Camille SAINT-SAËNS : 3ème Symphonie en ut mineur Op. 78. Bärenreiter : BA 7896.

C’est avec un très grand plaisir que nous retrouvons aux éditions Bärenreiter cette œuvre majeure de Camille Saint-Saëns. Cette monumentale symphonie avec orgue fut écrite pendant les années 1885-86 et donnée en première audition à Londres le 19 mai 1886. Ce n’est qu’en 1887 qu’elle est donnée à Paris. Où ? Peut-être au Trocadéro, seule salle parisienne comportant un orgue digne de ce nom et où elle sera donnée de nombreuses fois, ainsi qu’au Palais de Chaillot. Souhaitons qu’elle retrouve sa place dans les différentes salles parisiennes enfin dotées d’orgues conséquents, ce qui ne fut pas le cas pendant plusieurs décennies… Nous nous réjouissons également que cette publication trouve place dans un projet de publication des œuvres instrumentales complètes de Camille Saint-Saëns. Cette première édition critique de cette symphonie a pour mérite d’avoir corrigé de nombreuses erreurs et incohérences qui se trouvaient dans les éditions précédentes. Comme il s’agit d’une œuvre française, on a le plaisir de trouver une préface en français traduite par Louis Delpech de l’original allemand de Michael Stegemann.

François DEVIENNE : Les comédiens ambulants. Opéra-comique en deux actes sur un livret de Louis-Benoît Picard. Ouverture. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0601-4

Cet auteur de la fin du XVIII° siècle, bien connu comme flûtiste et auteur d’un célèbre méthode de flûte, a écrit aussi plusieurs opéras comiques. Les comédiens ambulants date de 1798. Il est reçu diversement par la critique. L’ouverture est traitée comme un mouvement de symphonie et a pour particularité de comprendre, outre l’ensemble des pupitres cordes et bois ainsi qu’un des cors en fa, un quintette de solistes comprenant flûte, hautbois, clarinette, basson et cor. Ce quintette, intervenant parfois en solo, et ne doublant pas les autres pupitres, donne à l’orchestration un caractère très original et très spécifique. Cette ouverture variée méritait d’être de nouveau éditée et sera, espérons-le jouée dans la mesure où elle constitue aussi un précieux et fort intéressant témoignage de l’écriture orchestrale en cette période qui achève la révolution française.

Joseph SUK : Méditation sur le vieil hymne tchèque « Saint Wenceslas » op. 35a pour orchestre à cordes. Bärenreiter : conducteur BA9584. Version pour quatuor à cordes : partition de poche : TP 583, parties séparées : 9583.

 

L’histoire de cette œuvre est particulièrement intéressante : Joseph Suk est en 1914 second violon dans le « Bohemian string quartet » qui est obligé, au commencement de chaque prestation, de jouer l’hymne national autrichien. Suk décide alors de faire suivre cet hymne obligatoire par une œuvre inspirée de l’ancien hymne sacré de Bohème : « Saint Wenceslas ». Le message est immédiatement compris par les auditeurs… Appelée Méditation, cette œuvre est jouée pour la première fois le 27 septembre 1914. La version pour orchestre à cordes est jouée dès le 22 novembre par l’orchestre philharmonique

Frédéric LEDROIT : 3ème Méditation sur la Passion du Christ. Opus 55d pour quatuor à cordes. Difficile. Delatour : DLT1218.

Reprenant trois épisodes de la passion selon Saint Jean, l’auteur nous entraine dans une méditation d’abord sur le reniement de Pierre, puis sur la marche de Jésus, déjà dans sa gloire malgré ses persécuteurs. Enfin, la troisième partie se situe devant Pilate. Après un puissant crescendo représentant la déclaration du Christ, l’œuvre s’achève en point d’interrogation sur la question de Pilate : « Qu’est-ce que la vérité ? » Cette pièce, chargée de beaucoup d’émotion s’écoute à la fois comme une méditation et une prière. On en trouvera un très bel enregistrement sur le site de l’éditeur et sur YouTube.

 

Immobilité sérieuse I

Sophie LACAZE : Immobilité sérieuse I pour piano et orchestre à cordes. Delatour : DLT2654.

