre, musique chorale, opéra, musique symphonique et concertante. Une sélection difficile comprenant plusieurs créations françaises comme le Quatuor à cordes n° 2, le Concerto pour saxophone, la Symphonie dramatique Sheherazade. 2. pour violon et orchestre et d’autres partitions plus connues comme le Quatuor à cordes n° 1, l’oratorio El Niño, ou le célèbre Shaker Loops. Magnifique programme permettant de retrouver les différentes influences dont sut s’inspirer le compositeur américain, musique classique, jazz, premier courant minimaliste à la suite de Steve Reich, mouvement qu’il quittera bientôt pour trouver son propre langage où se fondent également la musique française du début du XXe siècle et les musiques du monde. Une œuvre très originale faisant de John Adams le plus grand compositeur américain actuel, figure majeur de la création musicale mondiale.
Compositeur mais également chef d’orchestre John Adams dirigeait ce soir le London Symphony Orchestra dans un très beau et très rare programme associant Bela Bartok dans ses Images hongroises, Stravinski pour Orpheus et en création française attendue de Sheherazade. 2. avec la violoniste Leila Josefowicz en soliste qui la créa à New York en 2015. Les Images hongroises furent composées entre 1908 et 1910, orchestrées plus tardivement en 1931. Tirées des milliers de pièces folkloriques hongroises, slovaques et roumaines que Bartok recueillit dans la Grande Hongrie, sorte d’antidote au post romantisme germanique, ces Images appartiennent à la période de maturité du compositeur, en forme d’arche, en cinq mouvements comprenant un mouvement lent lyrique central entouré de deux scherzos grotesques, précédés par une ouverture appartenant au folklore imaginaire de Bartok et suivis d’un final extrait d’un air populaire authentique très dansant. Une œuvre pleine de fraicheur, de vitalité et d’ironie, belle occasion d’apprécier l’exceptionnelle magnificence de l’orchestre londonien (petite harmonie et cordes). Une excellence orchestrale qui se confirmera dans l’Orpheus de Stravinski, ballet en trois tableaux (1948) résultant d’une commande de Balanchine pour la Ballet Society de New-York. Malgré un tempo un peu lent et une lecture assez plate, peu narrative de John Adams, on put y juger de la qualité de l’orchestration et du travail important sur les associations timbriques (hautbois, harpes, cordes, petite harmonie et cuivres) ainsi que de la parfaite mise en place. La Symphonie dramatique Scheherazade. 2 pour violon et orchestre occupait à elle seule toute la seconde partie de ce concert. Une œuvre grandiose de près d’une heure, écrite à la suite d’une visite de l’auteur à l’Institut de Monde Arabe à Paris où le compositeur traite du thème des Mille et Une Nuits pour interroger la condition féminine à travers la personne de Scheherazade (violon). Sujet très adamsien entrelaçant mythe et actualité. Une composition en quatre mouvements (Tale of the Wise Young Woman, A lond Desire, Scheherazade and the Men with Beards, Escape, Flight, Sanctuary) très tendue, puissamment narrative, méditative, enflammée, violente, chaotique, urgente et élégiaque où le Guarnerius de Leila Josefowicz sembla répondre et se défendre face à un orchestre souvent véhément et accusateur. Une très belle œuvre à l’orchestration savante et profuse (cymbalum omniprésent) parfaitement conduite, de façon claire malgré sa complexité structurelle, par la main experte de John Adams, merveilleusement servie par le violon de Leila Josefowicz, modèle de lyrisme, de rage et d’amour, bouleversante de bout en bout, soutenue par un LSO des grands jours ! Bravo !

Un très bel Elias à la Philharmonie de Paris

Ensemble Pygmalion, dir. Raphaël Pichon. Stéphane Degout, Julia Kleiter, Anaïk Morel, Judith Fa, Robin Tritschler.

Malgré une distribution vocale chamboulée au dernier moment (absences de Sabine Devieilhe, de Marianne Crebassa et de Maïlys de Villoutreys) l’excellence vocale et instrumentale étaient bien au rendez vous pour cet oratorio de Felix Mendelssohn (1809-1847) composé en 1846. Une œuvre monumentale où le maitre de l’oratorio, inspiré de Bach, Haendel et Haydn, témoigne de la qualité de sa narration musicale et de son sens du drame. Véritable opéra sacré Elias brille par l’ampleur de ses vagues chorales ainsi que par la beauté de ses airs solistes et ensembles. Initialement prévu pour faire partie d’un triptyque comprenant Paulus, Elias et Christus, Elias fut crée en 1846 à Birmingham en anglais et en 1847 à Hambourg en langue allemande. Sur un livret du pasteur Julius Schubring, cette partition nous dresse le portrait du prophète Elie depuis son défi lancé aux prêtres de Baal, en passant par ses exploits miraculeux avant son ascension finale auprès de son Dieu dans un chariot de feu. Défenseur ardent du monothéisme, Elie, figure majeure de l’Ancien Testament (Livre des Rois) incarne à la fois la lutte pour la foi et l’amour de Dieu, à l’instar de Jean-Baptiste. Comme au festival de la Chaise-Dieu en 2012, Raphaël Pichon et son ensemble Pygmalion nous en donnèrent une interprétation tout à fait remarquable grâce à la beauté sublime de la musique bien sûr mais également par la qualité du Chœur et de l’Orchestre, tous pupitres confondus, menés par la main ardente, claire, très dynamique et inspirée de Raphaël Pichon. Stéphane Degout, à la fois puissant et fragile, sut donner à son Elias toute l’humanité nécessaire, dans la colère comme dans le renoncement (« Es ist genug ! » d’anthologie avec accompagnement de violoncelle). Le reste de la distribution vocale fut particulièrement homogène et ne souffrit aucun reproche, Julia Kleiter, vocalité facile et très belle diction, Anaïk Morel dont on regrettera, malgré la belle prestation, le timbre un peu nasillard, Robin Tritschler au sublime legato, enfin Judith Fa, Marie-Frédérique Girod et Lucie Richardot, issues du Chœur. En bref, une œuvre magnifique et une interprétation qui ne l’est pas moins ! Un triomphe ! 

Mikhail Pletnev sauve le concert

du Russian National Orchestra à la Philharmonie de Paris.

En remplaçant au pied levé Guennadi Rozhdestvensky, au pupitre, Mikhail Pletnev sauva le concert de son orchestre, l’Orchestre National de Russie qu’il fonda en 1990 et dont il est encore aujourd’hui le directeur musical. Ce n’est que dans les toutes dernières minutes précédant le concert qu’une annonce du speaker informa le public, qu’une fois de plus (il avait déjà annulé son concert l’an dernier avec l’Orchestre de Paris) le fameux chef d’orchestre russe Guennadi Rozhdestvensky se trouvait dans l’incapacité de diriger cette soirée où Mikhail Pletnev ne devait, initialement, assurer que la partie soliste dans le Concerto pour piano de Scriabine. Afin de ne pas annuler le concert le pianiste russe réendossa sa casquette de chef d’orchestre, acceptant d’assurer la direction de la Symphonie n° 1 de Prokofiev et de la Symphonie n° 9 de Chostakovitch tandis que le premier violon, Alexey Bruni, le remplacerait au pupitre durant le concerto de Scriabine. Un jeu de chaise musicale qui ravit le public venu très nombreux à la Philharmonie de Paris pour ce concert totalement russe, programme et intervenants. Si Guennadi Rozhdetsvensky est assurément une figure majeure de la direction d’orchestre, Mikhail Pletnev ne fut pas en reste, assumant totalement sa double carrière, dirigeant avec brio la Symphonie n° 1 dite « classique » (1917) de Prokofiev d’une main précise, sure, peine de clarté et d’allant, faisant magnifiquement sonné l’orchestre et tout particulièrement la petite harmonie, assumant totalement sa filiation russe au risque de s’éloigner d’une hypothétique tradition classique viennoise.

Il était une fois l'Amérique ou les 20 ans de la Folle journée

La grande manifestation nantaise, que d'aucuns ont qualifié de « Woodstock de la musique classique », a donc atteint ses vingt printemps ! Sans effort, frappé désormais au coin du gigantisme, pour le plus grand bonheur de tous, interprètes et  public. La présente édition aura battu tous les records, avec un taux de remplissage de quelque 97 %, et plus de 144.800 billets vendus, pour près de 300 concerts. Dans la bonne humeur, le plaisir partagé, et un « brassage généreux et énergisant », souligne Anne Queffélec, qui fut de la première heure et se souvient avoir découvert « une nouvelle manière, festive et partagée, d'aller vers la musique ».

Winter Music.

Gérard HILPIPRE : Winter Music.  Poème pour piano.  Delatour : DLT0832.

On connait le côté quasi mystique des œuvres de Gérard Hilpipre. Cette pièce en est un nouvel exemple, qui déroule ses harmonies délicates et mystérieuses sous le patronage de Shelley : « If Winter come scan Spring be for behind ? » (Si l’hiver arrive, le printemps peut-il être loin derrière ?).  Les couleurs sonores sont à rechercher plus que tout. Les indications de l’auteur y aident d’ailleurs avec efficacité.