« Immobilité sérieuse I », écrite en 2013, est la première d'une série de pièces pour instrument solo et orchestre à cordes de Sophie Lacaze. Hommage à Erik Satie, « Immobilité sérieuse I » est basée sur un motif tiré des « Vexations » que Satie avait composées pour le piano, et qui avaient été créées à New York par John Cage et plusieurs de ses amis pianistes le jour de la naissance de la compositrice.

« Pour se jouer 840 fois de suite ce motif, il sera bon de se préparer au préalable, et dans le plus grand silence, par des immobilités sérieuses », Erik Satie. »

Que dire de plus que cette présentation, sinon que la pièce est d'une écriture résolument contemporaine. En exergue de cette première « immobilité », Sophie Lacaze nous livre cette constatation de Satie : « Ici il fait très chaud. Je comprends maintenant pourquoi Diogène avait un tonneau. Il le remplissait d'eau & se mettait froidement dedans. »

 

 

Résonances nocturnes

Gérard HILPIPRE : Résonances nocturnes. Trois esquisses pour orchestre à cordes. Difficile. Delatour : DLT2548.

Ecrites dans un langage atonal, ces esquisses s'opposent par leur caractère. Un « Vivacissimo impalpabile » est encadré par un « Lento, misterioso » et un « Molto tranquillo ». Tout se trouve dans la recherche des couleurs et une atmosphère mystérieuse traversée de fulgurances. Très courtes, elles ont aussi un objet pédagogique puis qu'elles ont été composées pour un orchestre d'élèves de Conservatoire. Elles peuvent ainsi constituer une excellente initiation à la musique contemporaine.

Fragments de l'Apocalypse

Gérard HILPIPRE : Fragments de l'Apocalypse pour grand orchestre d'instruments à vent. Difficile. Delatour : conducteur DLT2549 – matériel DLT2549E.Il s'agit d'une œuvre à grand effectif car aux instruments à vent, bois et cuivres, s'ajoutent quatre percussionnistes et un piano. Notons que le conducteur est écrit entièrement en sons réels à l'octave réelle sauf les piccolos et le glockenspiel. Bien qu'elle ne dure qu'à peine un quart d'heure, il s'agit donc d'une œuvre monumentale. L'auteur veut donner aux visions grandioses de l'Apocalypse (rappelons qu'il ne s'agit pas de catastrophes mais de visions qu'on pourrait appeler oniriques en particulier de la Jérusalem céleste) une dimension sonore aussi colorée que possible. L'ensemble est le plus souvent coloré, lyrique et méditatif, jouant sur les longues tenues et les couleurs qui en résultent. Ce n'est pas un hasard si on pense souvent à Olivier Messiaen, à qui l'œuvre est dédiée.

 

Bosphore pour 2 bassons

Alexandre OUZOUNOFF : Bosphore pour 2 bassons, orchestre à cordes et percussion. Difficile. Delatour : DLT2619.Même s'il ne s'agit pas d'un concerto, le basson, sous une forme double pour ne pas dire doublée est tout spécialement mis en valeur dans cette œuvre qui permet ainsi à cet instrument de lutter à forces égales non seulement avec l'orchestre à cordes mais même avec les percussions, très présentes dans l'œuvre. L'ensemble évoque, de façon lyrique et passionnée ce Bosphore, lieu de passage mais surtout d'affrontements.

Bernard COL : Rendez-vous aux Tuileries

pour orchestre à cordes de 2ème cycle. Delatour : DLT2666.

Précisons que la pièce est écrite pour trois parties de violon, alto, violoncelle et contrebasse. Si « l'esprit de la pièce est néo-classique » et que « les formules rythmiques et mélodiques sont celles des divertissements du XVIII° siècle », il ne s'agit en rien d'un pastiche : l'harmonie, elle, tout en restant relativement simple, est bien plus celle du XX° siècle ! On ne s'en plaindra pas : l'ensemble est tout à fait convaincant et permettra aux élèves par le côté pédagogique de son écriture, de s'initier à un véritable travail d'orchestre. La mélodie passe successivement à tous les pupitres. Cela devrait favoriser un véritable travail d'écoute mutuelle.

Romain DUMAS : Concertino  pour violon et orchestre à cordes. Niveau élémentaire. Lafitan : P.L.2911.

Saluons tout particulièrement cette œuvre écrite pour orchestre d'élèves, qui a obtenu le Premier Prix – bien mérité – du  concours de composition de l'orchestre symphonique du Loiret. Trois mouvements se succèdent, d'une écriture à la fois très personnelle et très classique.